COUPLE SADOMASOCHISTE : Dans le cas du couple sadomasochistes la douleur infligée et subie est source de plaisir sexuel. Le sadique est justifié dans ses actes
par la présence du masochiste (sans cette présence le sadique serait criminel). Si un membre du couple veut initier l’autre et qu’il réussisse à lui faire apprécier ces perversions, il est
simplement un pervers qui a dévoilé la perversité
[1] latente de l’autre à sa propre sensualité, s’il ne réussit pas il
est criminel. Il n’y a pas de perversion (au sens moral
[2]) si les deux conjoints sont naturellement sadomasochistes ou s’ils
le sont devenus chacun de leur côté par des déceptions amoureuses antérieures à leur rencontre.
Je crois que la personnalité du masochiste a une forte imprégnation mystique (c’est-à-dire une confiance absolue en ce que l’autre veut son bien ainsi que la
certitude que toute douleur se transformera en plaisir). On peut dire que le masochiste a gardé les caractéristiques de l’enfant qui revient dans les bras de sa mère quelques minutes après avoir
reçu une fessée .
Il est paradoxal que de la douleur naisse le plaisir ; cependant si l’on y réfléchit on doit admettre que ces deux sensations mettent en branle les mêmes
processus d’excitation des sensations physiques
[3]. Dans cette perspective on peut imaginer que le plaisir et la
douleur soient une seule et même pulsion à une fréquence différente. La douleur serait le stade inférieur, ou supérieur, du plaisir ; et cette douleur viendrait s’appauvrir, ou s’exalter,
s’épanouir, puis se ré-appauvrir dans la satisfaction. Il est certain que toute douleur n’est pas convertible en jouissance (douleur infligée par le bourreau). Je crois qu’il
faut, comme pour l’électricité qui a certains métaux conducteurs, un sentiment qui fasse aller la douleur au-delà d’elle-même. Ce sentiment serait composé du sentiment amoureux et de la libido
pure. Celle-ci a une bien plus grande importance dans la transmutation dans la mesure où les fantasmes sadomasochistes (comme les fantasmes normaux) et relèvent d’avantage de
la vie psychologique et corporelle que du sentiment amoureux.
Il y a deux figures possibles : premièrement l’homme est actif et la femme passive, deuxièmement les rôles sont inversés. En règle générale lorsque l’homme est
actif il utilise beaucoup plus souvent les instruments de supplices non conventionnels (fouets, cravaches, mains) et se sert de pinces métalliques, pinces-seins. La femme, bien que se limitant à
ses objets (conventionnels) les manie avec une grande brutalité, dextérité, et presque rage.
La fessée est le stade premier de la perversion ; il convient de remarquer le caractère ambigu de l’instrument qu’est la main. Celle-ci en effet, n’est pas
conçue (comme l'est le fouet par exemple) pour donner exclusivement la douleur ; elle caresse, masturbe, soigne, pétrit la pâte, écrit, prie etc. La main est donc prioritairement conçue
pour faire du bien au mari, à l’amant et à l’enfant. Dans une certaine mesure, lorsque la mère administre une fessée à l’enfant, elle le fait dans l’intérêt de celui-ci pour renforcer par un
moyen non persuasif, non dialectique et contraignant, une règle sociale (par exemple ne pas voler un bonbon).
Or il est probable que le masochiste qui reçoit la fessée est attiré par les multiples possibilités de la main ; en second lieu il est plus
que probable qu’il n’a pas rompu le cordon ombilical et que la femme (ou l’homme) qui fesse tient le rôle du parent[4]
.
Le fait d’être fouetté révèle un autre état d’esprit. Le fouet a une double fonction symbolique (ici ce mot n’est pas antithétique au réel, il concentre plusieurs
aspects, il symbolise l’autorité (le pharaon avait une sorte de fouet comme symbole de fouet), les dompteurs et dresseurs de toutes sortes travaillent avec cet instrument, ce qui en fait un
outil éducatif ; et enfin le maître punissait ses esclaves par le fouet. Je peux synthétiser la fonction du fouet en trois mots : autorité, communication (d’ordres)
et enfin punition.
Il est très probable que ces trois notions soient les traits caractéristiques du couple sadomasochiste. Les « maîtres(ses) » seraient excessivement
autoritaires, voulant marquer dans la chair et dans le psychisme l’être soumis. Ce fantasme est celui de la puissance illimitée[5]
qui, certes se contente de recréer la matière humaine, et n’est limitée que par la mort de l’humain-objet. De son côté l’humain-objet a certainement un problème
avec l’image qu’il a de lui-même puisqu’il se soumet à l’arbitraire douloureux d’autrui pour être modelé à son image. C’est exactement l’attitude du croyant mystique qui ne se
trouve pas assez bien pour Dieu et qui se soumet à lui par l’intermédiaire des prescriptions religieuses. Plus celles-ci sont astreignantes (613 miitsvotes, bonnes actions
religieuses juives) ou douloureuses (pénitents, flagellants, ou crucifixion d’un homme à Pâques dans les pays hispanophones), plus le croyant ressent être l’objet de l’intérêt de la divinité. Il
en va de même dans un couple sadomasochiste, parce qu’infliger la douleur demande une attention plus soutenue que de se laisser caresser ou de caresser le partenaire.
Le fouet symbolise une communication à sens unique ; on peut prendre l’exemple du cocher guidant l’attelage. Dans ce cadre le fouet est plus un symbole
d’autorité, de puissance, de soumission et d’obéissance servile. L’être qui se laisse asservir a un besoin impératif de ressentir de façon extrêmement concrète l’amour de l’autre. Il est possible
qu’il ait été orphelin, maltraité ou trahi par le partenaire précédent. La seconde hypothèse est que l’être asservi souffre d’un manque de volonté ; en ce cas la volonté du partenaire se
substitue à la volonté du soumis ; du point de vue de celui-ci cet amour est identique à celui de l’enfant pour son éducatrice (sauf qu’ici la relation
est exclusive, ce qui n’est pas le cas dans un internat, et ce qui contribue au renforcement du sentiment d’amour dans sa double modalité de dépendance et de protection.)
Le dernier aspect du fouet est la punition : dans ce cas le fouet est principalement un objet de torture pour faire le plus effacement mal,
nuls jeux érotiques tendres ou sévères, le principe est simple : la douleur, et rien qu’elle est dispensatrice de jouissance sexuelle pour celle ou celui qui l’inflige . Les mots sont
rares, techniques (debout ! à genoux etc). L’être dominé se sent coupable d’une obsession ou d’un acte. Il n’est pas là pour être « éduqué » mais pour expier, plus il est fortement
frappé plus il se pardonne lui-même ou se sent pardonné par un être idéalisé (mort peut-être : mère, femme etc) ; ou par Dieu. Dans ce contexte on peut supposer que
la jouissance n’est pas expressément recherchée mais que si elle arrive, elle signifie que le pardon est accordé[6]
. On peut faire l’hypothèse que l’humain ainsi puni est rigoriste, idéaliste, qu’il n’aime pas la vie dans ses aspects concrets et
contingents ; autoritaire avec lui-même, il doit l’être envers les autres.
Il est probable que l’être qui punit est également quelqu’un qui a des problèmes psychologiques : il peut avoir de hautes responsabilités,
être sans cesse obéi (plusou moins bien), doit contrôler es nerfs en tout temps. Il est donc naturel que cette personne veuille se défouler tout en restant dans un cadre
légal. Mais le contraire peut aussi être vrai, à savoir qu’un être écrasé sous la hiérarchie professionnelle, ou un conjoint dominateur (sans être sadique),
peut donner libre cours à sa rancoeur, à son besoin d’affirmation qu’il ne peut trouver que dans une structure psychologique où il est immédiatement et inconditionnellement reconnu comme
l’élément dominateur. Une dernière explication pourrait être que du point de vue de l’être qui punit, cet acte soit le jeu par excellence. En effet, petit(es) nous jouons à des jeux qui miment la
réalité des adultes (jeux de guerre, de « papa-maman », de la maîtresse d’école etc). Adultes, nous ne savons plus jouer gratuitement à des jeux de rôle[7]
, or le jeu peut être un élément fondamental pour la santé mentale[8]
dans le sens où à travers le jeu on pose des actes qui sont tout à la fois concrets et fictifs, qui nous sont interdits dans
la réalité mais que l’on aimerait faire (l’enfant qui joue à la guerre, tant qu'il agit dans le temps des récréations et de l’espace de la cour d’école, quand il tue un copain ou qu’il se
prend pour un chevalier, pose des actes concrets s’inscrivant dans le cadre spatio-temporel, mais pourtant fictifs parce qu’il n’est ni chevalier[9]
et qu’il n’a pas tué son copain).
La meilleure preuve que le jeu est indispensable est que le bébé joue naturellement, sans règles ; les règles ne venant que vers sept ans (seconde partie) elles
ne l’entravent pas mais rendent le jeu plus attrayant en lui imposant des conventions.
Le jeu par excellence (du moins pour les garçons) est celui où l’on peut franchir les limites, les interdits de toutes sortes, ce faisant ils se remémorent
inconsciemment l’état divin prénatal où l’humain se trouvait être Dieu (Dieu en effet peut être perçu comme le joueur par excellence puisqu’il fait les décors, écrit la pièce et anime les
acteurs). Le jeu [10]
s’il est correctement employé peut avoir une fonction thérapeutique et religieuse[11]
. Malheureusement dans nos sociétés le jeu (sauf ceux d’argent qui rapportent à l’Etat) n’a pas sa place[12]
.
Or la sexualité, et plus précisément le sadomasochisme, est par essence le dernier endroit où s’est réfugié le jeu dans toute son amplitude. Les
règles sont négociées d’un commun accord, si l’une des personnes est une professionnelle elles sont tacitement proposées et acceptées (ou refusées) lors des ébats au sein d’un couple
constitué : le terrain de jeu étant les corps (et de jeux plus ou moins cruels et destructifs) il ne fait pas de doute que cette pratique est un substitut au désir de meurtre[13]
qui gît dans la plupart de nos subconscients.
Il est donc compréhensible que le sadomasochisme, comme les bacchanales[14]
romaines, soient tout à la fois un exutoire donc un instrument de libération de pulsions plus ou moins malsaines sur les plans psychiques et moraux, mais aussi un
instrument de dégradation et de perversion de la nature humaine si cette méthode est trop souvent employée.
Parmi les pratiques qui contribuent particulièrement à cet avilissement se trouvent la cravache et le travail des seins par les pinces ; ces
deux pratiques ont en commun le fait qu’ils « animalisent » l’humain.
Utiliser la cravache au lieu du fouet est doublement symbolique de la négation de l’humanité de celui qui est frappé et de celui qui frappe. En effet cet instrument
est réservé aux animaux, et précisément aux chevaux. Même à l’âge d’or de l’esclavage, (1800 1865 aux Etats-Unis) la plupart des maîtres punissaient leurs esclaves par le fouet ;
s’il est vrai que le racisme régnait, je ne crois pas qu’aucune théorie enlevant aux noirs leur humanité n’y ait vu le jour, même s’ils étaient considérés comme
des sous-hommes . Frapper de la cravache signifie donc que l’on efface inconsciemment la démarcation homme-animal et
que l’on considère la chair comme l’ultime réalité taillable et corvéable à merci. Mais celle (ou celui) qui frappe, bien que dominant le
sujet nie sa propre humanité parce qu’elle se voit dans le corps qu’elle supplicie et qu’il est rare qu’un(e) sadique ne soit pas également masochiste ; souhaitant du même coup être traité
comme il traite le sujet.
Le supplice des seins est un peu plus complexe à analyser dans ses motivation comme dans ses pratiques.
Les seins, s’ils sont assez volumineux, sont la seconde partie (après les cuisses) qui excite la libido masculine ; s’ils sont dissimulés sous
un ample chemisier ou chandails ils sont moins tentateurs, mais s’ils sont mis en valeur par des vêtements trop serrés ils font fantasmer
les hommes. Contrairement aux fantasmes provoquées par les cuisses ceux-ci ne sont pas exclusivement sexuels ; il y a des aspects ludiques et nutritifs
qui y sont attachés.
Les seins ont un rapport très étroit à la petite enfance, en effet, ils nourrissent le bébé (on se souvient que certaines tribus primitives ne
sèvrent leur enfants qu’à sept ans) et ils ont une certaine plasticité qui rappellent la pâte à modeler de la maternelle.. Enfin ils ont un aspect purement sexuel puisqu’une
pratique peu usitée (« la branlette espagnole ») consiste à mettre le sexe entre les seins et à faire des va-et-vient jusqu’à éjaculation. Pétrir violemment les seins d’une femme peut
être une façon de refuser le caractère et la possibilité maternelle, soit parce qu’on ne veut pas la partager avec un bébé, soit parce que l’homme veut signifier que malgré les apparences il
n’est pas encore mentalement adulte et qu’il a besoin d’un sevrage maternel et affectif[15]
. Lorsqu’un homme gifle les seins d’une femme, la première analyse reste valable mais perd de sa pertinence au profit de celle-ci : il y a
tout lieu de penser que si un homme
[16] gifle les seins d’une femme c'est qu’elle les exhibe d’une façon
immodeste, afin que les yeux des hommes soient naturellement attirés sur eux (tee-shirt moulant). La succion frénétique des seins dénotent un manque évident de maturité et une volonté de
régression jusqu’au stade du bébé (avoir envie de régresser jusqu’à ce stade peut témoigner d’un manque réel ou subjectif d’amour ou de considération, or un bébé est
spontanément aimé, considéré et admiré par presque toutes les femmes, des plus laides aux plus belles[17]
) ; le caractère sexuel de la femme est alors mis entre parenthèse au profit de la fonction nourricière et protectrice, cela correspondrait
(toute proportion gardée ) à la boulimie
[18] féminine, laquelle comble un déficit affectif.
L’étirement des seins par le moyen de pinces dénote une double volonté qui consiste ici aussi à nier la sexualité féminine et à amplifier les attributs nourriciers
[19]
; cette reconfiguration des seins met inconsciemment aux yeux des hommes la femme sur le même plan
que la vache dont on manipule les pis pour extraire la boisson.
[2] La déviance, au sens large,
recouvre l'ensemble des comportements inadaptés parce que jugés comme tels par les représentations collectives. En cela, la notion de déviance ne se réduit pas aux seuls comportements
criminels. Elle repose plus largement sur une analyse globale des conduites antisociales ou asociales, les unes entrant dans la sphère du droit répressif, les autres restant hors d'atteinte
de la sanction pénale bien qu'elles suscitent la réprobation.
[3]²La douleur aiguë peut diminuer les facultés de discrimination et de raisonnement d'un patient et peut limiter le comportement de ce dernier au seul contexte du
phénomène douloureux.
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Ceci expliquerait, partiellement, pourquoi la douleur du masochiste se transforme en plaisir sous la double excitation physique et amoureuse.
[10] Selon Neil, l'enfant qui a perdu la possibilité
du jeu est psychiquement mort, et est dangereux pour les autres.
« Libres enfants de Summerhil » Auteur: A S Neill
psychanalyste,Edition: Follio Traductrice: M Laguihomie
L’adulte a-t-il moins besoin de jouer (de sensations fortes) que l’enfant ? Si la réponse est positive, pourquoi ces
jeux de hasard, pourquoi les casinos. L’appât du gain joue certes un rôle, mais est-il la principale motivation consciente
ou inconsciente ?
Est-il raisonnable de penser qu’en l’adulte rien ne subsiste, d’une façon ou d’une autre de l’enfant ? On fait semblant de croire, et tout est fait pour le
conforter dans cette croyance, mais rien n’est plus faux.
[14]Les mystères des bacchanales sont
introduits à Rome au iie siècle av. J.-C. Révélés par les fresques de la Villa des Mystères de Pompéi, ces rites issus des célébrations grecques promettent une nouvelle
naissance à leurs adeptes, semblable à celle de Dionysos qui renaît à chaque printemps. La fresque représente vingt-neuf personnages dont Silène, le précepteur de Dionysos, ainsi que le dieu
Pan. Le cérémonial s’achève dans une scène de flagellation d’une jeune fille à demi-nue.À Rome, le culte de Bacchus aurait été introduit par la prêtresse Paculla
Annia. Les fêtes nocturnes se déroulent trois fois par an et sont uniquement réservées aux femmes. Ces fêtes commencent à dévier lorsqu’elles sont ouvertes aux hommes : c’est alors
qu’elles deviennent de véritables lieux de licence et sont le théâtre des pires excès. Tite-Live en parle en ces termes : « Tous les crimes y trouvent place ». Ces excès,
fondés ou amplifiés par la rumeur, sont dénoncés, et le sénat romain cherche à les supprimer en 186 av. J.-C. Un vaste procès est engagé, de nombreux supposés coupables sont exécutés et
le culte privé de Bacchus est interdit sous peine de mort. Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 2003. © 1993-2002 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.