LE VIOL :
Le viol est pour moi, dans mes fantasmes, une punition méritée, normale, que la société a, selon moi, hypocritement mise hors la loi et que j'exerce mentalement contre ces femmes que je considère comme impudiques, au nom d'une liberté individuelle égoïste ou de la fidélité conjugale qui sacralise l'acte sexuel tant corporel que moral.
En premier lieu je ne crois pas qu’il faille amalgamer le violeur au sadique. Si le violeur est violent c’est accidentellement et ponctuellement. Le violeur a un irrésistible besoin sexuel provoqué soit par les hormones soit par la colère[1] (on se souviendra que j’ai écrit dans la première partie que l’éjaculation fait passer l’homme de l’état d’un mal-heureux[2] à l’état d’un homme heureux ; on se souviendra également des réserves que j’ai émises dans cette partie sur les plaisirs solitaires pris à l’aide de cassettes pornographiques). Aussi réquisitionne-t-il de force une femme. Cette réquisition exige une certaine violence parce qu’aucune femme ne consent à faire l’amour à quelqu’un qu’elle ne connaît pas.
Bien des choses déplaisent dans la vie lorsqu’on les fait (aller au dentiste, le payer, régler les factures, payer les impôts, avoir les mains dans les excréments du bébé ou de l’impotent) pourtant on le fait par devoir ou compassion ; on peut se demander pourquoi la compassion ne s’étendrait pas au domaine sexuel (je ne pense pas que cela transformerait le monde en lupanar, il y a des choses plus enrichissantes à faire ensemble[3] , mais cela dédramatiserait cet acte et renforcerait peut-être la notion de famille humaine puisque tous les corps sont accessibles à chacun).
Un tabou [4] énorme entoure cet acte. Ne prenons-nous pas du plaisir avec de parfaits inconnus : le cuisinier et le serveur du restaurant n’en sont-ils pas ? N’invitons-nous pas des inconnus à danser ? La honte liée au sexe n’a pas toujours été ressentie, ainsi que je l’ai montré à travers l’antiquité ; elle est liée à l’extension du christianisme qui a toujours rabaissé les plaisirs terrestres et exalté les joies de l’au-delà.
Si le viol individuel sous la pression de l’urgence est, selon moi, excusable, il n’en va pas de même pour le viol collectif parce qu’il y a préméditation et excitation mutuelle de la libido. Une bande d’hommes a certainement les moyens en faisant « pot commun » de s’offrir une ou deux prostituées pour une séance sexuelle collective en toute légalité.
LA FRIGIDITE : Je crois que la frigidité est le plus souvent le triste privilège des femmes (peut-être les hommes en sont-il victimes lorsqu’il sont plus ou moins chastes [5]).
Je pense que c’est parfois le résultat d’une maladie psychosomatique due à quelque traumatisme incestueux ou à un viol. Il me semble que la frigidité traduit un dégoût, ou un rejet, du corps en général, et du sexe en particulier. Ceci révèle en quelque sorte une haine de soi et du monde sensible en tant qu’il agresse le « sommeil » de l’esprit. Le corps peut être vécu inconsciemment comme la prison de l’âme (selon la tradition platonicienne) qui limite et protège de la réception des sensations de toutes sortes.
Je pense que sur le plan psychologique la personne frigide se complaît dans une série de devoirs, qu’elle se refuse des plaisirs (pourtant légitimes)..
Si mes analyses sont justes, la vie de ces femmes est un calvaire quotidien et je crois qu’un traitement behavioriste[6] destiné à reconnecter les stimuli des sensations physiques avec des réponses de plaisir est tout à fait possible, même si cela doit prendre du temps à cause du renforcement et de l'acquisition de nouveaux comportements tels que les a expliqués Skinner[7] .
LA NYMPHOMANIE : En termes pathologiques la nymphomanie est le désir quasi continuel de relations sexuelles. Je crois que cette maladie touche presque exclusivement les femmes (ceci s’explique, je pense, par le fait qu'elles peuvent avoir plusieurs orgasmes au cours d’une même séance de sexualité).
Je ne crois pas que la nymphomanie soit réductible à un problème de dérèglement hormonal, mais qu’elle cache un problème psychologique concernant la relation avec l’autre en général, et avec l’autre sexe en particulier. Depuis que j’ai commencé à analyser les positions sexuelles, la thèse est qu’elles révèlent des traits de personnalité dont les possesseurs ne sont pas conscients ou qu’ils voudraient dissimuler parce qu’ils n’en sont pas fiers ; or la caractéristique de la nymphomanie est qu’elle n’est pas elle-même une pratique, mais qu’elle peut les englober toutes selon les traits caractériels de chaque nymphomane.
L’acte sexuel crée un lien unique, dense, particulier dans lequel le couple s’isole mentalement et physiquement (à moins d’être exhibitionniste). Le fait de changer de partenaire n’altère en rien les qualificatifs énoncés mais est destiné à prolonger autant que faire ce peut la qualité de ce lien. Si je ne me trompe pas, le lien en tant que tel a la primauté absolue sur le partenaire.
De cette analyse, je pense pouvoir conclure que la (le) nymphomane est particulièrement mal à l’aise dans les sociétés ouvertes comme les nôtres, où l’indifférence causée par un individualisme excessif, destructeur du couple, du corps professionnel (usine, syndicats), politique (parti, nation), est la règle lorsqu’on attend aucun service de quelqu’un..
Je crois que la ou le nymphomane est déstabilisée (cette déstabilisation serait comparable à un vertige solitaire), et par là même est égocentré(e) (parce que la personne est son seul repère) précisément parce qu’elle n’a pas de repère qui la valorise à ses yeux comme dans les yeux d’autrui ; la sexualité dans ce contexte peut être vue comme un moyen d’être le centre des occupations masculines. Mais la nymphomanie peut aussi être comprise comme un acte narcissique dans la mesure où le seul centre d’intérêt est sa propre personne et qu’on l’impose dans sa globale nudité jusque dans son intimité. Dans cette perspective le partenaire est instrumentalisé, asservi au renforcement de l’ego, ce qui va à l’encontre du but de la sexualité (qui est je le rappelle l’ouverture vers l’autre).
La nymphomane, tout comme la frigide fait de la vie un enfer. Dans ce cas il y a une exaspération d’un plaisir sensuel au détriment des autres (comme dans le cas de la gloutonnerie qui rend boulimique). Il convient donc de développer les autres plaisirs sensuels[8] comme intellectuels afin de borner le plaisir sexuel dans de justes proportions, mais aussi pour donner des repères qui ne dépendent pas uniquement de son propre corps.
LE VOYEURISME : Je crois qu’il y a deux sortes de voyeurisme : l’un passif, l’autre actif. Il ne faut pas confondre le voyeurisme des personnes physiquement normales avec celui des handicapés ..
Le voyeurisme passif peut être considéré comme une sorte d’activité esthétique (c’est l’équivalent d’un spectacle sportif tel la gymnastique) qui est à la fois gracieux et violent. Chez les personnes normales un tel spectacle déclenche le besoin d’imiter les acteurs. Je crois que la motivation première du voyeur est le viol des tabous pesant sur sexualité au sens large du terme, et au premier chef de violer la pudeur[9] .
Le voyeurisme peut être pratiqué seul ou en couple ; avec ou sans l’assentiment du couple observé.
Si l’observateur est seul et qu’il n’est pas dans la même pièce (qu’il regarde par des jumelles un film) il y a de grandes chances pour qu’il reste définitivement passif. Cependant il y a une fausse passivité qui consiste à placer son sexe entre les cuisses et à les serrer de façon à ce qu’il s’irrite et finisse par éjaculer. Ce système est naturellement une perversion de la sexualité et de ses objectifs tels que je les ai définis. Il dénote un caractère gravement fainéant puisqu’il répugne au moindre effort jusque dans l’acquisition d’un plaisir conduisant à un plus grand bien-être. Outre ce trait, ceci révèle une mentalité d’exploiteur puisqu’on laisse les autres faire le plus gros du travail. Il se peut aussi qu’il y ait une faiblesse de caractère (impossibilité de supporter autrui ou de négocier sa volonté avec son partenaire).
Le voyeurisme actif se pratique en couple et se décompose en deux parties. La première partie se décompose en plusieurs possibilités : en premier lieu un couple se rend chez un autre couple exhibitionniste (ou dans un établissement spécialisé). Il regarde, cela l’excite et ils font l’amour entre eux ; ce couple a manifestement un trouble de sa libido puisque son désir doit être excité par la vision des actions qui devraient les motiver. Je ne crois pas que cette forme de voyeurisme soit du vice, mais plutôt qu’il révèle une incapacité de se projeter librement[10] dans le futur qui ne serait pas revêtu d’une manière ou d’une autre d’un caractère impératif . Il se peut qu’il y ait un mauvais conditionnement du processus stimuli - réponse, qui peut-être ne se sont pas connectés à tout ce qui est plaisir sensuel ou plaisir, un peu comme dans le problème des boulimiques où tous les stimuli ne reçoivent qu’une seule réponse qui est celle de la nourriture, ici les stimuli n’acceptent que des réponses impératives et refusent les sollicitations plaisantes : cela doit venir d’une éducation extrêmement rigide interdisant tous plaisirs[11] . Une autre forme de voyeurisme consiste à venir seul ou en couple, à regarder et à se joindre au couple qui exerce la sexualité. Si l’accord est général et si toutes les précautions hygiéniques contre le sida sont prises, je ne vois rien de répréhensible (bien que ce soit hors normes). Sur le plan psychologique je crois que cette attitude dénote le peu d’attachement à la propriété privée ainsi que le goût du partage et de la vie communautaire. Sans entrer dans les ordres (et pour cause !) ces personnes seraient mûres pour une sorte d’Abbaye de Thélème telle que la décrit Rabelais dans « Gargantua » .
[1] La colère peut en effet provoquer le besoin sexuel parce qu’elle rend triste, désemparé et révolté. Si l’énergie qui s’accumule en l’homme ne trouve pas d’exutoire, il en veut au monde entier, et en même temps il a envie d’être compris, caliné, consolé et réconforté.
Lorsque je suis dans cet état d’esprit je mets une cassette où je sais qu’il y a des scènes particulièrement crues.
[2] Malinowski, cité par Reich fait état des habitants des îles Amphett,, parents des Trobriandais, mais avec un patriarcat, qui sans être dominant est plus marqué, et a un morale sexuelle comparable à la nôtre (donc répressive), et constate que ce peuple est victime de nombreuses maladies mentales inconnues des Trobriandais.
Reich ‘ « rruption de la morale sexuelle » Edition « petite bibliothèque Payot » Chp I
Ceci confirme toutes mes analyses sur les vertus curatives sur le plan moral de la sexualité.
[3] Encore faut-il que les besoins vitaux soient satisfaits. Telle est la position de l’épicurisme que les premier penseurs chrétiens ont dénigré en les traitant de matérialistes au sens primaire, péjoratif, du terme. Or c’est avec la perspective d’accéder aux plaisirs intellectuels que les épicuriens véritables préconisaient la satisfaction sensuelle.
[4] Le tabou est un interdit parfaitement intériorisé (tabou du meurtre, vol, inceste etc.). S’il y a des tabous parfaitement légitimes tels ceux précités, il y a des tabous qui me semble tout à fait illégitimes parce que nuisibles au bonheur, au bon équilibre humain (je pense à la polygamie, polyanderie, homosexualité).
Il faut revoir la notion de fidélité : être bigame n’est pas être infidèle à la première ou seconde épouse, c’est être fidèle aux deux en même temps tout comme les parents aiment leurs enfants de manières différentes mais égales.
[5] Dans cet optique il ne serait pas surprenant de trouver chez les moines et moniales un nombre élevé de personnes frigides.
[6] Ainsi contrairement à toutes les règles admises par la psychanalyse, Ferenczi prit ses distances à l'égard de la psychanalyse et promut une thérapeutique dite de relaxation « destinée à rendre au patient, au besoin sous la forme d'échange de caresses et de baisers, l'amour dont il a été privé au cours de son enfance » (P. Morel). Il est souvent critiqué pour avoir voulu vivre le transfert et le contre-transfert au lieu de l'utiliser comme support de l'écoute.
Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 2003. © 1993-2002 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.
Bien sûr, cette thérapie fut appliquée dans le cadre d’une privation de sentiments d’amour durant l’enfance mais je crois que cette méthode peut être utilisée dans d’autres pathologies (dont certaines angoisses) car même s’il est évident que la parole est essentielle, il n’en reste pas moins qu’au sortir d’une séance de psychanalyse ou psychologie où des choses très dures ont pu être dites, on ressent un froid intérieur intense, et que des consolations physiques seraient le bienvenues.
[7] « HISTOIRE GENERALE DE LA PSYCHOLOGIE »AUTEURS : Mariné & Escribe EDITION « la press »
[8] Je compte parmi les plaisirs sensuels des plaisirs que l’on tient habituellement comme intellectuels (musique, lecture, peinture) parce qu’ils occupent un sens (ouïe, vue), ce qui ne signifie pas qu’il faille délaisser dans l’optique thérapeutique les plaisirs vraiment sensuels (un bon repas met en jeu le sens gustatif, on peut aussi développer le sens olfactif) .
[9] Le fait que la pudeur soit un sentiment quasi universel (avec bien des degrés, on se souviendra que j’ai signalé au début de cet écrit que les amazoniennes se promenaient seins nus) cela ne peut nous faire oublier qu’il ne repose sur aucun argument solide : pourquoi serait-il plus indécent de montrer ou voir un sexe ou un sein plutôt que toutes autres parties du corps ? La bouche par exemple est bien plus intime en ce sens qu’elle maintient la vie dans l’être par la nourriture qu’elle introduit dans l’organisme, de plus elle exprime la pensée (bonne ou mauvaise), les yeux n’en font pas moins dans l’expression des sentiments ; et la main, qui caresse, gifle, soigne ou tue ; n’importe quelle partie du corps aurait bien plus de raison d’être déclaré tabou que le sexe, qui ne sert qu’à uriner, à procréer et à donner du plaisir , et le sein à nourrir le bébé et à donner du plaisir sexuel (ce que fait également la main ou la bouche).
[10] C’est-à-dire hors de tout cadre hiérarchique et de toutes contraintes exercées par les événements contingents .
Il est bien évident qu’en matière sexuelle comme dans tous les autres domaines, l’homme ne dispose d’aucune sorte de liberté et qu’il est gouverné par son environnement, son génome, etc, et que toutes ces ficelles sont dans les mains de Dieu.
[11] A Paris j’ai fréquenté quelques temps « l’église du Christ » celle-la même dont est membre Kenneth Star, l’ancien procureur dans l’affaire Clinton/Lévinski. J’y avais un ami, Nicolas, qui m’a fait cette déclaration proprement stupéfiante : « si tu veux toujours plaire à Dieu, lorsque tu te trouves devant un choix, fais ce qui te plaît le moins, ainsi tu imiteras le Christ ». Comme si tous plaisirs offensaient Dieu !
Que l’on imagine la psychologie d’une personne soumise depuis sa plus tendre enfance à ce type de raisonnement !
Il n’a que le raisonnement pour défaire les murs de la prison mentale dans laquelle on l’a enfermé ; et parfois il ne suffit pas d’un raisonnement sain pour s’en échapper, il y a l’aspect affectif qui rattache l’emprisonné à ses éducateurs.
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander

