HISTOIRE DE RUSSE 4
L’assaut des forces de l’Axe contre l’URSS est lancé de l’océan Arctique à la mer Noire. À la charnière de l’été et de l’automne 1941, les Allemands s’enfoncent profondément en URSS, attaquant Leningrad, Moscou et l’Ukraine. L’Armée rouge (4 millions de soldats sous le commandement direct de Staline) chancelle sous les coups de boutoir de la Wehrmacht (5 millions d’hommes). Staline fait déployer des efforts titanesques pour soustraire les usines et les ouvriers à la progression de l’envahisseur et les réinstaller dans l’Oural et en Asie centrale, afin de sauvegarder une partie de l’industrie sidérurgique et de l’armement. Les unités de production qui ne peuvent être déplacées sont rasées au nom de la politique de « la terre brûlée ».
Dans un premier temps, les défaites de l’Armée rouge laissent penser que la Blitzkrieg (« guerre éclair ») allemande aboutira rapidement à une victoire. Avec des centaines de milliers de soldats emprisonnés et blessés, l’URSS paraît à genoux. La situation est d’autant plus préoccupante que, dans les États soumis à une tutelle communiste plus ou moins récente (pays baltes, Biélorussie, Ukraine), les populations hostiles au communisme ou à la récente mainmise soviétique pactisent parfois avec l’envahisseur allemand. De plus, la présence de celui-ci dans les zones occidentales de l’URSS prive cette dernière jusqu’en 1944 de plus de moitié de ses ressources vitales (charbon, fonte, acier, agriculture et élevage).
Les atrocités commises par les Allemands durcissent toutefois la résistance soviétique et la contre-offensive est lancée. L’Armée rouge bloque les Allemands en deux temps : d’abord à Leningrad en septembre 1941 — la ville est toutefois assiégée jusqu’en janvier 1944 et les pertes y dépassent 1 250 000 personnes ; ensuite sur la route de Moscou, en décembre. C’est un coup d’arrêt à l’avancée de l’armée allemande, qui vient de perdre 900 000 hommes en quelques semaines.
Au sud, les Allemands se sont emparés de l’Ukraine et des terres jusqu’à la Volga, avec l’espoir de couper Moscou et Leningrad du Caucase et de l’Asie du Sud-Ouest (où le pétrole constitue une manne des plus attractives). Mais leur offensive est ici aussi stoppée grâce à la bataille de Stalingrad où la VIe armée de Paulus est vaincue (août 1942 - février 1943). Le mythe de l’invincibilité de l’armée allemande s’effondre. Le mot d’ordre de Staline « Plus un pas en arrière ! » triomphe. La victoire soviétique au « saillant de Koursk», mémorable bataille de 3 000 chars (juillet 1943), confirme le déclenchement des contre-offensives victorieuses de l’URSS.
Ces deux succès constituent le tournant décisif de la guerre russo-allemande et, plus largement, de la Seconde Guerre mondiale. Prenant alors l’offensive, l’Armée rouge repousse les Allemands vers l’ouest. Les États baltes et l’Ukraine sont libérés au cours de l’été 1944. Les combats continuent en Pologne et en Roumanie ; mais bientôt, la victoire et l’installation de gouvernements pro-soviétiques vont dans le sens des attentes de Staline. D’autres victoires suivent, comme l’annexion de la Finlande et l’entrée en Bulgarie (septembre 1944) — victoires ponctuées par le lancement d’une déportation massive des peuples ayant, selon le Kremlin, collaboré avec les Allemands. Tchétchènes, Ingouches, Tatars de Crimée etc., prennent la route du goulag, dont la population dépasse les 2 millions de personnes après la guerre.
Le 22 avril 1945, les forces soviétiques pénètrent dans les faubourgs de Berlin. Trois jours plus tard, elles font la jonction avec l’armée américaine dans la vallée de l’Elbe. La guerre en Europe s’achève le 8 mai.
Reste le front asiatique : le 8 août 1945, l’URSS déclare la guerre au Japon. Par une suite de mouvements rapides contre une résistance japonaise en miettes, les armées soviétiques occupent la plus grande partie de la Mandchourie, la Corée du Nord, les îles Kouriles et la partie méridionale de l’île Sakhaline. S’appuyant sur ces faits d’armes, l’URSS réclame sa part dans la victoire sur le Japon. Mais surtout, elle contribue à mettre fin à la Seconde Guerre mondiale avec la reddition nippone du 2 septembre.
L’Union soviétique sort épuisée de la guerre. Staline tente de minimiser la saignée humaine en reconnaissant seulement 7 millions de morts. En réalité, le pays a perdu entre 27 et 30 millions d’hommes. L’économie soviétique est toutefois rapidement relancée, grâce notamment aux réparations de guerre et à la main-d’œuvre fournie par des millions de prisonniers de guerre allemands. Mais l’industrie révèle vite ses archaïsmes. De même, l’agriculture montre ses faiblesses et se révélera bientôt incapable de nourrir les Soviétiques.
Pourtant, jouissant de l’aura conférée par son rôle dans la victoire alliée et par l’héroïque bataille de Stalingrad, l’URSS sort anoblie de la guerre ; et c’est probablement ce qui compte le plus aux yeux des dirigeants soviétiques. Désormais, ils peuvent s’enorgueillir de jouer un rôle politique international sans comparaison avec celui qu’ils tenaient avant guerre. Quant aux questions intérieures, selon une logique bien rodée dans les années trente, Staline tient l’URSS dans un gant de fer (déjà, pendant la guerre, le Comité central du PCUS n’a été convoqué qu’une seule fois entre 1940 et 1944). Dans l’immédiat après-guerre, d’autres signes illustrent cette situation : outre les déportations politiques déjà évoquées, l’ordre policier est renforcé et les déplacements des peuples Kamoulks, Balkars, Ingouches, Tchétchènes etc., se poursuivent (ils seront d’ailleurs rendus définitifs par un décret de 1948).
En effet, l’épuisement du pays n’empêche pas qu’il se soit étendu vers l’ouest. En outre et surtout, l’URSS est reconnue comme l’une des grandes puissances mondiales. À ce titre, elle tient une place prépondérante dans la politique internationale de l’après-guerre. Dès novembre 1943, Staline participe, aux côtés des dirigeants des États-Unis et du Royaume-Uni, à la conférence de Téhéran. En 1945, il est partie prenante dans celles de Yalta (février) et de Potsdam (juillet-août). Il joue également un rôle moteur dans la fondation de l’Organisation des Nations unies (ONU).
Au lieu de conclure immédiatement avec l’Allemagne un traité, les puissances victorieuses délimitent temporairement quatre zones d’occupation. La zone orientale est octroyée à l’URSS qui va, en peu de temps, faire en sorte que s’y établissent des gouvernements communistes.
Berlin, haut symbole de la victoire alliée, est enclavée dans la zone soviétique. Mais il est décidé qu’elle restera sous contrôle de l’ensemble des alliés. La ville est donc divisée en quatre secteurs. Sa zone orientale passe sous le contrôle de l’URSS. Pour ce qui est du reste du territoire allemand, la zone située à l’est de la ligne Oder-Neisse est attribuée à la Pologne, et la partie septentrionale de la Prusse orientale revient à l’URSS. Les zones occupées sont censées être administrées comme faisant partie d’un seul pays, fonctionnant selon les principes du libre-échange. Toutefois, les Soviétiques ne tardent pas à instaurer leur propre régime dans leur zone d’occupation.
À partir de 1947, un rideau de fer — selon le mot de Churchill lors de la conférence de Fulton (5 mars 1946) — sépare l’Europe de l’Est, sous domination soviétique, de l’Europe de l’Ouest, et annonce la période de la guerre froide.
Au lendemain de la guerre, Staline bénéficie d’un prestige considérable. En URSS comme à l’étranger, il symbolise la victoire contre le nazisme. Mais le pays est considérablement affaibli. Malgré l’occupation d’un territoire très important, l’armée soviétique est largement dépassée au plan technologique par les États-Unis et le Royaume-Uni. En outre, malgré une reconstruction lancée rapidement, sa capacité industrielle est plus faible qu’en 1941. Chez les dirigeants soviétiques, la conscience de cette situation contribue à alimenter un fort sentiment d’insécurité, qui passe en particulier par la crainte d’une contamination de l’URSS par l’esprit de la démocratie capitaliste occidentale. Aussi Staline, fort du sentiment que le pays est devenu une très grande puissance, adopte-t-il une politique résolument expansionniste passant par la prise de « gages de sécurité » et par l’extension de sa zone d’influence.
Les conflits entre l’URSS et le camp occidental, avec à sa tête les États-Unis, prennent forme dès 1945 au sujet de l’Allemagne occupée et de la composition du gouvernement polonais. Lors de la conférence de Potsdam (1945), les Occidentaux ont accepté sous la pression des Soviétiques de fixer la frontière polono-allemande sur la ligne Oder-Neisse. La question des réparations a également été réglée à la satisfaction de l’URSS : non seulement elle obtient le droit de prélever ce qu’elle veut dans sa zone d’occupation, mais encore un quart de l’équipement des zones occidentales. Aussi, Britanniques et Américains sont-ils surpris lorsque Staline formule de nouvelles revendications territoriales sur la Turquie et sur l’Iran, jugées inacceptables. Certes, l’URSS se retire finalement d’Iran (mars 1946), mais elle maintient la tension en Turquie. Les États-Unis décident d’envoyer un navire de guerre dans les eaux territoriales pour soutenir le refus du gouvernement turc d’accéder aux exigences d’une diplomatie soviétique résolument conquérante.
Le climat international ne cesse plus, dès lors, de se dégrader. Au cœur de cette dégradation se trouvent la « satellisation » des pays est-européens et l’affirmation d’une logique de blocs qui fait s’affronter Soviétiques et Américains.
Dès 1946, dans sa zone d’influence et d’occupation, l’URSS accepte la mise en place de gouvernements de coalition. Mais, au cours de l’année 1947, l’instauration de régimes de « démocratie populaire » marque une rupture. Les communistes accèdent au pouvoir en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie, dans les pays baltes ; un peu plus tard en Pologne. Seule la Tchécoslovaquie semble encore échapper à une mainmise complète des communistes sur l’appareil d’État. Quant à la Yougoslavie, Tito y règne en maître. Il faut encore évoquer le poids des partis communistes en Italie (PCI) et en France, où le PCF est majoritaire dans les scrutins de l’immédiat après-guerre. Cette situation inquiète les gouvernements occidentaux.
Cette considérable et fulgurante extension de la zone d’influence soviétique accentue la constitution des « blocs ». Celle-ci franchit une nouvelle étape avec la fondation du Kominform, le 22 septembre 1947. Cet organisme, dont le rôle est pensé par Jdanov, est chargé d’assurer la coordination entre les différents partis communistes (est et ouest-européens) et d’opposer, par une stricte discipline prosoviétique, un front commun aux ambitions des États-Unis sur le Vieux Continent, jugées hégémoniques et offensives.
Les Occidentaux interprètent la création du Kominform comme une déclaration de guerre qui confirme la validité de la doctrine du containment (« endiguement ») énoncée par le président américain Harry Truman dans un de ses discours au Congrès, le 12 mars 1946. Pour les États-Unis, une de leurs principales préoccupations consiste dorénavant à endiguer la progression du communisme en Europe et ailleurs, en aidant notamment les pays les plus affaiblis par la guerre (Grèce, Turquie) et en jouant d’une influence accrue par le biais de l’aide économique sur les pays de l’Europe de l’Ouest. Cette orientation se concrétise par le plan Marshall (juin 1946), auquel l’URSS refuse de souscrire.
En 1948, la tension se transforme en guerre froide. De mars 1948 à mai 1949, la confrontation soviéto-occidentale franchit une nouvelle étape avec le blocus de Berlin. Cette crise débouche sur le partage de l’Allemagne et sur la création de la République démocratique allemande (RDA), qui devient un énième satellite de l’URSS. En mai 1948, le « coup de Prague » installe un gouvernement communiste en Tchécoslovaquie, ce qui aggrave encore la tension est-ouest.
Seule la Yougoslavie du maréchal Tito, héros de la résistance aux Allemands, ne mène pas une politique aux ordres de l’URSS. Il est accusé de révisionnisme et rompt avec Staline en juin 1948. Fidèle au marxisme, il libéralise alors quelque peu l’économie et conduit une politique d’ouverture à l’égard des Occidentaux. Il devient la figure emblématique des pays non-alignés durant la guerre froide et l’un des modèles des intellectuels des nouvelles gauches française et européenne.
En janvier 1949, l’expansionnisme soviétique s’affirme encore à travers la création du Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM), plus souvent désigné sous le sigle anglais Comecon, qui répond à la fondation de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), corollaire du plan Marshall. Le Comecon a pour tâche de favoriser les échanges économiques ainsi que la coopération scientifique et technique entre les démocraties populaires, et d’accélérer leur intégration économique dans une zone sous contrôle de l’URSS. En réponse à cette création, le 4 avril, les puissances occidentales créent l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui assure aux Européens l’alliance des États-Unis contre toute agression.
La tension atteint alors son apogée, accentuée par les guerres d’Indochine et de Corée et, en 1949, par l’explosion de la première bombe atomique soviétique (bombe A), quatre ans après celle des États-Unis. L’instrument roi de la logique de l’intimidation donne à la guerre froide une dimension plus inquiétante et dramatique encore (même si la possession de cette arme dans les deux camps neutralise de fait les velléités offensives).
De la fin de la guerre à la victoire des communistes chinois en 1949, l’URSS se montre très prudente en Extrême-Orient et adopte une politique de conciliation. L’intervention de l’Armée rouge contre le Japon, en août 1945, avait permis aux Soviétiques de rétablir les positions perdues en 1905. Le 15 août 1945, le gouvernement de Tchang Kaï-chek signe un traité avec l’URSS, qui reconnaît la présence soviétique à Port-Arthur (ou Lüshun), à Dairen (aujourd’hui Dalian) et en Mandchourie. Avec l’appui soviétique, cette province devient un État communiste autonome sous la direction de Kao-Kang. Fin 1945, Staline invite les communistes chinois à trouver un accord avec Tchang Kaï-chek, position qu’il réaffirme à plusieurs reprises en 1946-1948.
À partir de l’été 1947, le retournement de la situation politique et militaire en faveur des communistes chinois ne modifie pas fondamentalement cette réserve. Celle-ci est due, pour l’essentiel, à la méfiance viscérale de Staline envers Mao Zedong, et à la menace que représenterait une énorme Chine communiste pour l’hégémonie soviétique exercée sur le monde communiste. Les communistes chinois ne sont d’ailleurs pas invités au Congrès fondateur du Kominform. Il faut attendre la victoire définitive de Mao Zedong pour que l’URSS se rapproche d’eux.
Le 23 novembre 1949 enfin, l’Union soviétique établit des relations diplomatiques avec Pékin et déclare à l’ONU ne plus reconnaître la Chine nationaliste. Mais il faut attendre 1953 et la visite de Boulganine, Mikoyan et Khrouchtchev, pour qu’advienne une association plus étroite entre les deux géants du monde communiste — lien qui restera implicitement concurrentiel.
Stabilisation des relations sino-soviétiques et guerre froide : ces deux éléments ne doivent pas masquer les questions intérieures. Épuisée par la guerre, l’URSS n’est, au tournant des années 1940-1950, dans une situation guère meilleure. La reconstruction est rapide certes : en 1947-1948, l’URSS retrouve ses productions d’avant-guerre pour les secteurs de l’acier, de l’électricité, du ciment, des tracteurs. Mais le pays accumule malgré tout les retards technologiques, et son isolement économique entrave un nouveau décollage de son industrie. Le pays pâtit notamment d’une industrie chimique en extrême retard par rapport à l’Occident. Quant à l’agriculture, le XIXe Congrès de 1953 reconnaîtra a posteriori que le secteur est sinistré.
Sur le plan politique, Staline poursuit sa logique monopolistique et répressive. La refonte de l’appareil d’État lui donne des pouvoirs accrus. Il est secondé par Beria, Malenkov, Boulganine et Khrouchtchev.
La propagande sévit et favorise l’affirmation d’un culte de la personnalité qui assimile Staline à un demi-dieu. La remise au pas intellectuelle et culturelle pensée et dirigée par Jdanov débouche sur une seconde Terreur, la Jdanovchtchina, qui fait exploser la population du goulag et conforte l’isolement international et la condamnation des pratiques policières de l’URSS. De nouvelles purges dans l’armée soulignent la volonté stalinienne d’un total contrôle des lieux potentiels de contre-pouvoir.
Au sein même du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS), la logique de la prévention perdure : en 1950, Kouznetsov et Voznessenki, patrons du PCUS à Leningrad sont condamnés. Le rétablissement de la peine de mort en 1949 (trois ans après son abolition) illustre également le retour à une situation d’arbitraires digne des années trente, ce que confirme encore l’affaire du complot des « blouses blanches », quelques mois avant la mort de Staline (des médecins sont alors accusés d’avoir assassiné Jdanov et de comploter contre la santé des dignitaires du Kremlin).
Au lendemain de la mort de Staline, le 5 mars 1953, une direction collégiale prend les rênes du pays. L’équipe dirigeante est constituée de Malenkov (secrétaire du Comité central et président du Conseil des ministres), de Molotov (Affaires étrangères), de Beria (Intérieur), de Vorochilov (président du Praesidium du Soviet suprême), de Boulganine et de Kaganovitch (aux postes de vice-premiers ministres). En septembre, Khrouchtchev succède à Malenkov au poste de premier secrétaire du PCUS.
La transition post-Staline ne se déroule pas sans heurts. Des luttes de pouvoir s’affirment rapidement. Beria, l’homme fort de la nouvelle équipe dirigeante, ouvre une ère de réelles réformes. Outre que les purges sont stoppées, il prépare la libération de près de 50 p. 100 des déportés des goulags (printemps 1953). Il fait en sorte que la Pravda et les Izvestia révèlent la tromperie du complot des « blouses blanches » tout en soulignant les tortures subies par les médecins injustement accusés. Il permet également l’arrestation du fils de Staline, Vassili, pour « dissipation des biens de l’État ». Il évoque à demi-mot les méfaits du culte de la personnalité. Il affirme que le parti doit s’éclipser derrière le gouvernement et le laisser travailler. Enfin, il purge lui-même les rouages du système répressif et d’espionnage (exécution d’Abakoumov, chef de la Sécurité d’État, laquelle devient à cette occasion le KGB).
Cette politique, conjuguée à la répression sévère des mouvements critiques qui s’affirment dans le bloc de l’Est (manifestations de Berlin en 1953 en RDA ; maintien du schisme yougoslave), détermine la chute de Beria. Celui-ci est éliminé, à la demande de Khrouchtchev, pour « activités criminelles et contraires au parti ». Jugé en décembre 1953, il est condamné à mort et exécuté.
Plusieurs autres hauts dirigeants, amis de Beria, sont exécutés en 1954. Ce sont les derniers officiels à subir la peine capitale.
Sur l’initiative de Khrouchtchev, qui s’affirme progressivement comme le nouvel homme fort de Moscou, le XXe Congrès du parti (février 1956), marque un tournant en rompant avec le temps du stalinisme le plus dur.
Le rapport Khrouchtchev dénonce en premier lieu le culte de la personnalité. Outre cette critique à très forte charge symbolique, Khrouchtchev accuse Staline « d’arrestations et de déportations massives de milliers de personnes, de l’exécution sans procès et sans enquête d’honnêtes et d’innocents communistes ». Il l’accuse encore d’avoir mal préparé la défense contre l’invasion allemande de juin 1941 et d’avoir mal géré l’effort de guerre, causant la mort inutile de « centaines de milliers de [ nos ] soldats ». Il précise que, « maladivement soupçonneux », Staline « avait à l’évidence des plans pour achever les anciens membres du politburo ». Il est également rendu responsable de la rupture avec Tito — rupture qui a mis en danger les « relations pacifiques avec les autres nations » et nié la nécessaire reconnaissance de la pluralité des voies menant vers l’établissement du socialisme. Cette dernière option permet la normalisation des relations avec la Yougoslavie (juin 1955). Cette réconciliation entraînera de profondes remises en cause dans les États de l’Europe de l’Est et nourrira une vague révisionniste que l’URSS se hâtera d’endiguer.
Dans un premier temps, les attaques contre Staline et les voies ouvertes par le XXe Congrès choquent profondément l’orthodoxie communiste en URSS et à travers le monde. Durant la campagne de déstalinisation, les portraits de l’ancien chef d’État sont retirés des lieux publics, les institutions et les localités portant son nom sont rebaptisées et les livres d’histoire réécrits. Cependant, le système soviétique ne se libéralise ni subitement ni entièrement, au contraire. Le XXe Congrès est, de ce point de vue, un événement paradoxal : il ouvre la voie à la coexistence pacifique (permise en particulier par la disparition des fronts coréen et indochinois), mais il ne solde pas la prétention de l’URSS à l’hégémonie sur les pays du pacte de Varsovie : fondé en mai 1955, celui-ci repose sur un pacte d’assistance mutuelle en cas d’agression extérieure ; il est le pendant de l’OTAN.
Au cours des années cinquante, les liens de l’URSS avec les démocraties populaires sont en effet renforcés. Du point de vue économique, le Comecon s’efforce d’intégrer ses différents membres dans une série de « plans » communs : chaque pays se spécialise dans un type de production et réalise des échanges commerciaux avec l’URSS et le bloc de l’Est. Ainsi, en 1952, 80 p. 100 du commerce soviétique s’effectue avec les pays satellites.
En dépit d’une résistance de certains États à ce système supranational (comme la Roumanie qui rejette son statut de pays agricole et producteur de pétrole), de nouveaux liens économiques sont instaurés, notamment à travers la création d’une banque internationale de coopération économique et la construction d’oléoducs qui acheminent gaz et pétrole de la région Volga-Oural jusqu’en Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie et RDA. Certains pays bénéficient, toutefois, d’une relative liberté. C’est le cas de la RDA, à laquelle l’URSS offre une certaine indépendance économique, en 1955. Mais si l’URSS renonce aussi aux dommages de guerre encore dus, c’est pour mieux asseoir sa présence militaire en RDA, sur le front même de la ligne de fracture est-ouest.
Ainsi, les élans libéraux du Kremlin sont-ils très limités et limitatifs. En témoignent avec force, surtout à quelques mois du XXe Congrès, les crises polonaise et hongroise.
Une première crise éclate en Pologne au printemps 1956, deux ans après la fin du pouvoir personnel de Bierut. Le mécontentement populaire et les émeutes de Poznan (juin) aboutissent à la réélection de Gomulka (exclu du parti en 1949). Il initie de vastes réformes libérales (annulation d’une partie de la dette polonaise, octroi de nouveaux crédits, décollectivisation) dans le cadre de la proclamation de la « voie polonaise vers le socialisme ». Pour autant, le maintien initialement « temporaire » de troupes soviétiques sur le sol polonais marque la persistance de liens étroits, qui augurent d’une normalisation progressive symbolisée, douze ans plus tard, par la répression des émeutes étudiantes de Varsovie.
Une seconde crise éclate en Hongrie, en octobre. Le mouvement insurrectionnel hongrois d’octobre 1956 est plus grave et dangereux pour la stabilité du monde communiste. Mené par des ouvriers et des étudiants qui réclament l’indépendance de la Hongrie, il provoque une intervention militaire soviétique (novembre). La répression est sévère : des milliers de personnes sont tuées et emprisonnées. Kádár forme un gouvernement révolutionnaire qui succède à celui de Rakosi. Le nouveau chef du pouvoir hongrois justifie l’intervention soviétique. Après cet épisode, qui vaut à l’URSS une condamnation des puissances occidentales et de l’ONU (plus préoccupées toutefois par la crise de Suez), la Hongrie reste pendant plusieurs années sous étroite surveillance (voir Budapest, insurrection de).
Ayant ainsi à la fois ouvert la voie des réformes (réhabilitation de certains peuples allogènes, recul du goulag, décentralisation du pouvoir industriel, réforme industrielle favorable à la chimie…) et souligné son attachement à l’intégrité de la zone d’autorité soviétique, Khrouchtchev prend l’ascendant sur le parti et sur le pouvoir, non sans problème nonobstant. Molotov, Malenkov et Kaganovitch sont mis en accusation en juin 1957. En octobre, c’est au tour de l’un des derniers opposants à Khrouchtchev, le maréchal Joukov, d’être mis sur la touche. En mars 1958, Khrouchtchev parachève sa « prise du pouvoir » en remplaçant Boulganine, démissionnaire de son poste de président du Conseil des ministres. Comme Staline, il dispose désormais des deux principaux postes : la direction du parti et celle du gouvernement. C’est la fin de la direction collégiale ; et c’est aussi la fin des heures chaudes de la première guerre froide, puisque le chef du Kremlin rencontre D. Eisenhower à Camp David en septembre 1959, scellant ainsi les grandes lignes de son œuvre sur le plan des relations internationales, en particulier la « coexistence pacifique ».
À l’occasion du XXIe Congrès du parti en 1961, Khrouchtchev tente de relancer la déstalinisation. Il obtient le retrait de la dépouille de Staline du mausolée où il repose aux côtés de Lénine et l’exclusion du parti des staliniens qui s’étaient opposés à lui en 1956-1957. Mais cette déstalinisation a ses limites. Les années soixante voient un recul de l’antistalinisme et un regain de crédit en faveur de Staline, père de l’édification du communisme, du PCUS et vainqueur de la Seconde Guerre mondiale.
À terme, les initiatives réformistes de Khrouchtchev et les crises de la guerre froide lui valent sa place. Dans le procès qui est peu à peu instruit contre lui, on lui reproche, en particulier, ses échecs en matière de politique agraire et industrielle, mais également sa politique extérieure (guerre du Viêt Nam, crise des fusées, question de Berlin). Au lendemain de l’annonce d’un nouveau train de réformes économiques, le 15 octobre 1964, il est relevé de ses fonctions et remplacé par Kossyguine à la présidence du Conseil des ministres et par Brejnev à la tête du PCUS. Un de ses fidèles, Mikoïan, laisse la présidence du Soviet suprême à Podgorny.
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Il y a de nombreuses continuités entre la Russie et l’URSS.
La première est naturellement la concentration du pouvoir, avant-hier entre mes mains du Tsar, hier du Secrétaire Général du PCUS Aujourd’hui de Poutine. Les règlements de compte pour la ^prise du pouvoir continuent. Mais tout cela est accessoire dans notre problématique géopolitique
Remarquons que la chute du tsarisme n’a pas entraîné la chute de l’empire excepté les pays baltes et la Finlande aucune tentatives de sécession sérieuse n’est à relevée
Il est à noté que la première menace contre les bolcheviques vint des armées blanches basées en Asie, comme au temps des Rouss, ce qui montre à quel point la Russie est avant tout un Etat oriental avant d’être occidental, adhérant à la « philosophie des lumières » (il y aurait beaucoup à dire sur cette dénomination qui pourrait faire l’objet d’un article de fond). En outrre lorsque les nazis envahirent la Russie, c’est tout naturellement que la partie européenne transféra ses infrastructures en orient d’oû elle reçu sa culture et sa religion
L’histoire se répète : 1929 Guerre russso/polonaise, victoire polonaise 1940 partage germano/russe de le Pologne. 1941 invasion nazie
Tout ceci ne peut que conforter la Russie sur la nuisance de l’occident
L’orientalisme se lit aussi dans les institutions russes maquillées de soviétisme
En effet le kolkhoze ne fait-il pas penser au domaine seigneurial oû étaient attachés les moudjiks ? Le Premier Secrétaire n’était-il pas un Tsar ?? Au moins quatre sont morts au pouvoir : Staline, Brejnev Tchernenko et Andropov, cinq si on inclus Lénine, qui, ironie de l’histoire est mort le même jour que Louis XVI (21 janvier) ; Les purges ne font-elles pas penser au massacres des boyards par Ivan le terrible ?
La mentalité russe n’est pas européenne et l’UE n’a pas de leçons à lui donner