HIISTOIRE DU BAASSISME
Le Baas aurait été fondé par un philosophe syrien, Zaki Arsouzi (1898-1968), à Antioche en 1934. Une autre tradition en attribue la création à Michel Aflaq (1910-1989) et Salah al-Din Bitar en 1944 à Damas, ces derniers étant considérés comme ses leaders historiques.
Parti de pouvoir, le Baas n’a jamais été un parti de masse. Il a pourtant exercé une influence considérable sur le nationalisme arabe de 1950 à 1970, par son programme. « Nous sommes porteurs d’un message, non d’une politique », écrivait Aflaq, et par sa capacité à contrôler les rouages essentiels du pouvoir en Syrie et en Irak.
Il est l’œuvre de minorités (Aflaq est un descendant de la grande bourgeoisie chrétienne de Damas, Arsouzi était alaouite) qui ont toujours été en marge de la masse sunnite et qui n’avaient jamais accédé au pouvoir. En Irak, le parti Baas a recruté la majorité de ses adeptes parmi les arabes chrétiens et les sunnites de la région de Takrit, au nord de Bagdad.
En arabe, le terme Baas a deux sens : résurrection ou renaissance, selon le contexte. Le programme du Baas, établi lors de son premier congrès en 1947, fut de définir la nation arabe, du Taurus au Hedjaz, jusqu’au Maroc, et de faire son unité sur une base culturelle et linguistique, non confessionnelle, voire laïque, à la manière dont la Prusse avait fait l’unité allemande. À cet égard, la filiation fichtéenne est très nette : les fondateurs du Baas connaissaient les Discours à la nation allemande de Fichte. Ils firent le choix du socialisme ; pour Aflaq et Bitar, « le socialisme représentait le moyen technique d’organiser la société arabe ». Le rapport politique était ainsi défini comme un lien culturel, affectif et charismatique, impliquant l’exaltation du nationalisme et de l’islam conçu comme un élément de l’arabité.
Ce programme, qui offrait une réponse à la situation créée par la fin des régimes coloniaux dans les années 1950, explique l’influence profonde du Baas dans tout le Proche-Orient (sans commune mesure avec le nombre de ses militants présents sur le terrain, qui ne furent jamais plus de quelques milliers), et ses progrès rapides. En 1949, il s’implante au Liban, en 1952 en Irak, en Jordanie, en Arabie Saoudite, au Yémen, et en 1954 en Libye et en Égypte. Le développement de l’organisation amena la création d’un commandement régional pour chaque pays arabe et d’un commandement national dirigé par un secrétaire général.
En 1958, Michel Aflaq, qui voyait dans l’Égypte la Prusse du monde arabe, intégra le Baas dans le vaste front commun créé par le président Nasser. L’union des deux républiques d’Égypte et de Syrie correspondait à l’objectif final du Baas, mais cette union achoppa sur la pratique du pouvoir ; Aflaq voulait une direction collégiale, ce qui heurtait les nationalistes égyptiens et syriens. La rupture de 1961 fit reporter les efforts du Baas sur l’Irak et la Syrie. En 1963, le Baas accéda au pouvoir en Syrie, avec l’appui des militaires. L’expérience ne devait durer que trois ans. En 1966, Michel Aflaq fut chassé du pouvoir, contraint de s’exiler en Irak, où, choyé par le régime mais sans pouvoir réel, il mourut en 1989, après, semble-t-il, s’être converti à l’islam.
De 1963 à 1970, les factions syriennes et irakiennes se heurtèrent, formant malgré tout parfois des alliances conjoncturelles. Il en résulta la formation d’un « néo-Baas » national en Syrie, celui d’Hafez al-Assad au pouvoir depuis 1970, et d’un Baas irakien « civil », historique et panarabe en Irak, celui de Saddam Hussein qui prit le pouvoir en 1968.
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SADDAM HUSSEIN
Né à Tikrit, dans une famille paysanne de confession musulmane sunnite, Saddam Hussein gagne la capitale irakienne, Bagdad, en 1955. Il adhère au Baas, le « Parti de la Renaissance Arabe socialiste », dès 1957, et gravit rapidement les échelons du parti. En 1959, il prend part au complot organisé contre le régime du général Karim Kassem. Obligé de fuir, il s’exile au Caire, où il étudie le droit tout en poursuivant ses activités politiques. Il rentre en Irak en 1963, à la faveur de la prise de pouvoir du général Aref. Soupçonné de comploter contre ce dernier, il est arrêté et emprisonné en 1964 dans le cadre d’un vaste mouvement d’éviction des dirigeants baasistes.
Après son évasion, en 1966, il prépare un plan de renversement du régime, qui aboutit avec succès au coup d’État du 17 juillet 1968. Le Baas porte le général Hassan al-Bakr à la tête du pays, tandis que Saddam Hussein est nommé vice-président du Conseil de commandement de la révolution (CCR).
Au cœur d’un noyau de collaborateurs fidèles, parents pour la plupart et originaires de sa ville natale, Saddam Hussein assure sa domination sur l’appareil politique et militaire en éliminant ses rivaux politiques et en établissant le contrôle du Baas sur l’armée. Numéro deux du pays, il succède tout naturellement au général Hassan al-Bakr à la suite de son retrait politique en 1979. Saddam Hussein cumule alors les fonctions de chef de l’État, de chef suprême des forces armées, de secrétaire général du Baas et de président du CCR. Il met en place un régime autocratique et policier visant tous ses ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur.
Dès son accession au pouvoir, il orchestre une vague d’épurations au sein même de son parti et dans les milieux d’opposition. Il durcit la répression contre les chiites (majoritaires dans la population) — 30 000 chiites sont déportés, et l’imam iranien Khomeiny, réfugié en Irak depuis 1963, est expulsé — et contre les Kurdes, alors qu’il leur a lui-même accordé une certaine autonomie quelques années auparavant. Sur le plan international, il freine la coopération avec l’URSS et se rapproche des pays arabes modérés, notamment les monarchies pétrolières du Golfe persique, ainsi que des pays occidentaux, la France en particulier.
En septembre 1980, redoutant la propagation de la révolution islamique iranienne, il déclare nul et non avenu l’accord qu’il avait lui-même négocié avec Téhéran en 1975, et attaque l’Iran. Parallèlement, il coopère avec la Turquie pour détruire l’irrédentisme kurde. En 1987, la « guerre des villes » ne donnant guère de résultats, il recourt à l’utilisation d’armes chimiques contre les villages kurdes. À l’instar de l’Iran, l’Irak sort exsangue de cette guerre longue et meurtrière, à laquelle met fin le cessez-le-feu du 20 août 1988.
Fort d’une armée expérimentée et bien équipée, en partie grâce au soutien financier et technologique des pays occidentaux, Saddam Hussein tente de s’imposer au niveau régional et fait pression sur son ancien allié koweïtien pour qu’il efface la dette irakienne. La question financière se double d’un vieux contentieux territorial et, alors que les négociations entre les deux pays échouent, l’Irak envahit et annexe le Koweït le 2 août 1990. Menés par les États-Unis, les pays occidentaux et une partie des pays arabes répondent à cette agression en formant une coalition militaire contre l’Irak (voir Golfe, guerre du), sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU). Écrasée par les bombardements des forces de la coalition, qui commencent en janvier 1991, l’armée irakienne est contrainte de se retirer de l’émirat à l’issue de six semaines de guerre. Saddam Hussein parvient cependant à réprimer durement les soulèvements des chiites, au sud, et des Kurdes, au nord. Il perd toutefois le contrôle de ces territoires, placés sous protection internationale par des zones d’exclusion aérienne.
À l’issue de la guerre du Golfe, le Conseil de sécurité de l’ONU vote le boycottage économique et financier du pays et oblige l’Irak à démanteler son arsenal de destruction massive. Les sanctions imposées au pays plongent la population dans la misère, sans entamer réellement le pouvoir de Saddam Hussein. Mis au ban de la scène internationale, et contesté au sein même de la classe dirigeante irakienne, Saddam Hussein durcit la dictature et étend la répression jusqu’aux membres de sa famille. En 1995, il organise un référendum portant sur le renouvellement de son mandat présidentiel pour sept ans. Le score qu’il obtient alors, 99,96 p. 100 de « oui », discrédite largement la régularité du scrutin dans l’opinion publique internationale.
Tout au long des années 1990, les manœuvres militaires de l’Irak, ainsi que son refus de se plier aux inspections menées par l’ONU pour contrôler son désarmement, entraînent la reconduite des sanctions économiques et une succession d’opérations punitives américano-britanniques. Ainsi, les États-Unis bombardent-ils de nouveau l’Irak lorsqu’en août 1996 Saddam Hussein tente de reprendre pied au Kurdistan, profitant des conflits opposant les factions kurdes. La question du désarmement et du rôle des experts américains dans la Commission spéciale des Nations unies chargée de cette mission (Unscom) conduit en novembre 1997 à une grave crise et à la menace par les États-Unis d’une intervention d’envergure. Celle-ci est évitée grâce à l’action de Kofi Annan, qui signe à Bagdad un accord avec Saddam Hussein sur les conditions de la mission de l’Unscom. L’obstruction mise par l’Irak à la visite de certains sites stratégiques entraîne de nouveau des bombardements américano-britanniques en décembre 1998.
À la suite des attentats perpétrés aux États-Unis le 11 septembre 2001, l’Irak de Saddam Hussein se retrouve au centre de la guerre contre le terrorisme international menée par le président américain Georges W. Bush, pour qui l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord constituent un « axe du mal, armé pour menacer la paix du monde ». Sous la pression accrue de l’administration américaine, Saddam Hussein annonce en septembre 2002 qu’il accepte sans condition le retour en Irak des experts en désarmement de l’ONU. La résolution 1441 de l’ONU (8 novembre 2002) exige l’élimination par l’Irak de ses armes de destruction massive sous peine d’un recours à la force. Tout en poursuivant une politique de défi face à la communauté internationale, Saddam Hussein donne aux inspecteurs de l’ONU des signes d’engagement sérieux dans le désarmement, tandis que les États-Unis ont commencé l’acheminement de leurs troupes dans la région du Golfe. Le Conseil de sécurité de l’ONU demeure cependant divisé sur l’opportunité de recourir à la force contre l’Irak. Face à ces divisions, George W. Bush lance le 18 mars 2003 un ultimatum de 48 heures à Saddam Hussein pour qu’il quitte le pouvoir. Il ordonne finalement les premiers bombardements sur Bagdad le 20 mars.
À l’intérieur, alors que la population subit les effets catastrophiques de l’embargo, le dictateur irakien continue de consolider son pouvoir absolu en réprimant toute opposition. Après avoir fait élire, en mai 2001, son fils Qsay à la direction du parti Baas, Saddam Hussein est réélu le 16 octobre 2002 à la présidence de la République pour sept ans, lors d’un référendum qui recueille 100 p. 100 de participation et 100 p. 100 de « oui ».
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