HASSAN II, CONTEXTE DE LA MARCHE VERTE
Fils de Mohammed V, Hassan suit son père, en 1953, dans son exil corse puis malgache. À son retour à Rabat, en 1955, il est nommé chef des forces armées et associé à l’exercice du pouvoir. Un an après l’indépendance du Maroc, Hassan est désigné comme prince héritier et devient ministre de la Défense et vice-président du Conseil de gouvernement en 1960. Il succède à Mohammed V à la mort de ce dernier, en février 1961, comme roi et comme « commandeur des croyants ».
Le nouveau souverain se rapproche de ses voisins algérien et tunisien, se montrant soucieux de l’unité du Maghreb et plus largement de la cohésion africaine. À l’intérieur, il lance une réforme agraire et promulgue une Constitution qui crée un Parlement à deux Chambres, le pouvoir exécutif appartenant au roi. Pourtant, dès 1963, le parti proroyaliste, le Front pour la défense des institutions constitutionnelles, n’ayant pas obtenu la majorité aux élections, le roi entre en conflit avec les partis de l’opposition. En juin 1965, après que des émeutes eurent éclaté à Casablanca, Hassan II décrète l’état d’urgence, suspend le Parlement et impose son pouvoir personnel. En octobre, le principal chef de l’opposition, Mehdi Ben Barka, dirigeant de l’Union nationale des forces populaires, est enlevé à Paris. L’affaire n’a jamais été totalement éclaircie, mais les historiens du régime marocain ont démontré que Ben Barka a probablement été assassiné par le ministre de l’Intérieur, le général Oufkir. En 1970, une nouvelle Constitution renforce les pouvoirs de Hassan II, de plus en plus contesté.
En juillet 1971, le monarque déjoue un complot militaire, le putsch de Skhirat, et tente alors de renouer avec l’opposition. Un texte constitutionnel, en mars 1972, semble consacrer le retour au parlementarisme lorsqu’un second complot, ourdi cette fois par le général Oufkir, qui passe pour le principal soutien de la monarchie, a failli coûter la vie à Hassan II.
Le roi choisit d’en appeler au sentiment national des Marocains. En novembre 1975, une « marche verte » entraîne 350 000 Marocains jusqu’au Sahara-Occidental, alors territoire espagnol. Si l’annexion de cette étendue désertique, partielle en 1976 puis totale en 1979, vaut au Maroc la condamnation de la communauté internationale, elle établit autour d’Hassan II l’union sacrée. Le pays, cependant, se trouve engagé dans un long et coûteux conflit avec le Front Polisario, soutenu par l’Algérie et la Libye.
Profitant de son regain de popularité, Hassan II lève la censure et engage une série d’élections. Néanmoins, le référendum constitutionnel de 1992 et les élections législatives de 1993 montrent que le blocage politique demeure. Le roi, qui a proposé à l’opposition d’entrer au gouvernement, juge inacceptables les exigences des partis politiques la constituant. Ceux-ci demandent en effet une révision constitutionnelle négociée et que de nouvelles élections aient lieu dans des conditions démocratiques. Soucieux d’améliorer l’image d’un régime longtemps dénoncé pour la détention de prisonniers politiques dans le bagne de Tazmamart, le gouvernement d’Hassan II multiplie les signes de bonne volonté. En août 1994, une grâce royale libère des geôles marocaines plus de 400 détenus. En 1996, le roi désigne son fils aîné, le prince héritier Sidi Mohammed, comme son successeur. Il s’attache, par ailleurs, à renforcer la démocratisation du régime, dans le cadre de la monarchie, en élaborant une charte constitutionnelle (février 1997) entérinée par l’opposition unie dans le Bloc démocratique.
À l’extérieur, le Maroc d’Hassan II compte comme l’un des plus proches alliés des pays occidentaux parmi les pays arabes. Le roi s’engage personnellement en faveur de la paix au Proche-Orient. En 1986, Hassan II doit ainsi démissionner de son poste de président de la Ligue arabe, après que les autres États arabes eurent dénoncé ses contacts avec le Premier ministre d’Israël, Shimon Peres. Durant la guerre du Golfe, en 1991, le royaume marocain a été l’un des rares pays arabes à se ranger aux côtés du Koweït contre l’Irak.
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