NARCISSE A JUMIEGES - version 1 –

Publié le par michel baran

du piquet au clocher, la barque _

 

 

 

 

 

Le fond. C’est le fond qui attire et captive. On ne peut voir ce qui s’y vit. Sur la surface lisse, il sait qu’il pourrait poser son visage, effleurer le froid à peine soulevé des souffles du brouillard, de cet air mêlé d’eau. Mais il n’a pas besoin de la caresse liquide pour éprouver le manque, il réside lui-même et en ce manque et en ce plein. Non, ce qui le requiert, le retient, c’est le fond, ce fond mobile ou immobile, un fond de bois marqué de raies, un fond vivant, bossé, mangé de traces, noirci de sel, durci de temps.

 

A la poupe, le banc où poser sa nuque, sa tête heureuse, le coin où refouler écope, vareuse, appâts et bricolis.

 

Par-dessus, le murmure du jour, les coups de lune, les silences dans la vie de l’homme libre sous le ciel avec le ciel pour limite. Loin des subissements. Ce n’est pas lui qui frissonne, c’est le courant, c’est la vapeur. C’est le lac qui vit en lui. Non, ce n’est pas lui qui tremble.

 

La rame au repos ne bat aucune gerbe. Pas de flot qui blanchisse. Tout alentour le règne aquatique tape jusqu’aux tolets.

 

 

 

 

 

 

 

Au fond rien ne m’atteint. Souquons.

 

 

 

Plus tard, comme à Jumièges, on le touchera, ce fond.

 

Et on dérivera.

 

 

 

 

 

                                                                                                       20 – IX – 2006

 

                                                                                                       ( lune de sizygie ? )

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Publié dans CULTURE

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