a vérité Par le Prince Jean de France, Duc de Vendôme.

Publié le par michel baran

L’Europe qui nous est proposée correspond-elle aux vœux des Français et des peuples européens ? Répond-elle, dans son projet, aux aspirations d’une jeunesse en quête de sens ? J’ai beaucoup voyagé, depuis dix ans, en France comme en Europe. Pas comme un homme politique qui brigue un mandat, mais comme un citoyen attentif à la vie de ses compatriotes et soucieux du destin de la France et de ce continent. J’ai pris le temps d’écouter et je sais – parce que nous en avons parlé ensemble – que beaucoup de Français ne comprennent pas où l’on veut les conduire. Cette incompréhension crée de l’inquiétude dans le pays et du désarroi dans la jeunesse. La France ne s’ennuie pas, elle s’inquiète.

 

Les Français ont tenté de le dire, quand on le leur a permis. En 2005, ils ont refusé, par référendum, le traité constitutionnel qui leur était soumis. Cette fois, ils ne pourront pas se prononcer sur un texte qui reprend pourtant l’essentiel des dispositions qu’ils avaient rejetées. Le traité de Lisbonne prévoit la désignation d’un président de l’Union européenne et celle d’un vice-président chargé des Affaires étrangères. Il étend les compétences de l’Union dans de nombreux domaines, au détriment de celles des États. Il assure la prééminence du droit européen sur les droits des pays. Il confirme l’extension de la règle de la majorité qualifiée. On nous présente un projet politique qui se résume à de l’ingénierie administrative. Même si les références à l’hymne et au drapeau européens ont été gommées dans cette nouvelle version, et bien que le mot n’y figure plus, il s’agit pourtant d’une Constitution, qui s’appliquera au peuple français sans qu’on l’ait consulté – comme souvent, s’agissant de l’Europe. Mais comment rendre espoir aux Français si l’on se défie d’eux ? Comment rendre à la France son rang dans le monde si l’on contraint sa souveraineté par un traité tatillon ? Comment rendre confiance aux jeunes Européens si l’on bâtit une Europe sans âme, dans le mépris de son patrimoine spirituel ?

 

J’ai 42 ans. J’en avais 13 quand Jean-Paul II est devenu pape. J’appartiens à la génération de ces jeunes qui ont vécu au rythme de ce pape des temps modernes. Nous l’avons vu précipiter la chute de l’Union soviétique, par la force de ses paroles et de son action. Cet empire, que l’on croyait inébranlable, était construit sur une utopie. La bureaucratie qui le gouvernait méprisait les exigences humaines et spirituelles. Elle promettait aux hommes un bonheur matériel qui ne remplacera jamais leurs aspirations profondes. Elle les contraignait à l’adoration d’idoles, qu’ils ont déboulonnées dès qu’ils l’ont pu. L’Union soviétique était fondée sur un mensonge, au moins par omission des racines culturelles des peuples qu’elle a voulu soumettre à ses lois.

 

Parce que je suis attaché à l’Europe, comme la majorité des jeunes et des gens de ma génération, je souhaite qu’elle soit préservée de cette périlleuse présomption. L’Union ignore trop souvent la culture et les richesses des pays qu’elle veut rassembler. Bien qu’elle ne soit responsable devant personne, la Cour de justice impose aux États sa jurisprudence. Le droit européen consacre le pouvoir d’une technocratie qui veut régler la vie des peuples dans ses moindres détails. Or, le pape actuel, Benoît XVI, l’a rappelé l’an dernier avec force : « On ne peut pas penser construire une vraie maison commune en négligeant l’identité propre des peuples de notre continent ». Et cette identité est « constituée de valeurs que le christianisme a aidé à forger ».

 

Cette évidence historique n’a pas convaincu les rédacteurs de la charte des droits fondamentaux, annexée au traité. Nulle référence, dans ce texte, aux racines chrétiennes de notre Europe, bien que l’Union se dise « consciente de son patrimoine spirituel et moral » : la formule est assez vague pour autoriser toutes les interprétations. Il suffit, d’ailleurs, de la lire pour le comprendre : l’inspiration de cette charte est foncièrement individualiste. Elle dissout les solidarités et les communautés naturelles, comme le traité soumis au Parlement français dissout les nations européennes. Croit-on vraiment que ce soit ce que souhaitent les jeunes Européens ? Si nous voulons qu’elle résiste aux tempêtes, il nous faudra fonder l’Europe sur quelque chose de plus solide. Non sur l’utopie, mais sur la Vérité.

 

Cet article a été publié le Jeudi 14 février 2008 à 18:08 et est classé dans Faire de la France une Nation, Géopolitique Internationale. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.

3 commentaires pour “L’Europe mérite la Vérité.”

 

   1. ChouandAnjou dit :

      15 février 2008 à 16:39

 

      Bravo au dauphin !!!!!!!!

      Vive Jean !

      Vive Henry !

      Vive la France !

      Vivement Reims !!!!

   2. Pierre-Yves Guilain dit :

      15 mars 2008 à 13:29

 

      Les commentaires de Mgr le duc de Vendôme sont pertinents, mais je regrette que le Prince ne s’insurge pas davantage contre le tour de passe-passe de Nicolas Sarkozy, qui bafoue la volonté des Français exprimée majoritairement par référendum.

 

      PYG

   3. Marc dit :

      19 mars 2008 à 9:16

 

      Dans cet article, Monseigneur présente l’Europe comme une nouvelle prison des peuples qui bafouerait leurs cultures parce qu’elle oublierait leurs racines chrétiennes. C’est oublier que les racines juives (voire musulmanes) de l’Europe sont tout aussi importantes que les racines chrétiennes de notre continent et qu’en privilégier une reviendrait à nier les autres. C’est oublier également que les racines laïques de l’Europe -plus récentes, certes, mais tout aussi importante pour une grande partie des Européens et des Français en particulier- existent belle et bien elles aussi…

 

      Je suis toujours surpris de voir que nos princes -dans les veines desquels coule pourtant le sang de l’Europe- perçoivent l’Union comme un danger. Est-ce là un héritage de l’Action française et de son nationalisme nauséeux ? Ou simplement la volonté de se fondre dans le même moule que la vieille garde des monarchistes réactionnaires ?

 

      D’autres princes européens -parmi lesquels SAIR Otto de Habsbourg- ne commettent pas les mêmes erreurs que nos bons princes d’Orléans. Mais il est vrai que les Capétiens ne vivent pas tout à fait dans le même monde que les autres Européens…

 

      Né dans une famille républicaine, je me suis converti au royalisme il y a bien longtemps mais je crois aujourd’hui de moins en moins en la possibilité pour nos princes de représenter une France forte et moderne.

 

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