HISTOIRE DE BELGIQUE
La Belgique doit son nom aux Belgae, des peuples celtes qui s’installent sur le territoire entre le IVe et le IIe siècle av. J.-C. Dans un premier temps, ils opposent une farouche résistance à l’occupation romaine, en particulier lors de la bataille de Solesmes, en 57 av. J.-C. En 54 av. J.-C., ils se rebellent, mais sont finalement soumis trois ans plus tard par Jules César. Sur le territoire de la Belgique actuelle, la Belgica, qui s’étend du nord de la France aux Pays-Bas et à une partie de la Suisse, les Romains créent trois provinces : au nord, la Germanie Seconde, à l’est, la Belgique Première et à l’ouest, la Belgique Seconde. À cette époque, l’agriculture et le commerce se développent, de nombreuses routes sont construites ; Tournai (Turnacum) et Tongres (Aduatuca) deviennent de véritables centres urbains.
Au IVe siècle, des tribus germaniques, les Francs Saliens, occupent les bouches de l’Escaut, la région de la Meuse et les bords du Rhin. Alliés à Rome, ils profitent des invasions des peuples barbares (Suèves, Vandales et Alains) pour s’emparer de Tournai, qui devient leur capitale, et pour pénétrer en Gaule. La domination franque des Mérovingiens succède à celle de Rome en Europe occidentale. Dès cette période, le particularisme entre le Nord et le Sud se dessine : au nord, les Francs fondent ce qui va devenir la Flandre ; au sud et au sud-est, ces mêmes Francs se fondent dans l’élément gallo-romain, numériquement plus important, et donnent naissance à la Wallonie. Depuis cette époque, la frontière linguistique entre les deux communautés, suivant une ligne est-ouest reliant Visé à Mouscron, en passant par le sud de Bruxelles, n’a pas varié.
L’évangélisation commencée du temps de l’Empire romain se poursuit. Les moines donnent une impulsion majeure aux défrichements (les Kempen du Brabant) et les forêts des Ardennes abritent des centres monastiques comme Saint-Hubert ou Stavelot, fondé par Sigebert, roi d’Austrasie.
Rattachées à l’empire carolingien par Charlemagne, les régions belges sont démembrées lors de la partition du royaume franc avec le traité de Verdun en 843. La Francia occidentalis de Charles le Chauve (qui va devenir la France) reçoit la Flandre germanique tandis que les régions wallonnes sont intégrées à la Lotharingie germanique (futur Saint Empire romain germanique). Ce premier partage est suivi de deux autres traités : celui de Meerssen en 870 et celui de Ribemont en 880.
Parcourue de voies d’eau facilement navigables, la Belgique subit dès cette époque les assauts des Vikings. Moitié marchands, moitié pillards avec leurs drakkars de très faible tirant d’eau, ils remontent les cours d’eau et mettent à sac le territoire belge, ainsi que le nord de la France. Ils ne sont définitivement repoussés qu’en août 891 par Arnulf de Carinthie. À la même époque, à l’extrême ouest, naît le comté de Flandre, qui se place dans la mouvance française.
Avant même l’an 1000 se profile cette expansion démographique et économique qui dure jusque vers 1350 en Flandre et en Wallonie. Sur le plan politique, les principautés indépendantes et les seigneuries se multiplient au IXe et au Xe siècles. La Lotharingie est divisée entre la Haute-Lotharingie, ou Lorraine, et la Basse-Lotharingie, ou Lothier. Au comté de Flandre s’ajoutent le comté de Hainaut, de Namur et de Luxembourg, ainsi que les duchés du Brabant et de Limbourg, la seigneurie de Malines et la principauté de Stavelot. L’évêché de Liège est une principauté indépendante. L’unification de ces territoires est réalisée avec les comtes de Flandre ; en particulier grâce à l’action de Philippe d’Alsace (1168 à 1191), qui institue un véritable État. Cette période marque l’apogée de la Flandre, qui cherche à se démarquer de la France (bataille de Bouvines en 1214), étend ses territoires et participe activement aux croisades.
À partir du XIIe siècle, l’essor économique des villes conduit, comme en Italie, à la formation de communes. Les privilèges et franchises des cités marchandes (Bruges a le monopole de la laine, Gand celui du blé, Damme celui du commerce du vin et du sel avec toute l’Europe du Nord) principalement économiques se transforment en franchises politiques. Liège et les cités flamandes revendiquent les libertés politiques et les villes de Flandre deviennent des États. L’essor communal repose sur le développement du commerce et de l’industrie qui vont engendrer une nouvelle classe sociale, la bourgeoisie urbaine. La richesse de cette civilisation marchande qui a donne naissance à une culture flamande autonome est de nature à exciter bien des convoitises, notamment celles des rois de France.
Ainsi, Philippe IV le Bel tente d’annexer la Flandre lors de la bataille des Éperons d’or en 1302, mais les populations résistent. Par le pacte de 1339, les pays de Flandre, de Brabant-Limbourg et de Hainaut sont réunis. Régulièrement, la France continue à intervenir sans pour autant arriver à ses fins. La Flandre demeure indépendante pendant la guerre de Cent Ans, mais sa destinée est désormais liée à celle de la Bourgogne.
En effet, le dernier comte de Flandre, Louis le Mâle, a donné sa fille Marguerite en mariage au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. À sa mort, en 1384, la Flandre est alors rattachée à la Bourgogne, donnant naissance aux Pays-Bas bourguignons qui vont se dresser contre la France au milieu du XVe siècle. Une politique patrimoniale habile permet au duché de fonder un État puissant avec ses propres institutions, situé entre la France et l’Allemagne. En 1435, le traité d’Arras met fin au conflit franco-bourguignon. Le duc Philippe le Bon continue la politique d’expansion de ses prédécesseurs : il annexe le comté de Namur en 1421, le duché de Brabant-Limbourg en 1430, puis les comtés de Hainaut, de Zélande, de Hollande, de Frise, le duché de Luxembourg en 1441 et la principauté de Liège en 1456. Le XVe siècle est également marqué par l’épanouissement des arts et de la culture. Cet essor est cependant interrompu par la mort, en 1477, du dernier souverain bourguignon, Charles le Téméraire.
L’héritière de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne, par son mariage avec Maximilien de Habsbourg en 1477 fait passer la Belgique aux mains des Habsbourg. À la même date, elle accorde l’autonomie aux provinces flamandes par la charte du Grand Privilège.
Élu empereur en 1493, Maximilien Ier marie son fils, Philippe le Beau, à la fille des Rois catholiques d’Aragon, Jeanne la Folle. De cette union naît à Gand, le 24 février 1500, un héritier mâle : Charles. En 1506, Charles monte sur le trône d’Espagne ; en 1516, il devient empereur romain germanique, sous le nom de Charles Quint et se trouve à la tête d’un formidable Empire encerclant la France. En novembre 1549, il décrète l’union définitive des dix-sept provinces des Pays-Bas bourguignons aux possessions d’Espagne. À ces provinces dotées de conseils, Charles Quint annexe Tournai, Utrecht, Overijssel, Groningue, Drenthe, la Gueldre et Zutphen. Son règne se caractérise par l’essor des centres urbains, en particulier celui du port d’Anvers qui favorise le développement industriel et financier de la ville. Cependant, entre 1539 et 1540, Charles Quint doit faire face à la révolte de Gand, à laquelle il impose une sévère répression.
Ayant abdiqué en 1555, Charles Quint laisse à son successeur Philippe II d’Espagne les dix-sept provinces. Espagnol, éduqué loin des Flandres, il ne parle aucune des langues nationales des provinces belges. Catholique intolérant, il s’aliène la population par son intransigeance religieuse et par sa politique de centralisation absolutiste qui heurte la noblesse. Face à l’essor de la Réforme protestante, Philippe II impose l’Inquisition et la Contre-Réforme.
La révolte des Pays-Bas débute en 1566. Le duc d’Albe est nommé gouverneur général et chargé de réprimer l’insurrection. Il instaure des « conseils des Troubles » qui se révèlent être de véritables tribunaux d’exception. Les comtes d’Egmont et de Hornes sont exécutés, Guillaume d’Orange doit s’enfuir et des milliers de Flamands s’exilent. La guerre civile s’étend. La ville d’Anvers est en novembre 1576 le lieu de pillages et de massacres, qui prennent le nom de Furie espagnole. Au même moment, un accord sur la pacification de Gand est conclu, mais il reste sans suite. La lutte contre les rebelles continue avec la nomination d’un nouveau régent, Alexandre Farnèse.
Le conflit évolue en 1579 avec la dislocation des dix-sept Provinces-Unies. En effet, le 6 janvier 1579, l’union d’Arras est signée, elle regroupe les provinces catholiques du Sud — correspondant à l’actuelle Belgique — fidèles à l’Espagne. Le 23 janvier, sept provinces du Nord, à majorité protestante, la Gueldre, la Frise, la Hollande, Groningue, l’Overijssel, Utrecht et la Zélande, déclarent à leur tour leur indépendance, en formant les Provinces-Unies des Pays-Bas, au sein de l’union d’Utrecht.
Philippe II continue sa politique et tenta de reconquérir les provinces perdues. En 1609, alors que les deux camps sont épuisés, Philippe III d’Espagne signe une trêve de douze ans avec les rebelles et reconnaît l’indépendance des Provinces-Unies. Entre-temps, la guerre de Trente Ans (1618-1648) éclate. Les Provinces-Unies ont trouvé un puissant allié pour s’opposer à la politique espagnole en la personne des rois de France. En 1635, les Hollandais et les Français unissent leurs forces pour démembrer les Pays-Bas espagnols, mais ils ne parviennent pas à en déloger les Espagnols.
Finalement, les victoires françaises et hollandaises forcent le roi d’Espagne, Philippe IV, à accepter de signer une paix séparée avec les Hollandais en 1648. Le Sud, constitué par la Belgique et le Luxembourg actuels, reste sous domination espagnole. Le traité de Münster qui, avec les autres traités de Westphalie, met fin à la guerre de Trente Ans donne Maastricht aux Hollandais, et l’Espagne accepte la fermeture de l’Escaut. Traversant le territoire hollandais, le fleuve atoujours été la seule voie d’accès à la mer du port d’Anvers. La grande cité portuaire et commerciale entre alors dans une phase de déclin.
Les traités ne mettent pas fin à la guerre entre la France et l’Espagne. Durant tout son long règne, le roi de France, Louis XIV, refuse d’abandonner ses visées sur cette région. Pendant vingt et un ans, les Pays-Bas espagnols sont un champ de bataille, ce qui achève de ruiner le pays. La paix des Pyrénées, en 1659, donne à la France l’Artois, ainsi que plusieurs places fortes et régions frontalières en Hainaut, en Flandre et au Luxembourg. La guerre de Dévolution (1667-1668) est une guerre de conquête, mais, lors du traité d’Aix-la-Chapelle, Louis XIV doit se contenter de quelques places militaires aux frontières du Nord. L’hégémonie française inquiète les puissances européennes. La guerre de la ligue d’Augsbourg (1686-1697) ne contribue pas à calmer les ambitions françaises. Les Pays-Bas espagnols sont à nouveau le but de la guerre de Succession d’Espagne.
La paix d’Utrecht, ensemble de traités signés entre 1713 et 1715, symbolise la fin du conflit et donna à la France une partie de la Flandre, ainsi que Dunkerque et Lille. Cependant, la majorité du territoire est cédée à l’Autriche, sous l’autorité de l’empereur germanique Charles VI et, conformément au traité de la Barrière de 1715, des garnisons hollandaises de sûreté occupent les forteresses situées aux frontières de la France. Le territoire de la Belgique est alors composé des duchés de Luxembourg, de Gueldre, de Brabant, de Limbourg, des comtés de Hainaut et de Flandre, du marquisat de Namur et des villes de Tournai et de Malines.
La guerre de Succession d’Autriche, qui débute en 1740, déclenche une fois de plus l’invasion et l’occupation du pays par la France, mais, en 1748, le traité d’Aix-la-Chapelle rend le pays à l’Autriche. Hormis cette invasion, les débuts de la souveraineté autrichienne sur la Belgique sont paisibles. Sous les règnes de Marie-Thérèse et de son fils, Joseph II, tous deux despotes éclairés, la philosophie des Lumières occupe une grande place. De nombreuses réformes sont mises en route, en particulier dans le domaine judiciaire ; en 1781 est promulgué un édit de tolérance religieuse.
Cependant, la paix civile prend fin en 1781 quand l’empereur Joseph II décide de raser les forteresses frontalières et de rouvrir l’estuaire de l’Escaut. Les Hollandais interdisent à nouveau le fleuve au commerce. Par la suite, en 1787, engagé dans une réforme profonde des domaines impériaux des Habsbourg, le souverain décide l’abolition de l’autonomie provinciale dont jouissent les Pays-Bas autrichiens. Aux conseils provinciaux est substitué un Conseil du gouvernement général et le pays est divisé en neuf cercles, sous l’autorité d’intendants. Les anciens corps politiques, mécontents de la disparition de leurs prérogatives, forment des partis patriotes. Le refus de tout compromis par Joseph II provoque un soulèvement général qui coïncide avec le début de la Révolution française.
La révolte brabançonne éclate en 1789. La plupart des garnisons autrichiennes sont contraintes de capituler et, le 10 janvier 1790, une république confédérée, les États belgiques unis, est proclamée. Mais les Belges se divisent sur la question sociale et sur les privilèges. Un an après la mort de Joseph II, en 1790, son successeur Léopold II rétablit l’ordre et ses droits, à la suite de la bataille de Falmagne.
Mais, la déclaration de guerre en mars 1792 par le ministère girondin de Louis XVI entraîne l’Autriche de François II dans la tourmente des conflits de la Révolution et des guerres napoléoniennes. Victorieuse à Jemmapes en novembre 1792, puis défaite à la bataille de Neerwinden en mars 1793, l’armée française, menée par Jean-Baptiste Jourdan, remporte finalement la bataille de Fleurus, le 26 juin 1794. La Belgique revient officiellement à la France en vertu du traité de Campoformio en 1797.
D’une façon générale, le régime installé par les Français, s’il a ses partisans, est impopulaire ; malgré cela la Belgique tire profit de la domination française. Le territoire est remodelé, sa superficie accrue par l’intégration de la principauté-évêché de Liège, l’Ancien Régime aboli ; mais les tentatives d’établir la conscription en 1798 déclenchent une révolte armée, la guerre des Paysans.
Le Premier consul Bonaparte ramène le calme, puis intègre la Belgique à l’Empire français où elle forme neuf départements. Les Belges tirent aussi des avantages économiques de la prépondérance française. L’Escaut est rouvert à la navigation, ce qui permet à Anvers de redevenir un grand centre commercial, au grand dam de la Grande-Bretagne qui n’accepte pas de voir une puissance ennemie contrôler la voie commerciale par où arrivent le fer et le bois nécessaires à ses industries. L’industrialisation de la Belgique est favorisée par des capitaines d’industrie comme John Cockerill et Liévin Bauwens. Des réformes judiciaires et l’introduction du Code civil (voir Code Napoléon) sont également des apports français.
En mars 1815, le pays est occupé par les armées de la coalition des puissances européennes ayant participé au congrès de Vienne (Russie, Autriche, Prusse, Grande-Bretagne). Le 22 juin 1815, Napoléon Ier y livre la bataille de Waterloo, la dernière grande bataille des guerres napoléoniennes où les Belges combattent tant du côté français que du côté des puissances coalisées.
Du congrès de Vienne, en 1815, émergent une nouvelle Europe et l’union des provinces belges et hollandaises au sein d’un nouveau royaume de Belgique et des Pays-Bas, qui est confié à un roi hollandais, Guillaume Ier d’Orange. Cependant, la complémentarité économique des deux régions ne peut venir à bout des clivages religieux, sociaux et politiques entre un Nord néerlandophone, protestant et plutôt conservateur, et un Sud catholique progressiste, francophone et gagné aux idées de la Révolution française. La Belgique catholique ne veut pas d’un souverain protestant non plus que du néerlandais comme langue officielle.
Après la formation d’une première coalition d’opposants en 1828, l’annonce d’une révolution en France, en juillet 1830, cristallise les oppositions. La révolte belge débute le 25 août 1830. Le 27 septembre, les troupes hollandaises sont chassées de Bruxelles, et le 4 octobre, un gouvernement provisoire, composé de catholiques et de libéraux, proclame l’indépendance de la Belgique. Les grandes puissances, l’Autriche, la France, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie reconnaissent l’indépendance de la Belgique, malgré l’opposition de la Hollande à la conférence de Londres, le 4 novembre 1830.
Les Belges élaborent une Constitution, et Léopold Ier de Saxe-Cobourg-Gotha est choisi comme souverain. Le 21 juillet 1831, il prête serment sur la Constitution qui a été instituée en février de la même année. En outre, un protocole élaboré le 20 janvier 1831 considère la Belgique comme un « État indépendant et perpétuellement neutre ».
Cependant, les Hollandais attaquent le jeune royaume lors de la campagne des Dix Jours, en août 1831, mais doivent se retirer après l’intervention de l’armée française. La lutte se poursuit encore sept ans jusqu’à la signature d’un traité définitif à Londres, le 19 avril 1839. La Belgique y gagne une partie du Luxembourg mais perd une partie du Limbourg attribuée aux Pays-Bas. Prince allemand et anglais par ses origines familiales, Léopold Ier est un monarque attentif, à l’écoute de ses ministres ; son habileté politique lui permet d’avoir une autorité considérable dans son pays.
Sur le plan politique, l’alliance entre les catholiques et les libéraux, l’unionisme, perdure pendant la première moitié du XIXe siècle. La lutte traditionnelle entre les partis reprend le dessus dès 1840 et, en 1847, les libéraux (dont le parti a été fondé en 1846) remportent les élections.
Le déclin économique qui résulte de la séparation des marchés hollandais et belge est de brève durée. La construction, à partir de 1834, d’un réseau ferré qui relie les principales villes dès 1840 facilite la mise en valeur des industries houillères et de la métallurgie wallonne, ce qui permet à la Belgique de devenir le pays le plus industrialisé d’Europe continentale. En outre, l’agriculture demeure compétitive et les secteurs bancaire et financier sont en pleine expansion. Malgré une première crise économique en 1845 qui entraîne un phénomène de paupérisation de la société, le libre-échangisme est dominant entre les différents pays d’Europe.
Sous Léopold II, la Belgique est confrontée à de nombreuses crises politiques. Trois problèmes fondamentaux dominent la vie politique : l’enseignement, le système électoral et la question linguistique. Les libéraux préconisent le monopole de l’État sur l’enseignement, à l’encontre des catholiques, partisans de la liberté d’enseignement. La loi de 1842, qui accorde au clergé le contrôle de l’enseignement primaire, est abrogée en 1879 par la loi Van Humbeek, défendue par le ministre anticlérical Frère-Orban. La crise ouverte amène la rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. La pleine liberté de l’enseignement est rétablie en 1884, sous le gouvernement Malou, et l’enseignement religieux est à nouveau imposé dans les écoles publiques à partir de 1895.
Les deux camps s’affrontent aussi sur la question électorale. Dès 1848, les libéraux obtiennent l’abaissement du cens électoral, mais, en 1870, il n’y a encore que 100 000 électeurs sur une population de 6 millions d’habitants. La situation ne se débloque qu’après une campagne de pétitions et de grèves organisées en 1893 par le Parti socialiste nouvellement créé. Le ministère catholique doit accepter l’adoption du système du vote plural : selon la loi Nyssens, le principe du suffrage universel est acquis pour tous les Belges âgés de vingt-cinq ans et domiciliés en Belgique depuis plus d’un an, mais certaines catégories professionnelles bénéficient d’une voix de plus, comme les grands propriétaires et certains hauts fonctionnaires. En 1899, le système de la représentation proportionnelle est institué avant l’établissement du suffrage universel simple en 1919.
La querelle linguistique se pose dès 1840, la Constitution ne prévoyant qu’une langue officielle : le français. Par étapes successives, les défenseurs du néerlandais imposent l’introduction de cette langue dans la vie officielle du pays. En 1879, elle est introduite dans les tribunaux, puis, en 1894, la loi De Vriendt-Coremans lui donne rang de langue officielle avec le français.
Vers 1880, l’industrialisation et la densité de la population ont créé dans les villes de Belgique des conditions de vie épouvantables. À cela s’ajoutent une crise économique caractérisée par une surproduction industrielle, une réduction du pouvoir d’achat et une augmentation du chômage. Les premières revendications sociales sont le fait de militants socialistes, travailleurs gantois et wallons, ainsi que de syndicats et coopératives mutualistes. Sous l’impulsion de personnalités comme le comte Albert de Mun et le comte Henry Carton de Wiart naît un catholicisme social agissant. Sous la pression de leurs efforts conjugués, le gouvernement Bernaert adopte une législation sociale : ce sont les lois sur les constructions d’habitations ouvrières (1889), sur les pensions de vieillesse (1894), sur la réglementation du travail des femmes et des adolescents (1888 et 1906) et sur l’introduction d’assurances concernant les accidents du travail (1903).
Comme dans le reste de l’Europe, l’impérialisme colonial a ses partisans en Belgique. Le premier d’entre eux est Léopold II, qui finance personnellement une expédition sur le fleuve Congo. Il engage sir Stanley à son service et se taille un empire en Afrique centrale qui est sa propriété personnelle. À la conférence de Berlin en 1885, l’Association internationale du Congo, fondée par Léopold II, est reconnue comme un État souverain. L’exploitation sans merci des ressources humaines et matérielles du pays se poursuit après la cession par Léopold II du Congo, comme colonie, à la Belgique en 1908. Voir République démocratique du Congo. L’année suivante, son fils Albert Ier monte sur le trône.
Une semaine après le début de la guerre, le 4 août 1914, selon le plan Schlieffen, les armées allemandes franchissent la frontière belge, violant la neutralité du pays. Le gouvernement s’oppose à l’invasion et demande l’aide de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie. L’armée belge oppose une résistance héroïque : pendant quatre ans, les soldats retranchés sur les lignes de l’Yser tiennent tête à l’armée allemande. Le gouvernement belge s’exile au Havre tandis que le « roi chevalier » Albert Ier refuse obstinément de quitter la Belgique.
L’occupant allemand tente d’utiliser à son profit les divisions linguistiques en établissant des administrations flamandes et wallonnes indépendantes ; ces initiatives ne trouvent aucun soutien chez des populations civiles traumatisées, l’Allemagne refusant de subvenir aux besoins alimentaires de la population belge. Un million de civils se réfugient en France.
La grande offensive alliée, qui débute le 28 septembre 1918, libère toute la côte belge. Les Allemands, également repoussés en France, signent l’armistice du 11 novembre 1918 et se retirent du territoire belge. Aux termes du traité de Versailles, l’Allemagne cède à la Belgique les cantons germanophones d’Eupen, Malmedy et Saint-Virth, et le territoire du Ruanda-Urundi, ancienne colonie allemande, est placé sous mandat belge. La Belgique reçoit des dommages de guerre et sa neutralité est levée.
La reconstruction des régions dévastées est relativement rapide. En 1921, l’Union économique belgo-luxembourgeoise est créée permettant un redressement plus rapide des industries et de l’agriculture. Cependant, des privatisations et une dévaluation sont nécessaires à ce redressement. En outre, les conséquences de la crise économique de 1929 touchent la Belgique qui doit pratiquer une nouvelle dévaluation en 1936. La période de reconstruction économique est également propice à une nouvelle législation sociale : le droit de grève, la liberté syndicale et la semaine de quarante-huit heures sont adoptés en 1921, les lois sur le salaire minimal et les congés annuels de six jours soient votées en 1936.
Sur le plan politique, l’introduction, en 1919, du suffrage universel unique pour tous les hommes modifie le jeu politique, empêchant la domination d’un seul parti. L’union nationale domine avec l’alliance des catholiques, des libéraux et des socialistes. Cependant, des mouvements extrémistes se développent tels que le Rexisme, parti francophone autour de Léon Degrelle, et le Front-Partij, flamand, qui devient en 1933, le Vlaams Nationaal Verbond (VNV), la Ligue nationale flamande. Après la mort accidentelle d’Albert Ier, son fils, Léopold III, lui succède en 1934.
Sur le plan diplomatique, la Belgique ayant abandonné sa politique de neutralité signe une alliance militaire avec la France en 1920, participe à l’occupation de la Ruhr en 1923-1925 puis adhère aux accords de Locarno en 1925.
En 1936, à la suite de la remilitarisation de la Rhénanie, la Belgique, doutant des systèmes de sécurité collective mis en place après 1919, décide de revenir à une politique traditionnelle de neutralité. Elle dénonce ses accords militaires passés bien que la Grande-Bretagne et la France aient confirmé en avril 1937 leur engagement de prendre part à la défense du pays en cas d’agression étrangère.
Le 10 mai 1940, la Belgique est attaquée pour la seconde fois par l’Allemagne. Sans avertissement ni ultimatum, les terrains d’aviation, les gares et les centres de communication belges sont bombardés par l’aviation allemande, tandis que les divisions blindées allemandes se ruent à travers les Ardennes. Les troupes françaises et britanniques venues au secours des armées belges sont encerclées ou refoulées autour de Lille et Dunkerque. Le 28 mai, le roi Léopold III capitule sans condition et refuse de suivre en exil le gouvernement belge. Le 30 mai, les ministres rompent avec Léopold III qui est interné au château royal de Laeken puis transféré en Autriche en 1944. Après la capitulation de la France, le Premier ministre, Hubert Pierlot, et le ministre des Affaires étrangères, Paul Henri Spaak, retenus en Espagne, rejoignent à Londres le gouvernement en exil.
L’occupation allemande est implacable. Malgré cela, certains mouvements fascistes comme celui de Léon Degrelle ou les nationalistes de la Ligue nationale flamande de Staff De Clerq (1884-1942) et de Joris Van Severen (1884-1940), ainsi que le Vlaams-Duitse Arbeidsgemeenschap ou DeVlag (Communauté de travail germano-flamande) de Jef Vandeviele soutiennent l’occupant et se prononcent pour l’intégration à l’Allemagne ; certains vont jusqu’à intégrer les rangs des SS. Cependant, les déportations, l’instauration du Service du travail obligatoire (STO) et le pillage économique de la Belgique par l’Allemagne nazie renforcent la résistance belge.
Le gouvernement en exil rentre finalement à Bruxelles le 8 septembre 1944, dans le sillage des armées alliées. La bataille des Ardennes retarde la libération complète de la Belgique, qui n’est achevée que le 5 février 1945. Voir Guerre mondiale, Seconde.
Après la guerre, les oppositions politiques s’exacerbent entre le Parti social-chrétien (PSC catholique) et la coalition des libéraux, des socialistes et des communistes. Après la dissolution du Parti ouvrier belge (POB), le Parti socialiste belge (PSB) est créé.
En matière de politique étrangère, la Belgique devient membre des Nations unies (ONU) le 26 juin 1945, et apporte un soutien conséquent aux autres pays membres occidentaux pendant la guerre froide. En avril 1949, elle adhère à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
Le cas du roi Léopold III, qui est resté en Suisse dans l’attente d’une décision quant à son avenir, exacerbe les divisions internes. Au cours de l’été 1945, en dépit des pressions exercées par le PSC, qui est favorable au retour du monarque, le Parlement belge étend la régence du frère du roi, le prince Charles, sans limitation de durée, bannissant Léopold III en raison de sa conduite controversée au cours de la guerre.
Le 12 mars 1950, après plus d’un an de crises gouvernementales successives provoquées par la question royale, les électeurs belges se rendent aux urnes dans le cadre d’un référendum consultatif afin de se prononcer sur le retour de Léopold. Les votants se prononcent à 57,6 p. 100 en faveur du retour du roi. Mais le Parlement y est opposé, et ce n’est qu’après sa dissolution et de nouvelles élections que le roi peut revenir en juillet 1950. Cependant, ses ennemis ne désarment pas : des grèves, des marches de protestation et des émeutes se produisent dans de nombreuses agglomérations urbaines. On frôle la guerre civile quand, le 3 août 1950, à la suite de négociations avec le gouvernement et les chefs politiques, Léopold III accepte d’abdiquer en faveur de son fils, le prince héritier Baudouin, qui devient roi à sa majorité le 17 juillet 1951.
Malgré des pertes humaines considérables, la Belgique se relève très vite après la guerre, l’infrastructure industrielle étant restée miraculeusement intacte. L’assainissement monétaire, l’aide américaine du plan Marshall et une politique d’intégration économique au sein de l’Europe portent rapidement leurs fruits. En effet, les années cinquante sont marquées par les efforts conjoints des dirigeants européens désireux de réaliser une union politico-économique des nations d’Europe de l’Ouest. Dans un premier temps, l’union douanière du Benelux est mise en place en 1948. En prenant part de façon active à ce mouvement, la Belgique, de concert avec la France, la RFA, le Luxembourg, l’Italie et les Pays-Bas, devient membre de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1952.
En 1954, après le refus de la France de ratifier le traité établissant la Communauté européenne de défense (CED), le ministre des Affaires étrangères Paul Henri Spaak est l’initiateur du second « lancement de l’Europe ». Ses efforts contribuent à créer en 1957, par le traité de Rome, la Communauté économique européenne (voir Union européenne). Bruxelles devient le siège de l’exécutif et d’une grande partie des services administratifs de la CEE. De même, la Belgique adhère à la Communauté européenne de l’énergie atomique, l’Euratom. Depuis, le pays tire largement profit de son adhésion et du rôle clé qu’il joue dans ces organisations supranationales.
En janvier 1959, des mouvements qui réclament plus d’émancipation et des soulèvements à Léopoldville, au Congo belge, obligent la Belgique à se retirer de son empire d’Afrique. Après la conférence de la table ronde de Bruxelles au début de l’année 1960, le roi Baudouin proclame l’indépendance de la colonie (l’actuelle République démocratique du Congo), le 30 juin 1960, et intervient militairement pour protéger ses ressortissants. Ce départ des autorités belges est suivi par des troubles qui dégénèrent en véritable guerre civile. En 1962, le territoire du Ruanda-Urundi, placé sous mandat belge en 1919 et sous tutelle de l’ONU en 1946, accède à l’indépendance ; de celui-ci naissent deux États : le Rwanda et le Burundi.
À partir des années soixante, la vie politique est dominée par le réveil de la querelle ethnolinguistique entre Flamands et Wallons. Déconsidérés par leur engagement dans la collaboration, les partis flamands ne se reforment que lentement, et ce n’est qu’en 1954 qu’un nouveau parti, la Volskunie (VU), est fondé. Après la scission du ministère de l’Éducation nationale et des Affaires culturelles en deux et l’établissement d’une frontière linguistique en 1962, le problème est porté devant le Parlement en 1963. Ainsi, en septembre 1963, une loi sur le statut linguistique des communes de Bruxelles est adoptée en même temps que le transfert de la région francophone de Mouscron de la Flandre au Hainaut et de la commune de Fourons à la province flamande du Limbourg, mais les problèmes ne sont pas réglés pour autant.
En janvier 1968, des affrontements entre Wallons et Flamands entraînent la chute du gouvernement. L’université de Louvain est scindée en deux, les facultés francophones doivent quitter le Brabant. En juin, le dirigeant social-chrétien, Gaston Eyskens, forme une coalition avec les socialistes. Le gouvernement doit se résoudre à affronter le problème constitutionnel posé par la coexistence de deux peuples de cultures différentes au sein d’un même État. Eyskens conserve la majorité en 1971, mais son gouvernement doit démissionner en novembre 1972. Une coalition de trois partis menée par les socialistes d’Edmond Leburton prend le relais ; affaiblie par les tensions communautaires, elle se désunit en janvier 1974. Après les élections de mars, le social-chrétien Léo Tindemans forme une coalition avec les libéraux, les sociaux-chrétiens et le Rassemblement wallon.
À cette instabilité ministérielle s’ajoute une crise économique due au choc pétrolier de 1973. Le vieillissement des industries wallonnes, la crise des charbonnages et de la sidérurgie aggravent la récession économique. La croissance est en baisse, le chômage et l’inflation augmentent. Tindemans gouverne jusqu’en février 1977. Les élections d’avril sont précédées par la conclusion d’un pacte, le « pacte d’Egmont », qui prévoit le découpage de la Belgique en trois régions dotées d’une large autonomie. Son application se heurte à de multiples oppositions notamment à Fourons. De nouvelles élections en décembre 1978 sont peu concluantes.
Durant les années quatre-vingt, la vie politique est dominée par les partis sociaux-chrétiens, le plus souvent sous la conduite de Wilfried Martens. Il forme son huitième gouvernement en 1988. La réforme de l’État continue et, en janvier 1989, le Parlement adopte un projet de loi de décentralisation destiné à transférer certains pouvoirs du gouvernement fédéral vers les trois régions ethnolinguistiques. La mise en œuvre de cette loi est lente, et les élections de novembre 1991 donnent aux sociaux-chrétiens une courte majorité. Martens démissionne de son poste de chef du parti, et son successeur, Jean-Luc Dehaene, forme un nouveau gouvernement de centre gauche en mars 1992. En ratifiant le traité de Maastricht, relatif à l’Union européenne, au cours de l’automne 1992, la Belgique se prononce en faveur d’une coopération économique et politique accrue en Europe.
En mai 1993, le processus de décentralisation de la Belgique prend fin et la nouvelle Constitution institue officiellement un pays fédéral composé de trois régions : la Région flamande, la Région wallonne et Bruxelles-Capitale. Les réformes constitutionnelles amènent un équilibre des pouvoirs entre les communautés : la Belgique est aujourd’hui un État à la fois fédéral, communautaire et régional, où les différentes sphères politiques et culturelles coexistent. Au roi Baudouin décédé le 31 juillet 1993 succède son frère, Albert II.
Néanmoins, l’édifice ainsi construit demeure fragile. Les « affaires », le financement caché des partis politiques, la corruption et les tensions entre Wallons et Flamands sur un fond de crise sociale persistante aggravent les fractures. Pourtant, les élections du mois de mai 1995 sont remportées par la coalition des sociaux-chrétiens et des socialistes du Premier ministre, Jean-Luc Dehaene, qui est reconduit dans ses fonctions.
La crise de l’État belge demeure profonde : significatif à cet égard est ce sondage de janvier 1996 réalisé en Flandre, qui indique que 64 p. 100 des Flamands se sentent d’abord flamands contre 30 p. 100 se définissant en premier lieu comme belges. En même temps, 80 p. 100 d’entre eux déclarent vouloir plus d’autonomie pour la Flandre tandis que 70 p. 100 regrettent la Belgique d’antan. Du côté flamand, on interprète l’autonomie au sens le plus large, le partage des fonds publics pour la Sécurité sociale jugé défavorable est l’objet de nombreuses critiques ; du côté wallon, on estime qu’une scission ou une régionalisation du système social signifierait la fin de l’État belge.
L’« affaire Dutroux » est venue souligner la fragilité des rapports entre les élites et les simples citoyens : le dessaisissement du juge chargé de l’enquête sur ce réseau de pédophilie déclenche une vague de protestations qui culmine lors de la « marche blanche » au mois d’octobre 1996, spectaculaire manifestation qui rassemble plus de 300 000 personnes (Flamands et Wallons). À la suite de ce mouvement, le Premier ministre annonce la mise en place d’une réforme du système judiciaire, ainsi que la constitution d’une commission d’enquête sur les dysfonctionnements des services de police et de justice. Le rapport de cette commission, remis à la fin de l’année 1997, révèle la profondeur de la déliquescence de l’appareil d’État, confirmé en avril 1998 par la brève évasion de Marc Dutroux, qui suscite une vive émotion et la démission de plusieurs ministres du gouvernement. S’ajoutant aux scandales liés au financement illicite des partis politiques, aux révélations sur l’attitude de la Belgique au Rwanda, au durcissement du conflit linguistique dans la périphérie de Bruxelles, touchant notamment les « communes à facilités », l’affaire Dutroux contribue à aggraver la crise de confiance des citoyens envers l’État.
Cette crise politique s’accompagne d’un malaise économique et social, lié à la perte de compétitivité de l’industrie belge (fermeture de l’usine Renault à Vilvorde en septembre 1997, restructuration en cours de la sidérurgie wallonne).
Cependant, tout en ayant une dette publique très importante (118 p. 100 du PIB en 1998), la Belgique satisfait aux critères du traité de Maastricht et fait partie des onze pays européens adhérant à l’Union économique et monétaire en 1999. Elle ratifie, par ailleurs, le traité d’Amsterdam. Le projet flamand de faire du royaume de Belgique une confédération où la Flandre et la Wallonie verraient leurs compétences accrues, notamment en matières fiscale et financière, au détriment du gouvernement fédéral, ne reçoit pas d’écho favorable chez les francophones, qui craignent pour l’autonomie de la région Bruxelles-capitale.
En mars 1999, la Belgique s’engage, aux côtés de treize des dix-neuf membres de l’OTAN, dans l’opération « Force alliée » menée contre la Serbie au Kosovo.
Les élections européennes qui suivent en juin 1999 sanctionnent la coalition au pouvoir. Les partis écologistes font une percée remarquée (Ecolo, 22,3 p. 100 et 3 sièges ; Agalev, 2 sièges). En Wallonie, le PS obtient 25,8 p. 100 des voix et 3 sièges, le PRL 27 p. 100 et 3 sièges alors que le Parti social-chrétien n’obtient que 13,4 p. 100 et 1 siège. En Flandre, les partis gouvernementaux CVP (3 sièges) et SP (2 sièges), perdent chacun 1 siège alors que la Volksunie obtient 2 sièges et le Vlaams Blok 1 siège. Aux élections législatives, qui se déroulent le même jour, la coalition au pouvoir (sociaux-chrétiens et socialistes flamands et wallons) perd la majorité et les partis qui la constituent sont devancés par les libéraux (PRL et VLD). Ces résultats entraînent la démission de Jean-Luc Dehaene de son poste de Premier ministre. Le roi Albert II désigne en juillet Guy Verhofstadt, président du VLD, pour former le nouveau gouvernement, qui réunit une coalition libérale, socialiste et écologiste rassemblant six partis. Les partis écologistes participent pour la première fois à l’exécutif fédéral. Il semble que le changement de majorité soit la conséquence de la « crise de la dioxine », qui s’est déclenchée en mai, un mois avant les élections européennes. Il est alors révélé que les poulets d’élevage présentent un taux de dioxine anormalement élevé. Un embargo européen est immédiatement mis en place à l’encontre de la volaille, avant d’être étendu au porc et au bœuf. Les pertes nettes pour l’économie belge sont évaluées à 650 millions d’euros. Mis en cause pour négligence, les ministres de la Santé et de l’Agriculture démissionnent. À l’automne est instituée une commission d’enquête parlementaire afin de mettre à jour les dysfonctionnements ayant abouti à ce scandale emblématique des craintes liées à la sécurité alimentaire. Par ailleurs, le gouvernement légifère en janvier 2000 en faveur d’une régularisation massive des sans-papiers, tout en rétablissant un contrôle aux frontières afin d’éviter un afflux de demandeurs d’asile.
Les élections communales du 8 octobre 2000 voient une faible progression du PS (qui reste tout de même la formation dominante), confortent le PRL et confirment le déclin du PSC dont l'influence locale s'émiette. Les surprises viennent de la montée d’Ecolo (qui multiplie son nombre d'élus de 1994 par 2,5), le parti écologiste francophone en Wallonie, mais surtout de la progression de l’extrême droite en Flandre. Le Vlaams Blok recueille 10 p. 100 des voix dans la région flamande. C’est à Anvers, la deuxième ville de Belgique, que son score est le plus élevé (avec 33 p. 100 des voix, il dispose de 21 élus sur 55). En Wallonie, en revanche, l’extrême droite a quasiment disparu du paysage électoral.
En juillet 2001, la Belgique reprend le flambeau de la présidence de l’Union européenne (UE) pour six mois, et ce pour la onzième fois de son histoire. Elle a principalement pour mission d’accompagner l’introduction de la monnaie unique, qui se déroule à partir du 1er janvier 2002 dans d’excellentes conditions.
L’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, fondée en 1772, regroupe 90 artistes, scientifiques et écrivains. La principale bibliothèque du pays est la Bibliothèque royale Albert-Ier fondée à Bruxelles en 1837 et où sont conservés plus de 3 millions de volumes. Les universités de Gand, de Liège et de Louvain ont également des bibliothèques importantes.
Le Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers, devenu musée royal en 1927, est renommé pour sa collection de peintures de Rubens, de Van Dyck et Bruegel. Le Musée royal des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles, abrite une riche collection d’œuvres d’art, une salle de concert et un cinéma. Enfin, le musée d’Art ancien de Bruxelles regroupe des pièces des écoles hollandaise, flamande, italienne, française et allemande. Le Théâtre national de Bruxelles est subventionné par des fonds publics.
Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 2003. © 1993-2002 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.