HISTOIRE DE L’UKRAINE

Publié le par michel baran

Initialement peuplée par les Scythes, puis par les Sarmates, l’Ukraine subit plusieurs vagues d’invasions barbares avant que les Varègues ne s’y installent et ne fondent, en 822, la principauté de Kiev, capitale du premier État russe aux XIe et XIIe siècles.

 

Au XIIIe siècle, les Mongols envahissent la région, provoquant le démembrement de la Russie kiévienne. À l’ouest, la principauté de Galicie-Volhynie, fondée en 1199, souffre moins de l’invasion mongole que le reste de la région, mais passe sous le contrôle de la Pologne au XIVe siècle. Au même moment, Kiev et sa région sont conquises par la Lituanie, puis deviennent possessions polonaises. La Pologne, cependant, ne réussit pas à soumettre les Cosaques zaporogues, alliés de la Russie.

 

Les terres situées à l’est du Dniepr sont cédées à la Russie en 1667, lors du traité d’Androussovo. Le reste de l’Ukraine, à l’exception de la Galicie rattachée à l’Empire austro-hongrois de 1772 à 1919, est annexé par l’Empire russe après le second partage de la Pologne en 1793.

 

Au cours de la Première Guerre mondiale, à la suite de la Révolution bolchevique de 1917, l’Ukraine, où un puissant nationalisme n’a cessé d’être entretenu, proclame son indépendance. Dans le même temps, en Galicie, en Bucovine et en Ukraine carpatique, les Ukrainiens sous domination autrichienne s’affranchissent et fondent, en 1918, leur propre république en Galicie orientale ; celle-ci ne tarde pas à rejoindre l’Ukraine russe pour former une fédération. Un an plus tard, cependant, la Galicie orientale devient un protectorat polonais après la conférence de Paris.

 

Proclamée en novembre 1917, la République autonome ukrainienne, dirigée depuis Kiev par Simon Petlioura, a face à elle, dès décembre 1917, une république soviétique d’Ukraine, soutenue par les bolcheviques, basée à Kharkiv et dirigée par Rakoski. Occupée jusqu’en décembre 1918 par les armées allemandes après la signature du traité de Brest-Litovsk (mars 1918), l’Ukraine, de nouveau dirigée par le gouvernement de Petlioura, voit se dérouler jusqu’en 1921 de violents combats qui opposent les armées blanches de Wrangel et Denikine aux bolcheviques.

 

En 1920, le gouvernement nationaliste s’allie avec la Pologne dans une guerre contre la Russie, mais l’avancée des troupes bolcheviques permet au gouvernement soviétique de prendre le contrôle de l’Ukraine, finalement partagée lors du traité de Riga (1921) entre la Pologne, qui se voit attribuer la Galicie orientale et la Volhynie, et la Russie soviétique, qui crée en 1922 la République fédérée d’Ukraine.

 

Jusqu’en 1939, l’URSS fait tout pour éliminer le nationalisme ukrainien. La république subit la collectivisation forcée de l’agriculture et la réquisition des denrées alimentaires dans les campagnes, cause d’une effroyable famine en 1932-1933.

 

Lors de la Seconde Guerre mondiale, après la conquête de la Pologne orientale par les Soviétiques en septembre 1939, la Galicie polonaise est rattachée à la RSS d’Ukraine. Quand les Allemands envahissent l’Ukraine en 1941, les nationalistes ukrainiens, espérant qu’une république autonome pourrait voir le jour sous protection nazie, se montrent très favorables à l’occupation. L’Ukraine est reprise par l’Armée rouge en 1944. Accusés collectivement de « collaboration », les Ukrainiens subissent une terrible répression. La même année, des régions de la Bessarabie et du nord de la Bucovine, qui étaient roumaines, lui sont rattachées ainsi que la région de Ruthénie en 1945.

 

Souvenir de l’ancienne indépendance du pays, la RSS d’Ukraine devient membre à part entière des Nations unies en 1945. La Crimée, qui faisait partie de la république de Russie, est rattachée à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev en 1954. À partir de ce moment et jusqu’en 1991, date de la chute du communisme en URSS, l’histoire de l’Ukraine suit un cours parallèle à celle de l’URSS.

 

À la fin de 1991, l’Ukraine proclame son indépendance, ratifiée ensuite à plus de 90 p. 100 des voix par un référendum national. Une élection présidentielle porte au pouvoir Leonid Kravtchouk, ancien chef du Parti communiste ukrainien. En décembre 1992, le nouveau Premier ministre, Leonid Koutchma, met en place une série de réformes économiques qui coïncident avec le début de la crise économique et de l’hyperinflation.

 

De plus, des tensions avec la Russie au sujet de la Crimée ne tardent pas à apparaître. Peu après l’indépendance, un mouvement sécessionniste dirigé par des Russes se forme en Crimée. La Crimée proclame même son indépendance, mais celle-ci est finalement abrogée en mai 1992. Le même mois, cependant, le corps législatif russe déclare nul et caduc le transfert de 1954 qui avait rattaché la Crimée à l’Ukraine.

 

En fait, à partir de 1991, l’Ukraine et la Russie revendiquent chacune le contrôle de la flotte de la mer Noire, basée dans le port de Sébastopol. Un accord est conclu en 1992 afin de partager le commandement de la flotte jusqu’en 1995, date théorique de sa division entre les deux pays. En janvier 1994, le président Kravtchouk accepte de transférer à la Russie une partie de l’arsenal nucléaire de l’Ukraine en échange de combustible nucléaire destiné à la production d’énergie.

 

 

En février 1994, pour aider au processus de désarmement et éviter l’effondrement total de l’économie ukrainienne, le gouvernement des États-Unis promet de doubler le montant de son aide à l’Ukraine. Ce même mois, l’Ukraine accepte de se joindre au programme de partenariat pour la paix de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), plan conçu pour favoriser la coopération militaire entre les membres de l’OTAN et les pays n’en faisant pas partie.

 

En juillet de la même année, l’ancien Premier ministre Leonid Koutchma est élu président avec 52 p. 100 des suffrages. Lors des élections législatives, la majorité va aux conservateurs et les anciens communistes obtiennent une majorité globale. Koutchma a des difficultés pour former un gouvernement, mais peut faire accepter par le Parlement l’ensemble des réformes économiques, tandis que la Banque mondiale approuve un prêt d’urgence de 500 millions de dollars. Dès lors, le pays continue à souffrir des difficultés de reconversion de son économie : salaires impayés, chute de la production, forte inflation malgré la mise en place, en 1996, d’une nouvelle monnaie, la hrivna. Les réformes, notamment les privatisations, sont ralenties par l’opposition entre le président Koutchma et les députés communistes et socialistes, qui renforcent leur majorité au Parlement lors des élections législatives de mars 1998.

 

L’un des handicaps majeurs de l’économie ukrainienne, sa dépendance à l’égard de la Russie, conduit à la création, en 1996, d’une Commission de coopération économique. Dans le même temps, les relations entre les deux pays s’améliorent par la signature, en mai 1997, d’une série d’accords prévoyant le partage de la flotte militaire de la mer Noire et la location par la Russie d’une partie de la base de Sébastopol pour vingt ans. Un traité d’amitié et de coopération, qui permet d’apaiser la tension au sujet du statut de la Crimée, est également conclu.

 

Mais cet équilibre reste fragile. Aussi, l’Ukraine, désireuse de se rendre plus indépendante par rapport à la Russie, signe-t-elle avec les États-Unis un accord de coopération nucléaire en mars 1998, en échange de l’abandon de l’aide apportée à l’Iran dans la construction de centrales nucléaires. De même, elle cherche à renforcer son ancrage européen, en concluant un accord frontalier avec la Pologne et en intensifiant, en mai 1997, son partenariat avec l’OTAN.

 

L'image de l’Ukraine d’aujourd’hui est celle d’un pays fragile, en crise économique, politique et sociale, incapable de choisir entre capitalisme et communisme. L'adhésion à l’Union européenne, un temps envisagée, n'est plus d'actualité, et le pays cherche des appuis extérieurs aussi bien auprès des États-Unis que de la Russie. En décembre 2000, la centrale de Tchernobyl est fermée définitivement avec l’arrêt du dernier réacteur en activité, conformément aux engagements pris par l’Ukraine en 1995, en échange d’une promesse d’aide de plus de 2 milliards de dollars qui lui permettra de construire deux autres centrales.

 

Nommé Premier ministre en décembre 1999, à la suite de la réélection à la présidence de la République de Leonid Koutchma, Viktor Youchtchenko conduit un certain nombre de réformes économiques qui permettent à l’Ukraine d'enregistrer en 2000 la première croissance économique depuis son indépendance en 1991 et une hausse record de la production industrielle. Recevant le soutien de l’Union européenne, Youchtchenko doit cependant faire face à l’opposition croissante des communistes et des partis centristes proches du président Koutchma, hostiles aux réformes remettant en cause leurs privilèges. Au terme d’un bras de fer entre le président et le Premier ministre, Youchtchenko est renversé par le vote du Parlement le 27 avril 2001, plongeant le pays dans la plus grave crise politique depuis son indépendance.

 

Avertie à six reprises, depuis son adhésion en 1995, par le Conseil de l’Europe, l’Ukraine apparaît encore comme un pays où les droits de l’homme sont difficilement respectés, comme en témoigne la disparition, en septembre 2000, de Guéorgui Gongadzé, directeur d'un journal d'opposition en ligne sur Internet. Lors des élections législatives de mars 2002, la coalition formée autour de l’ancien Premier ministre Viktor Youchtchenko remporte 23,6 p. 100 des voix devant le Parti communiste qui en obtient 20 p. 100. Viktor Yanukovich devient Premier ministre.

La langue officielle est l’ukrainien, langue slave proche du russe et du biélorusse. Longtemps langue de formation des élites, le russe est également largement utilisé.

 

La religion orthodoxe est celle de la majorité des Ukrainiens, qui reconnaissent soit l’autorité du patriarcat de Moscou, soit celle du patriarcat autocéphale de Kiev. L’Église uniate compte au moins 5 millions de fidèles, tandis que les minorités hongroise et polonaise, géographiquement situées à l’ouest du pays, sont de confession catholique romaine. On comptait environ 600 000 juifs au début des années 1990 en Ukraine.

 

 

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