LA CISE ECONOMIQUE JAPONAISE
Le Japon dévoile lundi les chiffres de son produit intérieur brut (PIB) au quatrième trimestre 2008, les économistes s'attendant tous à une aggravation spectaculaire de la récession du fait de la dégringolade des exportations, des investissements et de la consommation.
Les économistes prédisent en moyenne un plongeon du PIB de 3,0% par rapport au troisième trimestre, et de 11,6% en rythme annuel, selon un sondage réalisé par le quotidien Nikkei auprès de 22 d'entre eux.
Certains s'attendent même à ce que la contraction de la deuxième économie mondiale dépasse largement le record de l'après-guerre atteint au premier trimestre 1974 (-13,1% en rythme annuel), en plein choc pétrolier.
"L'économie japonaise a entamé une phase de dégradation extraordinaire", estiment dans une note les économistes de Barclays Capital Kyohei Morita et Yuichiro Nagai, jugeant "époustouflante" la vitesse de la débâcle.
Toutes les statistiques du quatrième trimestre publiées jusqu'à présent augurent en effet une catastrophe. Les exportations se sont effondrées de 23,1% sur un an, la production industrielle de 11,9%, les commandes de machines de 16,7%. La confiance des consommateurs est à son plus bas historique.
Le Japon était entré officiellement en récession au troisième trimestre 2008, au cours duquel son PIB avait reculé de 0,5% par rapport au trimestre précédent. Au deuxième trimestre, l'économie s'était déjà contractée de 0,9%. Selon la Banque du Japon, le pays ne renouera avec la croissance qu'en 2010.
La saison des résultats trimestriels des entreprises, qui vient de s'achever, a donné la mesure de l'ampleur du désastre: presque tous les grands groupes japonais prévoient de finir l'exercice dans le rouge, beaucoup ont annoncé des milliers de licenciements. Le taux de chômage a connu en janvier sa plus forte poussée de l'histoire, passant en un mois de 3,9% à 4,4%.
Longtemps soutenue par la demande d'automobiles, d'appareils électroniques et d'autres biens japonais à haute valeur ajoutée aux Etats-Unis, la croissance nippone a connu un coup de frein brutal avec la chute de la consommation outre-Pacifique. Le marché intérieur japonais, qui végète depuis des années en raison de facteurs tels que le vieillissement de la population ou la stagnation des salaires, s'est avéré incapable de prendre le relais.
Ce cataclysme frappe un pays qui, tirant les leçons de sa propre crise financière dans les années 1990, avait pourtant passé d'austères années à se restructurer, au moment même où les ménages américains tiraient la croissance japonaise et mondiale en vivant à crédit et en dépensant sans compter.
Peter Tasker, économiste chez Dresdner Kleinwort, compare dans une étude le Japon à "une fourmi des temps modernes" et les Etats-Unis à une "cigale" qui auraient tous deux conclu "un pacte suicidaire".
"La fourmi a refusé de tirer les bénéfices de son dur labeur. A la place, elle s'est spécialisée dans la fabrication d'aliments pour cigales. Non seulement elle les livrait à son irresponsable amie, mais en plus elle lui prêtait l'argent pour les acheter", philosophe M. Tasker.
"Maintenant que l'hiver est arrivé et que la cigale a arrêté de chanter, la fourmi ne sait que faire de toute cette nourriture indigeste pour elle, et se demande si elle va un jour récupérer son argent", ajoute-t-il.
"Cela semble si injuste: ce sont ceux qui ont fait le plus la fête qui devraient subir la gueule de bois la plus carabinée. Au cours du dernier cycle, le Japon est resté dans sa chambre à téter de l'eau minérale, et pourtant le voilà qui souffre d'une effroyable migraine", se désole-t-il.
Le groupe automobile a annoncé ses premières pertes depuis l'arrivée à sa direction de l'emblématique Carlos Ghosn. Frappé comme ses concurrents par la crise et le yen fort, Nissan supprimera 20 000 postes. "Sans fermer une seule usine" a toutefois précisé M. Ghosn
Afficher l'image Carlos Ghosn a expliqué que Nissan subissait la même tempête que ses concurrents
Carlos Ghosn a expliqué que Nissan subissait la même tempête que ses concurrents
Le constructeur automobile japonais Nissan a annoncé lundi 20.000 suppressions de postes et un plan d'austérité pour
surmonter la crise mondiale, qui va entraîner en 2008-2009 les premières pertes pour le groupe depuis que Carlos Ghosn s'est assis dans le fauteuil de PDG. "Nous sommes frappés par trois difficultés en même temps: crise du crédit, récession économique et renforcement du yen", a déploré M. Ghosn au cours d'une conférence de presse, estimant que "les pires scénarios possibles se sont systématiquement réalisés" ces derniers mois.
Arrêt des embauches
Il a annoncé que le groupe allait supprimer 20.000 emplois au cours de l'exercice 2009-2010 qui démarre le 1er avril, via l'arrêt des embauches dans les pays où les coûts du travail sont les plus élevés, le non renouvellement des contrats temporaires et des plans de départs déjà annoncés dans plusieurs pays. Au 31 mars 2010, Nissan aura ainsi réduit ses effectifs mondiaux de 8,5%. Ces derniers mois, Nissan avait déjà annoncé des milliers de suppressions d'emplois en Espagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Japon.
En outre, Nissan va réviser ses investissements, et notamment suspendre sa participation à un projet d'usine commune avec le français Renault au Maroc. Un autre projet avec Renault, en Inde, sera maintenu mais recalibré.
Des horaires de travail réduits et des jours de fermeture seront instaurés dans les usines, et le personnel invité à partager son temps de travail. Au total, Nissan compte réduire cette année sa production de 20% par rapport aux objectifs initiaux, ce qui représente 787.000 véhicules en moins.
Pour l'exercice 2008-2009, Nissan a prévu de subir une perte nette de 265 milliards de yens (2,2 milliards d'euros) au lieu du bénéfice de 160 milliards auparavant escompté, et une perte d'exploitation de 180 milliards. Son chiffre d'affaires sera de 23,3% inférieur à celui de 2007-2008.
Première perte nette pour Ghosn
Ce sera la première fois que Nissan tombera dans le rouge depuis 1999, année où le groupe avait échappé à la faillite en étant repris en main par Renault. Il s'agira également de la première perte nette depuis que M. Ghosn, arrivé en tant
que directeur général en 1999, a pris la présidence de Nissan en 2000. "Le secteur automobile mondial traverse une tempête, et Nissan ne fait pas exception", a affirmé le patron français, qui dirige également Renault. "En 1999, Nissan était en crise. Nissan allait mal quand les autres constructeurs allaient bien. Aujourd'hui, tout le monde a un problème", a-t-il constaté.
Pour le seul troisième trimestre de 2008-2009, Nissan a subi une perte nette de 83,2 milliards de yens (693 millions d'euros) et une perte d'exploitation de 99,2 milliards (827 millions d'euros). Son chiffre d'affaires trimestriel a chuté de 34,4% sur un an à 1.816,5 milliards de yens (15,1 milliards d'euros).
Toujours au troisième trimestre, les ventes mondiales de véhicules ont dégringolé de 18,6% sur un an, à 731.000 unités.
Parmi les autres mesures d'austérité, Nissan, détenu à 44% par Renault, va renoncer à verser un dividende de fin d'année à ses actionnaires. Ces derniers devront se contenter, pour 2008-2009, des 11 yens par titre versés à la fin du premier semestre. En 2007-2008, ils avaient reçu au total 40 yens. Le groupe va également comprimer les rémunérations de ses dirigeants. En revanche, "nous n'avons aucun projet de fermer des usines", a affirmé M. Ghosn, prédisant que "cette crise ne va pas durer éternellement".
http://www.aujourdhuilejapon.com/actualites-japon-recession-spectaculaire-au-japon-6142.asp?1=1
La récession japonaise illustre bien, me semble-t-il, l’aburdité du libéralisme qui postule que l’ouverture des frontières ainsi que la spécialisation de la production favoriserait la croissance, donc a prospérité
La clef de celle-ci réside dans l’autosatisfaction des besoins basiques de la nation. Les libéraux ont un postulat de base qui est scientifiquement infondé : les pays qui produisent de tout n’ont- pas une production de bonne qualité et ne sont pas rentables.
La qualité n’a rien à voir avec le nombre d’ouvriers nécessaires à la production du produit. Si une nation une main d’œuvre très qualifié, motivée et juste ce qu’il faut en nombre, elle peut produire ce qu’il faut à un prix compétitif pour combler les besoins nationaux et exporte le surplus. Mais l’exportation doit cesser d’être une priorité des nations
La crise de l’industrie automobile japonaise est une aubaine pour celle de la France si elle mène vraiment une politique de relocalisation et de reconquête du marché intérieur