HISTOIRE DE LA JORDANIE
L’histoire de la Jordanie fut toujours étroitement liée à celle de la Palestine. Le territoire de l’actuelle Jordanie, construction artificielle, fut le berceau des plus anciennes entités politiques connues à ce jour. Les Ammonites, présents dans le pays dès le XVIIe siècle av. J.-C., fondèrent Rabbath Ammon (Amman). La Bible fait également état des royaumes d’Édom, de Galaad et de Moab, situés à l’est du Jourdain. Le roi David fut, au XIe siècle av. J.-C., le bâtisseur d’un empire réunissant les royaumes de Juda et d’Israël. La région connut ensuite la domination des Assyriens (IXe siècle av. J.-C.), puis des Babyloniens conduits par Nabuchodonosor II (Ve siècle av. J.-C.). C’est à la même époque que les Nabatéens, peuple arabe anciennement nomade, fondèrent à Édom un royaume qui avait Pétra pour capitale.
Les Babyloniens, vaincus par l’Empire Perse achéménide, furent définitivement écartés en 539 av. J.-C. par les troupes de Cyrus le Grand. Ce dernier pacifia la région et autorisa le retour de populations déportées par les Babyloniens, permettant un nouvel essor économique. Les armées d’Alexandre le Grand déferlèrent deux siècles plus tard, et l’actuelle Jordanie fut intégrée dans l’Empire séleucide jusqu’à l’arrivée des Romains au Ier siècle de notre ère. Lors du partage de l’Empire romain, le territoire rejoignit l’Empire byzantin.
En 634, la bataille de Yarmouk scella le destin du pays. Conquise par les Arabes, la Jordanie fut gouvernée par les califes omeyades, basés à Damas, puis par les abbassides, qui installèrent leur capitale à Bagdad. Délaissées, la Jordanie et la Syrie connurent alors une période de déclin et furent partiellement occupées, aux Xe et XIe siècles, par les Tulunides et les Fatimides, souverains musulmans d’Égypte, puis menacées par les Turcs seldjoukides, qui s’établirent au nord de la Syrie jusqu’au milieu du XIe siècle.
Le désordre qui régnait dans la région, divisée entre des dynasties arabes et turques rivales, favorisa l’établissement des croisés qui, après la prise d’Antioche (1098) et de Jérusalem (1099), intégrèrent le territoire jordanien au royaume latin de Jérusalem. En 1187, Saladin, fondateur du sultanat ayyubide, prit la tête de la lutte contre les Francs qui furent définitivement chassés en 1291 par les mamelouks, dynastie d’esclaves au pouvoir en Égypte. Les troupes de Sélim Ier envahirent la région en 1517, qui devint une province de l’Empire ottoman jusqu’en 1918.
Durant la Première Guerre mondiale, les Britanniques, au premier rang desquels le colonel Thomas Edward Lawrence, Lawrence d’Arabie, soutinrent la révolte arabe contre la domination ottomane. Elle éclata en 1916, conduite par le chérif hachémite de La Mecque, Hussein ibn Ali. Les Britanniques avaient gagné l’appui des Arabes en leur promettant, en contrepartie de leur soutien, l’indépendance en cas de victoire sur l’Empire ottoman. Cet accord, prévoyant la création d’un grand État arabe, fut formalisé en janvier 1916 par un échange de lettres entre le gouvernement britannique et Hussein. Dans le même temps, la Grande-Bretagne concluait avec la France et la Russie les accords secrets Sykes-Picot (mai 1916), par lesquels les trois pays se partageaient les terres arabes sous domination ottomane. L’année suivante, le Royaume-Uni affirma, par la déclaration Balfour, son intention de favoriser la création d’un foyer national juif en Palestine (2 novembre 1917).
Par le traité de Sèvres (1920), l’Empire ottoman fut démantelé et la Turquie perdit ses territoires arabes du Proche-Orient. La Société des Nations (SDN) plaça alors la Palestine (Jordanie et Israël actuels), la Syrie du Sud (Transjordanie) et l’Irak sous mandat britannique, tandis que la France obtenait le contrôle du Liban et de la Syrie. Le territoire jordanien était donc composé de deux entités : la Palestine, comprenant les terres à l’ouest du Jourdain, et la Transjordanie, regroupant les terres situées sur la rive orientale du fleuve.
Tout en demeurant sous la tutelle britannique, la Transjordanie fut confiée, en 1921, à l’émir Abd Allah, fils de Hussein ; son autre fils, Fayçal Ier étant installé sur le trône d’Irak. Les Hachémites allaient désormais présider aux destinées du pays. Des officiers britanniques formèrent la nouvelle armée transjordanienne, la Légion arabe, en 1923. Progressivement le pouvoir de l’émir fut renforcé et, en avril 1928, une loi organique fut proclamée, octroyant à la Transjordanie, sa propre Constitution.
Durant la Seconde Guerre mondiale, la Transjordanie se rangea du côté allié ; son territoire servit de base aux opérations britanniques dirigées contre les partisans de l’Axe qui avaient pris le pouvoir en Irak.
En juin 1945, la région obtint son émancipation et le gouvernement britannique mit définitivement fin à son mandat sur la Transjordanie en mars 1946, sous réserve de pouvoir conserver des bases militaires dans le pays. L’indépendance fut proclamée et Abd Allah fut couronné roi en mai 1946.
Membre de la Ligue arabe depuis sa création (mars 1945), la Transjordanie participa à l’attaque lancée par les États arabes, en mai 1948, contre le nouvel État d’Israël, occupant la partie orientale de Jérusalem et la Cisjordanie, avant de signer un armistice avec l’État hébreu le 3 avril 1949.
Le 24 avril 1950, le roi Abd Allah réunit la Transjordanie et la Palestine arabe sous le nom de Royaume hachémite de Jordanie.
Mais le souverain fut assassiné le 20 juillet 1951 par un Palestinien qui lui reprochait ses positions trop conciliantes à l’égard d’Israël. Le 11 août 1952, son petit-fils, Hussein, fut proclamé roi et entreprit la modernisation du pays. Il dut faire face à la multiplication des incidents entre Israéliens et Jordaniens et chercha à atteindre un équilibre sur la scène internationale par le jeu des alliances. En 1956, afin de répondre à l’agitation anti-occidentale, il abrogea le traité anglo-jordanien, renvoya Glubb Pacha, le chef britannique de son armée, et, pendant la crise de Suez, signa un accord militaire avec l’Égypte dirigée par Gamal Abdel Nasser.
Cependant, le 14 février 1958, en réponse à la création de la République arabe unie, associant l’Égypte et la Syrie, les souverains hachémites jordanien et irakien annoncèrent la constitution d’une Fédération arabe. Celle-ci fut dissoute dès juillet, après la révolution baasiste irakienne, provoquée par des partisans de la République arabe unie (voir Baas, parti). Les relations demeurèrent tendues entre la Jordanie et l’Égypte : en 1960, le roi attribua à Nasser la responsabilité de l’assassinat de son Premier ministre Hazza Majuli.
La Jordanie connut une période de stabilité sur le plan interne au début des années 1960. Au nom de l’unité arabe contre Israël, les relations diplomatiques avec l’Égypte furent rétablies en 1964 et un traité de défense fut signé avec Nasser le 30 mai 1967. En revanche, les relations avec le nouveau régime baasiste de Damas se détériorèrent : des combattants de l’OLP s’infiltrèrent en Jordanie, à partir de la Syrie, pour lancer des attaques contre Israël, entraînant en retour des représailles israéliennes sur le royaume hachémite. En juillet 1966, celui-ci retira son soutien à l’OLP.
Du fait de son alliance avec Nasser, la Jordanie se trouva engagée dans la guerre des Six-Jours qui éclata le 5 juin 1967. Ce conflit se solda par une lourde défaite : 10 000 victimes militaires, l’anéantissement des forces aériennes jordaniennes, mais surtout, l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de la partie est de Jérusalem, qui chassa vers la Jordanie 250 000 nouveaux réfugiés palestiniens.
Au lendemain de la guerre, la Jordanie tenta de renforcer ses liens avec l’Occident ; elle ne prit toutefois aucune initiative unilatérale pour aboutir à un accord de paix avec Israël, tandis qu’à l’intérieur la question palestinienne prenait un tour tragique. En 1970, des combattants palestiniens se heurtèrent à l’armée régulière. En septembre, lors d’une action qui fit de nombreuses victimes, l’armée jordanienne expulsa les groupes palestiniens armés, qui trouvèrent refuge au Liban. Au même moment, elle repoussa l’armée syrienne qui tentait d’intervenir en faveur des Palestiniens. Cet épisode de l’histoire du royaume, connu sous le nom de « septembre noir », devait marquer durablement les relations entre la Jordanie et les pays arabes voisins et fut à l’origine de la création du mouvement de guérilla palestinien Septembre noir. Malgré des tentatives de négociations au Caire (septembre 1970) et à Amman (octobre 1970) entre le roi Hussein et Yasser Arafat, chef de l’OLP, le royaume demeura isolé et se rapprocha des pays occidentaux.
En 1973, la Jordanie, dont la stabilité était jugée essentielle dans l’équilibre au Proche-Orient, reçut des États-Unis l’assurance d’une aide militaire et économique. Au même moment, le roi Hussein chercha à régler le problème palestinien, en libérant des prisonniers politiques palestiniens et en proposant la création d’un État arabe confédéré réunissant la Jordanie et les territoires occupés par Israël. En 1974, lors du sommet de la Ligue arabe à Rabat, il reconnut, l’OLP comme seul représentant du peuple palestinien et admit sa souveraineté sur la Cisjordanie.
Dans la courte et indécise guerre israélo-arabe déclenchée le 6 octobre 1973 (guerre du Kippour), la Jordanie adopta une position neutre. Elle se rapprocha cependant de la Syrie et, après un premier sommet de réconciliation en 1973, signa un accord de coopération en 1976. En 1978, le roi refusa les accords de paix de Camp David et dénonça, en 1979, la paix séparée signée par l’Égypte avec Israël.
Cependant, les relations de plus en plus étroites entre la Syrie et l’Union soviétique amenèrent Hussein à s’éloigner de son allié syrien. Ainsi, la Jordanie soutint l’Irak, frère ennemi de la Syrie, durant la guerre Iran-Irak.
Au cours des années 1980, les relations entre la Jordanie et la Palestine évoluèrent d’abord vers un rapprochement, avant une nouvelle rupture. Ainsi, après la proposition d’une confédération jordano-palestinienne énoncée par le roi Hussein, en 1982, la réintégration, en 1984, des députés palestiniens au sein de l’Assemblée nationale et l’idée d’instituer une délégation commune en 1985, les négociations échouèrent en 1986.
Le souverain jordanien maintint son soutien à l’Irak, après l’invasion du Koweït par les troupes irakiennes en août 1990. Il entendait ainsi prévenir une insurrection des Palestiniens de Jordanie, favorables à Saddam Hussein. Cependant ce choix politique eut de graves répercussions sur le plan économique puisque le pays dut faire face à un blocus. Sur le plan international, la Jordanie tenta de maintenir un certain équilibre entre les États-Unis et l’URSS. Pourtant, en tentant de se poser en médiateur, le souverain hachémite ne parvint qu’à isoler son pays et à accroître les difficultés économiques, sans véritablement regagner la confiance de l’OLP et des Palestiniens.
Depuis 1986, la Jordanie subissait les conséquences d’une crise économique. Trois ans plus tard, des mouvements de protestations se développèrent et aboutirent à de véritables émeutes contre le régime. Le roi Hussein décida alors d’entamer un processus de démocratisation et lança le remaniement de son gouvernement. En juin 1991, la Charte nationale consacrant le pluralisme politique fut proclamée.
Après le déclenchement de l’Intifada, le roi Hussein, en juillet 1988, manifesta clairement qu’il abandonnait toute prétention jordanienne sur les territoires situés à l’ouest du Jourdain. Il rompit tous liens légaux et administratifs avec la Cisjordanie, reconnaissant ainsi que ce territoire revenait de droit aux Palestiniens. Une délégation palestino-jordanienne participa aux négociations de paix qui débutèrent en octobre 1991, à la conférence de Madrid, mais le souverain jordanien fut maintenu à l’écart des pourparlers qui aboutirent à la signature, en septembre 1993, d’un accord entre Israël et l’OLP sur l’autonomie palestinienne (Gaza et Jéricho).
En juillet, puis en octobre 1994, le roi signa à son tour un traité de paix avec Israël, après quarante-six années de guerre entre les deux pays. Ce traité a reconnu à la Jordanie un rôle « historique » dans l’administration des Lieux saints de Jérusalem. Cependant, Hussein a conclu, en février 1995, avec Yasser Arafat, dirigeant de la nouvelle Autorité palestinienne à Gaza et Jéricho, un accord de coopération et de coordination concédant une légitimité aux ambitions palestiniennes à la souveraineté sur Jérusalem-Est.
Au sein du royaume hachémite, le roi Hussein dut faire face à la montée d’une opposition grandissante, en raison notamment de la mise en œuvre, à partir de 1996, d’une politique d’ajustement de l’économie et de rigueur budgétaire. Malgré de bons résultats macroéconomiques (forte croissance, progression du PIB et maîtrise de l’inflation), le gouvernement, en août 1996, fut confronté dans le sud du pays à de très violentes émeutes provoquées par la suppression de l’aide de l’État pour les produits de première nécessité. Par ailleurs, la Jordanie était pénalisée par l’embargo pétrolier pesant sur l’Irak. Surtout, le processus de paix avec Israël (qui trouva une nouvelle orientation avec l’arrivée au pouvoir de Benyamin Netanyahou) n’alla pas sans rencontrer une forte hostilité de la part de la population jordanienne. L’attentat manqué des services secrets israéliens, à Amman, contre le chef politique du Mouvement palestinien de la résistance islamique (Hamas) en septembre 1997 contribua à aggraver cette situation dont profitèrent les islamistes, même si le roi Hussein obtint, en échange de la libération des agents secrets israéliens, celle du guide spirituel du Hamas, le cheikh Ahmad Yassine. Les élections législatives de novembre 1997 furent marquées par le boycott des mouvements islamistes protestant ainsi contre la politique extérieure du souverain, et manifestèrent l’exaspération grandissante d’une partie de la population exclue de la croissance et touchée par un fort taux de chômage. Frappé d’un cancer et soigné aux États-Unis, le roi Hussein intervint lors du sommet de Wye Plantation pour convaincre Palestiniens et Israéliens de conclure un accord. Le 5 janvier 1999, il fit du prince Abdallah, son fils aîné, l'héritier du trône après avoir écarté de la succession son frère, le prince Hassan. Le 7 février 1999, il décéda laissant au nouveau roi, d'importants défis à relever tant à l’intérieur que dans les relations avec les voisins.
En 2002, la population jordanienne était estimée à 5,31 millions d'habitants, soit une densité moyenne de 59 habitants au km2.
Pour la période 1995-2000, on estime le taux d’accroissement naturel de la population à 32,7 p. 1 000, avec un indice de fécondité de 3,15 enfants par femme. Les moins de 15 ans constituent 43 p. 100 de la population totale, les personnes âgées de 65 ans et plus, 3,4 p. 100 ; l’espérance de vie atteint 77,7 ans.
La population de la Jordanie est presque entièrement arabe. Elle est constituée pour près de 40 p. 100 par des réfugiés palestiniens, dont les rangs furent grossis par les 400 000 « réfugiés du Golfe », expulsés par le Koweït en 1991, après que le roi Hussein eut refusé de condamner l’invasion de ce pays par l'Irak. Les Bédouins, traditionnellement nomades, ont été contraints à une semi-sédentarisation, pratiquant désormais l’élevage et l’agriculture ; ils représentent à peine 5 p. 100 de la population. Les Circassiens, arrivés au XIXe siècle à la suite de la conquête du Caucase par les Russes, forment la principale minorité ethnique (environ 20 000 personnes).
La Jordanie comprend 12 gouvernorats (mouhafaza). Les trois anciens gouvernorats qui formaient la Cisjordanie, sont occupés par Israël depuis la guerre des Six-Jours, et en 1988, durant l’Intifada, le roi Hussein a rompu les liens administratifs et légaux avec la Cisjordanie, au profit de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
La population nomade est administrée séparément, recevant des subventions en échange de son soutien à la monarchie.
La population jordanienne est urbanisée à 74 p. 100. Amman, la capitale, dont la population s’élevait à 321 000 habitants en 1966, a dû faire face à plusieurs vagues de réfugiés et compte aujourd’hui plus de 1,19 million d’habitants. Aqaba (10 000 habitants) est l’unique port du pays.
Selon les termes de la Constitution de 1952, la Jordanie est une monarchie parlementaire, dirigée par le roi Abdallah depuis le 7 février 1999. Chef de l’exécutif, il est assisté d’un Premier ministre et d’un cabinet, responsable devant le Parlement.
Sans représentants palestiniens depuis 1988, la Chambre des députés jordanienne ne comprend plus que 80 membres, élus pour quatre ans au suffrage universel. Le Sénat est formé de 40 membres choisis par le roi et dont la nomination est approuvée par la Chambre des députés.
Les partis politiques, interdits dans les années 1960, n’en n’ont pas moins joué un rôle important lors des élections législatives, notamment en 1989, même si les candidats ne pouvaient officiellement se réclamer d’aucune formation. L’interdiction a été levée par le roi en juin 1991, rendant possible en 1993, les premières élections pluralistes depuis 1956. Le scrutin a mis en évidence la montée des partis islamiques fondamentalistes, principaux opposants au processus de paix engagé entre Palestiniens, pays arabes et Israël ; mais il a également permis l’élection de la première femme au Parlement. Parmi les mouvements politiques jordaniens, les Frères musulmans jouent un rôle croissant.
En 1997, les forces armées jordaniennes comptaient un peu plus de 100 000 hommes, dont 90 000 dans l’armée de terre, 13 000 dans l’armée de l’air, 600 dans la marine. S’y ajoutent une réserve de 35 000 hommes et une milice civile de 200 000 hommes et femmes. La même année, l’État a consacré 5,6 p. 100 du produit intérieur brut (PIB) aux dépenses de la défense nationale.
L’arabe est la langue officielle du pays, mais 60 p. 100 de la population parle également l’anglais.
L’islam est religion d’État. Environ 90 p. 100 des Jordaniens sont des musulmans sunnites ; mais le pays compte aussi une minorité de druzes ; les chrétiens, dont un tiers sont des Grecs orthodoxes, représentent 8 p. 100 de la population.
La Jordanie a beaucoup progressé sur le plan de l’éducation ces dernières années, en dépit des difficultés économiques et de la part importante du budget national affectée à la défense. En 2001, 99,6 p. 100 de la population était alphabétisée, 19,4 p. 100 des jeunes en âge d’étudier étaient scolarisés dans le 3e degré et 4,6 p. 100 du PIB étaient affectés aux dépenses d’éducation.
La Jordanie possède trois universités : l’université de Jordanie (1962) et l’université Mutah (1981), toutes deux à Amman, ainsi que l’université de Yarmouk (1976) située à Irbid. Le pays compte également plusieurs établissements d’enseignement supérieur spécialisés (statistiques, agriculture, métiers de la banque, affaires sociales et administration publique).
La capitale jordanienne est le centre culturel du pays. Les principales bibliothèques sont celles de la ville d’Amman, de l’université de Jordanie et du British Council. Le Musée archéologique de Jordanie, la galerie de Mosaïques et le Musée folklorique possèdent de riches collections d’œuvres d’art.
Le pays abrite aussi de nombreux sites culturels, objets de fouilles archéologiques, tels que Pétra. Les manuscrits de la mer Morte ont été découverts après la Seconde Guerre mondiale dans des grottes situées en territoire jordanien. Voir Archéologie biblique.
Voir aussi arabe, littérature ; arabe, musique ; islam, art de l’.
En 1996, le produit intérieur brut (PIB) jordanien atteignait 15,4 milliards de dollars, chiffre qui plaçait le pays au 87e rang mondial ; l’inflation (en hausse) atteignait 6,3 p. 100 et le chômage touchait 15 p. 100 de la population active. Depuis l’adhésion du pays au Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement a lancé un plan de restructuration de l’économie.
Enclavée, dépendante de l’extérieur sur le plan agricole depuis la perte de la Cisjordanie qui représentait la moitié de ses terres arables, peu développée industriellement, la Jordanie ne se suffit pas à elle-même économiquement. Elle dépend fortement de l’aide internationale : la dette extérieure est égale à 1,25 fois le PIB. Les instances internationales ont donc largement influencé la volonté de redressement de l'économie nationale affichée par le gouvernement et qui commence à porter ses fruits (maîtrise de l'inflation et réduction du déficit du commerce extérieur).
L’aide financière apportée par l’Arabie Saoudite et par le Koweït et les transferts de devises par les travailleurs jordaniens employés dans les États de la péninsule Arabique, deux sources importantes de revenus pour la Jordanie, ont été en grande partie taries après la guerre du Golfe. Le trafic routier entre Aqaba et Bagdad a également souffert de l’embargo décrété par les Nations unies sur toutes les marchandises en provenance et à destination de l’Irak, même s’il se poursuit « clandestinement ». Un accord d'association conclu en 1997 avec l'Union européenne, la progression des échanges avec Israël et la reconduction de l'accord pétrolier avec l'Irak constituent autant d’éléments qui devraient permettre une relance de l'économie jordanienne.
Le processus de paix au Proche-Orient et la normalisation de la situation en Irak présentent aujourd’hui un grand intérêt économique pour la Jordanie.
Cependant, l’année 1996 a été marquée par de graves troubles sociaux liés à une paupérisation de la population, ainsi environ 20 p. 100 des Jordaniens vivaient en dessous du seuil de pauvreté, et les inégalités de revenus se sont accrues.
En 1994, le secteur primaire employait 7 p. 100 de la population active et contribuait à la formation de 8 p. 100 du PIB. Seuls 4 p. 100 du territoire sont cultivés. L’agriculture reste dépendante de l’abondance des pluies et de l’irrigation : la construction du canal du Ghor, entre le lac de Tibériade et la mer Morte, a permis la mise en valeur de toute la vallée ; ainsi, en dix ans le pourcentage des terres irriguées a été multiplié par deux et atteint aujourd’hui 16 p. 100.
Les principales cultures sont l’orge (15 p. 100 des terres arables) et le blé (12 p. 100). Les fruits et légumes, essentiellement des olives, des amandes, des figues, des abricots, des tomates et des concombres, sont les seules exportations agricoles.
La balance agricole du pays demeure déficitaire.
En 1994, le secteur secondaire employait 18 p. 100 de la population active et contribuait à la formation de 26 p. 100 du PIB.
L’exploitation des ressources minières est importante : la Jordanie a produit 5 millions de tonnes de phosphate (7e rang mondial), 950 000 tonnes de potasse (5e rang) ; les productions de pétrole (130 000 barils) et de gaz naturel (283 millions de m3) sont secondaires.
L’industrie, peu développée, consiste essentiellement en la production d’engrais (usine d’État d’Aqaba), de produits agroalimentaires, de ciment (1,7 million de tonnes), de cuir et de cigarettes.
En 1994, le secteur tertiaire employait 76 p. 100 de la population active et contribuait à la formation de 66 p. 100 du PIB.
Depuis 1950, la monnaie nationale est le dinar jordanien, divisé en 1 000 fils.
Malgré une baisse récente en raison des tensions géopolitiques, le tourisme constitue une source de devises de plus en plus importante : environ 2 millions de touristes, attirés par les sites historiques et archéologiques, nombreux et variés (Pétra, Djérach, Kerak), ont apporté à l’économie jordanienne 720 millions de dollars en 1994.
Le pays possède une bonne infrastructure en matière de transports : un réseau routier moderne de 7 245 km, dont 40 p. 100 sont constitués de routes nationales et d’autoroutes ; une ligne de chemin de fer qui relie la frontière syrienne à Amman, puis se divise en deux branches, l’une vers l’Arabie Saoudite et l’autre vers le port d’Aqaba, totalisant 620 km de voies ; un aéroport international situé à Amman.
Avec 4,37 milliards de dollars d’importations et 1,90 milliard de dollars d’exportations, la balance commerciale de la Jordanie était largement déficitaire en 2000. Le pays importe principalement des denrées alimentaires, du pétrole brut, des équipements industriels et des biens de consommation ; il exporte des phosphates, de la potasse, des engrais, des produits pharmaceutiques.
Ses principaux partenaires commerciaux sont les pays de l’Union européenne (43 p. 100 des importations, 11,3 p. 100 des exportations), hors Allemagne (10 p. 100 des importations), et les pays en voie de développement de l’Asie et du Proche-Orient (40 p. 100 des importations, 79,6 p. 100 des exportations).
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