ACTE X
Michel :
Satan, tu as la parole.
Satan :
Merci Monsieur le Président.
Mesdames et Messieurs les jurés, mon objectif est de faire reconnaître la responsabilité intégrale de Dieu dans vos malheurs.
Mon réquisitoire suivra deux axes : le premier est la nocivité du pseudo cadeau de la liberté ainsi que l'impossibilité de l'assumer en pleine connaissance de cause. La seconde sera de démontrer que l'amour de Dieu pour les hommes est un faux amour. J’appuierai particulièrement sur ce point parce que les trois livres qu’il a fait écrire en parlent abondamment, mais que l'humanité en manque cruellement ; or n’a-t-il pas fait écrire dans son premier livre : je mettrai des cœurs de chair à la place de vos coeurs de pierre ?
La racine de tout le mal que l'humanité connaît depuis l'origine réside dans le libre-arbitre que Dieu a implanté et imposé en chaque être. Non content de le lui imposer, il l'aveugle en ce sens qu’il ne permet à l'homme de prévoir toutes les implications de ses actes.
Mesdames et Messieurs les jurés que voulez-vous vraiment : voulez-vous être libres ou être heureux ? Telle est la question fondamentale, vous ne pouvez être les deux en même temps, et je suis sûr que la majorité d’entre vous préfère le bonheur à la liberté !
Qu’apporte la liberté ? Le meurtre, le vol, le viol, l'infidélité amicale et amoureuse ! En un mot la liberté apporte le chagrin ; ne préféreriez-vous pas être muni d’un système en vous-même vous empêchant de faire les mauvais choix ? Je suis sûr que si !
Dieu vous dira que le bonheur sans la liberté est indigne de vous ; mais je vous le demande : y a-t-il une dignité dans le fait de se demander si on va mal se conduire ? Y en a-t-il lorsque tout compte fait on décide que le simple calcul égoïste n’est pas rentable ? En vérité il n’y en a aucune !
Dieu vous fait croire qu’il s’intéresse à vous, dans tous ses livres saints il vous dit ; « si vous voulez me dire, ou me demander quelque chose priez et je vous répondrai ». Eh bien c’est une fumisterie, pour ne pas employer le terme de mensonge ! J’ai quelquefois au cours de ce procès fait référence à un certain Théophile, cet homme n’est pas une fiction, il existe bel et bien. Il a prié de toute son âme pour deux choses qui lui paraissaient très importantes : la rencontre de l'âme sœur et la guérison de la petite Laury Nagros. Dieu, ce Dieu que l'on dit compatissant, aimant, miséricordieux, et cetera, n’a rien fait ; depuis lors il n’a plus jamais prié avec ferveur, il ne croit plus en la vertu de la prière, et pense que ce n’est qu’un placebo psychologique. Ce cas illustre toute une catégorie de personnes dont le penchant naturel est d’être religieux mais dont le silence de Dieu, pour des motifs idéologiques liés à la liberté, les a profondément meurtris ; ce qui fait qu’ils ne voient Dieu que comme un autocrate capricieux, ou comme une proposition philosophique.
Il peut certes apparaître contradictoire de reprocher à Dieu d’avoir donné la liberté et de le traiter d’autocrate capricieux ; mais son autocratie n’est que négative, il ne fait qu’imposer les trahisons de toutes sortes, vous l'avez bien vu avec Agar et Abraham comme dans le dossier Théophile. De combien de divorces, de trahisons amoureuses Dieu n’est-il pas responsable et coupable ? N’a-t-il pas reconnu lors du procès inspirer les hommes ? En réalité, par son inaction pour des motifs d’ordre idéologique liés au respect du libre-arbitre, il est responsable de tous ces drames amoureux qui laissent des cicatrices à l'âme presque indélébiles.
Or les trois livres saints nous disent qu’il est un Dieu d’amour. Mesdames et Messieurs, je vous le demande, où voyez-vous dans la vie du monde l'amour de Dieu ? Quand a-t-il déjoué les prévisions de catastrophes telluriques ? Quand a-t-il fait qu’une coulée de lave rentre dans le volcan au lieu de détruire des villages ?
Dans le second livre, Jean écrit : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils ; sous-entendu en sacrifice pour les péchés de l'homme. Cette phrase est profondément révoltante, mortifère et culpabilisatrice. Du reste nous avons entendu Jésus la répudier implicitement.
L'amour de Dieu culpabilisateur et assassin ? Certes s’il faut en croire la seconde branche de la famille abrahamique puisque l'homme est si criminel qu’il ne peut être excusé que par la mort d’un être pur de toute faute, et non par des moyens civilisés. Est-ce là de l'amour ? Si cette doctrine cruelle autant qu’inhumaine avait été vraie, l'amour aurait été du côté de Jésus mais certainement pas du côté de Dieu !
Et comment a-t-il rectifié cette doctrine impie ? Il a suscité la troisième branche de la famille abrahamique, l’islam. Au lieu de prendre le meilleur des deux premières branches, plus la non violence bouddhique, il a fait que l'islam se propage par le fer et le feu. Franchement Mesdames et Messieurs, je vous le demande, est-ce là les façons d’agir d’un être d’amour ?
En conclusion de ce réquisitoire je voudrais souligner un fait et poser une question. Le fait est que dans le couple Dieu humanité, Dieu est tout-puissant : il est donc nécessairement coupable sans aucune circonstance atténuante. Quant à ma question, la voici : Dieu, es-tu au-dessus de la morale que tu as énoncée dans tes livres ou t’y soumets-tu ?
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés, je vous remercie !