IMPLICATION DES COMCEPTS PHILOSOPHIQUES EN POLITIQUE 4

Publié le par michel baran

Chapitre VI

 

L’homme démocratique

 

    Ce qui définit l’homme démocratique, c’est l’individualisme, qu’il ne faut pas confondre avec l’égoïsme.

 

    « L’égoïsme est un amour passionnel et exagéré de soi-même », tandis que l’individualisme est « un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même ».Une telle approche tend évidemment à distendre infiniment le lien social. Parallèlement, la société démocratique accorde à tout individu le droit d’avoir une opinion personnelle.  Et chacun affiche effectivement des opinions auxquelles il tient, parce que c’est son opinion, mais qu’il abandonnera  ou révisera aisément. L’important est d’avoir une opinion, quelle que soit cette opinion…

 

   D’un autre côté, l’homme démocratique est porté au doute puisqu’il ne peut s’incliner devant aucune autorité intellectuelle ou morale.  Que lui reste-t-il à vouloir dans ces conditions ? La seule passion démocratique qui fait l’unanimité est la passion du bien-être matériel. Le désir d’acquérir et la peur de perdre cumulent leurs effets pour obséder l’âme démocratique et la délivrer de tout autre préoccupations. De sorte que « l’on voit les Américains changer constamment de route de peur de manquer le plus court chemin qui doit les conduire au bonheur ». (II, p 143)

 

Ce n’est pas tout à  fait un texte philosophique comme les autres dans la mesure oû Tocqueville fait œuvre d’observateur et de théoricien de la réalité démocratique américaine, et de la démocratie tout court

Tocqueville fait une distinction intéressante et assez subtile qui peut étonner nos contemporains tant les termes nous semblent synonymes : « L’égoïsme est un amour passionnel et exagéré de soi-même », tandis que l’individualisme est « un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même ».

A première vue l’individualisme est un out autre concept que l’égoïsme et a moins de conséquences néfastes 

Qu’en est-il réellement ? Je ne pense pas que ce soit deux concepts différents mais que le second est une dégradation, ou une amélioration, comme on voudra, de l’égoïsme. La preuve est le résultat, mais n’allons pas trop vite !

L’individualisme est « une socialisation de l’ego ». L’ego c’est Moi, « Je pense donc je suis… et même si un mauvais génie me trompait il ne saurait faire que je ne suis pas. »  Lr fondement de toute humanité est la subjectivité du Moi. L’animal a un Moi mais n’en est pas conscient, sa conscience  est un ensemble de réflexes pouvant se modifier sous l’action du maître

L’égoïste » peut vivre la plus part du temps en ermite n’ayant de compte à rendre qu’à lui-même.

L’individualisme est une socialisation du Moi très étroite puisque son élargissement doit obéir à une certaine dose de mimétisme et une moins grande dose d’altérité, c’est la famille et es amis.

L’effet  de l’égoïsme comme de l’individualisme est le retrait de la vie nationale, la désolidarisation du concitoyen lambda et paradoxalement est le socle du communautarisme conçu comme l’extension maximale de la famille. Peut-être est pour cela que le taux de participation aux présidentielle ne dépasse pas les 5%

Tocqueville poursuit en constatant et prophétisant les principaux maux de la société démocratique : relativisme morale et politique, matérialisme et égocentrisme : « D’un autre côté, l’homme démocratique est porté au doute puisqu’il ne peut s’incliner devant aucune autorité intellectuelle ou morale.  Que lui reste-t-il à vouloir dans ces conditions ? La seule passion démocratique qui fait l’unanimité est la passion du bien-être matériel. Le désir d’acquérir et la peur de perdre cumulent leurs effets pour obséder l’âme démocratique et la délivrer de tout autre préoccupations. »

Le pire des maux est le doute concerne la frontière entre le bien et le mal, la frontière fluctuante entre ces deux notions que tout devrait irrémédiablement séparer. Cette frontière est à l’intérieur de l’homme et de la société. On l’a fait bouger au gré des émotions soulevées par des « faits divers ». Des exemples ? Avortement, euthanasie, divorce banalisé concubinage, mono ou homoparentalité, toutes ces nouvelles notions troublent la frontière entre le bien et le mal. Résultat : l’humain démocratique fait le bien comme le mal sans en avoir vraiment conscience parce qu’il ne croit plus à la transcendance, à la sacralité de ces principes, mais à leur contractualisation ; et çà, c’est le drame de l’humanité démocratique parce qu’à force de négocier avec le mal, à force de lui céder du terrain, on tombera inévitablement et insensiblement sous sa coupe. Hier c’était le chef de gare qui dirigeait les convois vers les camps dextermination, demain ce sera le taxi convoyant les vieux et les handicapés vers les cliniques d’euthanasie.

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Publié dans REFLEXION

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