LE PIEGE DES MOLAHS

Publié le par michel baran

Iran-Contestations : Rafsandjani veut piéger l’opposition

14.06.2009

Avant-hier, très rapidement, les médias du régime ont annoncé une victoire de Moussavi. Une heure plus tard, ces mêmes médias ont changé de position pour donner Ahmadinejad vainqueur. Par la suite, toujours ces mêmes médias dont Fars News contrôlée par les Pasdaran ont rapporté que « Moussavi s’était réuni avec Karroubi et Khatami chez Rafsandjani pour préparer une révolte urbaine afin de contester les résultats » ! Mais personne n’a arrêté les intéressés, comme une autre preuve de démocratie en Iran !

 

Le lendemain (samedi 13 juin), le régime lui-même a fait état de violences urbaines d’un petit groupe organisé qui n’accepte pas le verdict du peuple et le système d’Internet très filtré du régime a comme par miracle laissé passer des vidéos de ces heurts !

 

Aussitôt, des organismes réputés hostiles à Ahmadinejad comme le Bureau de Consolidation de l’Unité, le syndicat estudiantin officiel, est intervenu pour condamner cette conduite, tout en félicitant le vainqueur et saluant l’honnêteté du scrutin ! D’autres organismes du même type ont également dénoncé toute critique du scrutin. On peut citer entre autres, le Groupement des associations islamiques estudiantines indépendantes, l’association islamique des travailleurs, ou encore des partis fondateurs du régime comme le Motalefeh.

 

On a alors entendu des accusations de liens entre ce groupe de contestataire et les « Américains et les sionistes » ». On a laissé entendre que le régime lancerait une chasse aux sorcières interne !

 

L’hypothèse est presque confirmée par une avalanche de rumeurs anonymes sur les noms de responsables. On parle entre autres de Mohsen Armine, ex-officier de liaison avec le Hezbollah, et Mostafa Tajzadeh, ex-n°2 du ministère de l’intérieur, poste chargé de la répression des opposants et de leur élimination. En fait, le régime va recycler d’autres barbouzes en dissidents pour les infiltrer dans l’opposition en exil !

 

Sur ce fond d’agitation formatée, le président élu a fait une allocution sur la première chaîne iranienne. Il a remercié ses électeurs avant d’affirmer qu’il comptait « prendre en compte le suffrage » de son adversaire en changeant de cabinet pour « former un gouvernement qui soit représentatif du peuple et non d’un parti ». Il a aussi invité à plusieurs reprise tous les jeunes Iraniens, « ses enfants, à relever leurs manches pour rebâtir ensemble le pays ». C’est Obama bis !

 

Parallèlement à cette aimable allocution et aux nouvelles d’agitation et de dissensions internes, les téléphones de la chaîne Pars TV-Radio KRSI basée à Los Angeles ont sonné : des soi-disant opposants anonymes évoquaient des nouveaux slogans très anti-régime et pro Pahlavi et rapportaient le besoin urgent que les opposants en exil (« pro-Américains ») en particulier Reza Pahlavi se manifestent et apportent leurs soutiens aux dissidents qui manifestaient à Téhéran ! Le schéma est tellement clair !

 

Le procédé téléphonique n’est pas nouveau : les appeleurs anonymes du régime ont déjà joué cette comédie dans le cadre du faux mouvement estudiantin de 1999. Ils ont promu au rang de héros de l’opposition des miliciens sexy qui aujourd’hui ont changé de discours, sont installés aux Etats-Unis et font un lobbying intense pour promouvoir le dialogue et l’entente entre Téhéran et Washington.

 

Il y a peu de choix pour l’opposition en exil : si elle refuse de prendre partie, le régime décrétera qu’elle trahit ses partisans ! Et si elle prend partie, elle défendra de facto Rafsandjani, le patron corrompu du régime, qui se recycle en chef de l’opposition interne. En le défendant, elle se discréditerait et s’autodétruirait !

 

Cela montre la difficulté de notre entreprise. La solution serait de jouer la carte de la vérité et dénoncer ces procédés et ces jeunes qui chantent l’hymne révolutionnaire khomeyniste de Yareh Dabestani et défendent des assassins comme Moussavi et Rafsandjani.

 

Iran : Manipulations hasardeuses d’un régime déboussolé !

15.06.2009

 

Les contestations qui ont suivi la réélection d’Ahmadinejad continuent : nous sommes submergés d’images, de rumeurs et d’annonces de répression. On parle de plus en plus d’une opération pro-américaine ou de troubles initiés par une tendance minoritaire pro-américaine dans le courant réformateur. Ces insinuations ne sont pas innocentes : Téhéran cherche à impliquer les Etats-Unis dans de soi-disant querelles internes du régime pour profiter de l’occasion et dénoncer une atteinte à sa souveraineté. Très prudemment, les Américains se gardent de faire les commentaires souhaités par les mollahs !

 

 

Ce à quoi nous assistons depuis hier soir est déjà arrivé dans l’histoire tumultueuse de la république Islamique. C’était en juillet 1999, deux ans après l’accession au pouvoir de Khatami.

 

Rappel historique | Il faut resituer les faits : en 1997, le régime a connu deux chocs frontaux. Son patron Rafsandjani a écopé d’un nouveau mandat d’arrêt international pour l’assassinat d’opposants Kurdes iraniens sur le sol allemand et plus grave encore, le régime a aussi été à nouveau sanctionné par la loi américaine Amato de 8 août 1996 qui interdisait tout investissement étranger dans le secteur pétrolier, source de 80% des revenus du pays. Pour répondre à ces deux cataclysmes, le régime a imaginé une restauration de son image via l’élection d’un président modéré qui fut Khatami, un ancien mollah chargé des commandos terroristes qui a été présenté aux médias comme un réformateur et modéré ! Pour justifier son élection, il a été confronté à un dur du régime le mollah Nategh Nouri (qui dans le grand jeu des chaises musicales du régime est aujourd’hui devenu un allié de Khatami et Moussavi).

 

Khatami-Clinton | Cette élection d’un soi-disant modéré a adouci l’application de la loi Amato, mais n’a pas débouché sur une levée de toutes les sanctions contre l’Iran notamment ceux qui pénalisent ses relations avec le Hezbollah. Deux ans après cette élection aux objectifs (presque) ratés, en 1999 Téhéran a mis en scène une révolte estudiantine avec la participation des membres de la milice estudiantine que l’on a présentés comme des jeunes épris de liberté. Des sites sortis de nulle part ont commencé à diffuser des récits terribles de torture de jeunes pour frapper deux cibles : l’opposition en exil et l’administration Clinton.

 

1999 | L’idée était de légitimer cette dissidence interne par un soutien populaire des opposants en exil et aussi de faire intervenir le président Clinton sous la pression conjuguée des opposants en exil et les récits cruels de torture de ces jeunes. Si Clinton avait fait ce pas dans la direction attendue, Téhéran aurait immédiatement dénoncé une tentative de déstabilisation d’un Etat souverain afin d’obtenir la preuve d’une absence d’hostilité américaine comme par exemple une levée de certaines sanctions.

 

Or, Clinton avait été prudent et n’avait pas bougé. On avait alors assisté à des appels aux calmes et à la fin prématurée de la révolte, Téhéran craignant un risque de dérapage. Le régime avait alors remplacé le show des manifestations et des affrontements urbains par la diffusion surmédiatisée des annonces d’arrestations massives de meneurs estudiantins et la diffusion via l’opposition en exil de récits de torture de quelques étudiants. L’opposition iranienne a ainsi créé des faux héros qui roulent aujourd’hui pour le régime et sont une vraie nuisance.

 

Cette fois aussi, nous sommes dans le même cas de figure : l’administration Obama n’a pas souhaité s’engager dans la polémique souhaitée par les mollahs et l’on parle déjà d’un appel au calme de Moussavi qui est, précisons-le, le frère cadet du Guide suprême ! On évoque aussi les premières annonces des arrestations massives !

 

Cependant là s’arrêtent les ressemblances car le régime a appris de ses erreurs : presque tous ces détenus célèbres (issus des services secrets du régime) ont été relâchés après le buzz médiatique de leur arrestation [1]. Il n’y aura probablement pas de récits de torture car cela a également été très contreproductif pour le régime.

 

Tout indique que le régime s’orientera vers un autre scénario plus efficace pour obtenir l’implication polémique des Etats-Unis : Moussavi a demandé une autorisation pour une marche pacifique entre deux grandes places de Téhéran où il officialisera sa demande de l’annulation du scrutin et celle d’un nouveau scrutin organisé en présence d’observateurs étrangers (américains, cela va de soi).

 

Impliquer Washington | En avril dernier, Téhéran avait déjà essayé de provoquer cette présence américaine pour donner une légitimité absolue à son nouveau président qui doit refuser le dialogue avec Obama. Les Occidentaux n’avaient pas prêté d’oreille à cette demande. Téhéran y revient.

 

M. Shamshiri, historien et opposant en exil, avait récemment prédit ce scénario en précisant que le régime ferait d’abord élire Ahmadinejad avant de contester son résultat d’une manière spectaculaire pour obtenir une présence d’observateurs américains en Iran pour faire élire Moussavi qui a exactement la même politique nucléaire qu’Ahmadinejad, mais qui dans l’opération aurait gagné une légitimité mondiale pour la mener.

 

Nouveau scrutin à risque | Cette hypothèse qui semble en voie de réalisation pose néanmoins quelques problèmes fondamentaux. Il faut d’abord que les Américains cèdent et s’engagent dans le processus, ce qui n’est pas gagné. Il y a ensuite certains risques pour les mollahs : le régime ne pourrait pas organiser un scrutin libre avec des urnes opaques qui arrivent prébourrés pour masquer l’abstention. Si le scrutin était libre et les urnes translucides, on verrait le degré de boycott ou alors le suffrage pourrait désigner un personnage exilé comme Reza Pahlavi qui est très populaire en Iran, transformant ainsi ce scrutin en un pied de nez aux allures de référendum anti-régime.

 

De plus si le régime acceptait de remettre en cause l’honnêteté de ce scrutin, il admettrait sa capacité à tricher ! Il remettrait de facto en cause ses précédents scrutins, notamment le référendum d’avril 1979 et aussi il devrait accepter une présence étrangère pour superviser toutes les élections à venir !

 

Les mollahs sont certes attirés par des mises en scène qui prouveraient la souplesse démocratique de leur régime, mais quand ils gardent la maîtrise des opérations et non quand ils devraient mettre leur avenir ou leur légitimité entre les mains d’autrui.

 

Les mollahs qui sont si malins viennent de faire une belle erreur tactique : les voilà coincés dans leur propre manipulation et en plus ils se retrouvent accusés de violences qu’ils ont mises en scène pour rendre crédible cette opération pour impliquer Washington.

 

Sortie de secours | Ils pourraient opter pour un repli stratégique avec la solution intermédiaire d’un autre scrutin mais sans observateurs étrangers. L’idée vient d’ailleurs d’être émise par Khatami le faux réformateur de 1997 et artisan du programme de l’enrichissement. Ce véritable joker du régime a lancé un communiqué par sa fondation où il affirme que « l’annulation de l’élection et une répétition du vote dans un climat plus serein constituent la bonne manière de retrouver la confiance du public et la réconciliation nationale ».

 

[1] Idoles des jeunes |Les personnes soi-disant arrêtées que le régime veut élever au rang de héros de la démocratie sont : le sinistre Behzad Nabavi, ancien négociateur des preneurs d’otages de l’ambassade américaine, l’un des initiateurs des Comités, ces simili commissariats de la milice qui furent chargées de la répression au lendemain de la révolution, co-fondateur avec son ami Hajjarian des services secrets du régime sous le mandat de 1er ministre de Moussavi et enfin grand patron occulte du gaz iranien !

Mohsen Safaï-Farahani, ami de Behzad Nabavi et proche de Sazgara le fondateur des Pasdaran, associé avec Sazgara dans la construction immobilière, ministre de l’énergie sous Rafsandjani et l’un des patrons ripoux du foot iranien depuis 1997 (très mal noté par la Fifa).

Mohsen Mirdamadi, étudiant de la ligne d’IMAM (Khomeiny), ancien preneur d’otages de l’ambassade américaine, actuel 1er secrétaire du principal parti réformateur !

Mostapha Tadjzadeh, ex responsable du bureau politique du ministère de l’Intérieur en charge aux élections et également époux de la nièce du mollah Mohtashami le fondateur du Hezbollah,

Abdollah Ramezanzadeh, également issu du ministère de l’intérieur du régime, il est passé sous Khatami au ministère des affaires étrangères qui dépend des services secrets !

Mohsen Aminzadeh, complice de Khatami au ministère de la culture et conduite islamique (ministère de la censure),

ainsi que Saïd Shariati, Zohreh Aghajari, et les « journalistes » Taghi Rahmani, Hoda Saber, Reza Alijani, le bassidji Ahmad Zeydabadi et Kayvan Samimi.

 

http://www.iran-resist.org/article5432.html

http://www.iran-resist.org/article5433.html

 

Je crois que ces articles sont assez explicatifs pour ne pas appeler de trop longs commentaires

Une hypothèse me semble cependant avoir été négligée : c’est la possibilité que les faux manifestants soit débordés par de vrais opposants aux régime islamique. Il se peut également que sous la violence de la répression une partie plus ou moins importante des faux manifestants deviennent de vrais opposants voyant de quelle façon le régime traite ses serviteurs

Si la communauté internationale envisage d’envoyer des observateurs elle doit exiger deux conditions non négociables :

 

La liberté absolue de candidature, y  compris des exilés

La formation d’équipes de scrutateurs mixtes du début au dépouillement finale

 

C’est à ces deux seules conditions que les élections seront démocratiques

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Publié dans POLITIQUE ETRENGERE

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