L’IRAK EST-ELLE UNE NATION ? PEUT-ELLE LE DEVENIR ?
Les différents clans chiites se disputent le contrôle de la ville pétrolière de Bassorah
Delphine Minoui, Beyrouth
Jeudi 27 mars 2008
La trêve n'aura pas duré longtemps. Sept mois après le cessez-le-feu unilatéral décrété par Moqtada al-Sadr, les combats qui opposent actuellement ses miliciens à l'armée irakienne laissent craindre une nouvelle descente aux enfers. Mercredi, le jeune leader chiite radical a appelé Nouri al-Maliki à quitter Bassorah, où le premier ministre dirige depuis mardi une vaste offensive des forces irakiennes contre l'Armée du Mehdi. Sa déclaration relayée par un de ses chefs politiques fait suite à un ultimatum de septante-deux heures lancé par Nouri al-Maliki demandant aux miliciens de déposer leurs armes.
Pourtant, dans les rues, la bataille continue à faire rage. «On n'ose pas sortir de chez nous. On entend des tirs et des explosions qui viennent de l'extérieur», confiait un habitant contacté par téléphone dans l'après-midi. Les affrontements, qui ont commencé mardi à l'aube dans cette deuxième ville du pays, à 550 km au sud de Bagdad, se sont rapidement étendus jusqu'à Sadr City, la banlieue chiite de Bagdad, et ont causé la mort de plusieurs dizaines de personnes. Les journalistes locaux évoquaient également hier l'attaque, en guise de riposte, par des hommes de l'Armée du Mehdi d'un poste de police dans la ville de Zubair, située à l'ouest de Bassorah.
Retrait britannique
Le gouvernement se félicité néanmoins de quelques avancées positives. «Certains éléments armés ont commencé à rendre leurs armes», précise un communiqué gouvernemental, faisant état de l'entier soutien de nombreux leaders tribaux, figures politiques et organisations non gouvernementales. Mais de son côté, le député sadriste Falah Shanshal accuse ouvertement Nouri al-Maliki «d'utiliser sa position de premier ministre et de chef des armées pour se garantir des avancées politiques».
Derrière ces nombreux accrochages se cache, en fait, une violente concurrence entre les différents clans chiites pour le contrôle de la riche ville pétrolière de Bassorah, considérée comme un des poumons économiques du pays. Depuis le retrait, à la mi-décembre des forces britanniques qui occupaient cette région stratégique depuis mars 2003, les tensions sont montées d'un cran. Le mouvement sadriste, absent des décisions politiques pour avoir boycotté les élections locales de janvier 2005, s'est progressivement imposé par la force. Ses hommes se sont tristement vite fait connaître en prenant à partie les filles mal voilées, en contrôlant certains hôpitaux et en saccageant les dernières boutiques d'alcool. Ils recrutent leurs partisans parmi les couches sociales défavorisées et bénéficieraient, d'après les forces américaines, du soutien de l'Iran voisin. Mais ils doivent compter avec l'existence d'un autre groupe influent, le Conseil suprême islamique irakien (CSII) d'Abdel Aziz al-Hakim. Ce dernier, accusent-ils, bénéficie du soutien gouvernemental. A ce tableau s'ajoute un autre mouvement, le parti Fadhila, réputé plus modéré, auquel appartient l'actuel gouverneur de la ville, Mohammed al-Waelli. Ce mouvement serait très influent dans le secteur pétrolier.
Au cours des deux premières années qui suivirent la chute de Bagdad, en avril 2003, Bassorah se distingua rapidement des autres villes par sa relative stabilité. Les chiites du sud, oubliés par le gouvernement baassiste de Saddam Hussein, y virent d'abord l'occasion d'une revanche sur le passé et d'une revendication de leurs droits. Mais ils ont rapidement été dépassés par leurs propres luttes de clan internes qui paralysent aujourd'hui le développement économique de la cité portuaire du sud du pays. De l'aveu de ses habitants, les conditions de vie y sont pires qu'à Bagdad. L'électricité y fonctionne de manière sporadique. Les trois quarts de la ville seraient privés d'eau potable. Les enlèvements, crimes et tortures font partie des pratiques courantes.
«L'anarchie totale»
«Dans ce paysage politique morcelé, on ne sait jamais qui agit au nom de quel groupe. C'est l'anarchie totale», reconnaît l'habitant contacté par téléphone. S'ils se poursuivent, les accrochages de ces derniers jours risquent de déboucher sur une nouvelle crise humanitaire. «On commence à manquer de réserves alimentaires. Toutes les épiceries de notre quartier sont fermées. On se demande comment on va pouvoir s'en sortir. Nous sommes les otages d'une guerre que nous ne maîtrisons pas», poursuit-il. L'approche des futures élections locales, destinées à renouveler les conseils provinciaux, en octobre prochain, ne laisse malheureusement pas présager une baisse des tensions.
http://www.letemps.ch/template/international.asp?page=4&article=228604
Nous pouvons à bon droit nous demander si l’Irak est une véritable nation (la question se pose également pour le Liban) tant sont importantes les dissensions politiques et religieuses.
Certains pays ne peuvent exister que sous un régime dictatorial et l’erreur américaine n’est pas d’avoir renversé un dictateur sanguinaire mais d’avoir imposé un régime démocratique alors qu’il aurait suffit d’installer un dictateur, ou roi, pro-occidental, comme feu Hassan II du Maroc qui a su conduire son peuple vers la modernité sans céder à la démocratie destructrice.
Le second facteur de division est la religion, un comble quand on sait que musulman signifie « soumis »
Il faut absolument la faire rentrer dans la sphère privée tout en gardant dans la spère publique les points de la chari’a sur lesquels sunnites et chiites sont en accord