1) Considérations philosophiques et religieuses
La pensée de l'homme en société se réduit à l'observation de phénomènes naturels fondamentaux du monde physique et biologique qui ont changé durant l'histoire humaine[1] . Or s'il est une chose qui n'a peut-être jamais évolué c'est le besoin d'avoir des rapports sexuels dans le double but d'avoir du plaisir[2] (et lorsqu'on aura fait le lien entre les rapports sexuels et l'enfantement, cf. infra) et de procréer. Le postulat de base de madame Héritier est que c'est une pensée matérialiste [3]. Si la matérialité des faits et des pensées sociales ne fait aucun doute, je pars du principe que cette même matérialité n'est que la surface de la réalité, qui exprime et voile tout à la fois la pensée créatrice divine ainsi que les espoirs et les angoisses de l'homme ; et je crois que la sexualité (la manière dont elle est pratiquée, fantasmée pendant la pratique, ou pendant la vision directe, voyeurisme, ou par cassette pornographique) peut apprendre beaucoup de choses sur le caractère réel des personnes parce qu'il est, comme avec l'ivresse, très difficile de ne pas révéler ses vrais penchants à travers la spontanéité du plaisir (surtout qu'il est impossible de programmer les positions et leurs enchaînements au delà de dix minutes).
La sexualité est donc l'une chose universellement répandue dans les trois règnes de la nature[4] . C'est également l'un des trois [5] plaisirs les plus intenses[6] que l'homme partage avec l'animal (l'intensité variant selon les dispositions propres à chaque individu).
Cependant bien que le sexuel soit aussi intense et indispensable à l’humain (ou à cause de cela), il a mauvaise réputation.[7] Le fait de le pratiquer très longtemps, très souvent, seul ou en groupe, selon certaines façons marginales, ferait de l'adepte de ce plaisir un vicieux immoral.
Ce jugement est renforcé par un fait et une hypothèse. Le fait est que le sexe est lié à la production d'êtres humains[8] (enfants de Dieu). L'hypothèse est qu'il est normal de faire l'amour avec quelqu'un qu'on aime (et inversement anormal de le faire avec quelqu'un qu'on n'aime pas ou qui nous est indifférent)[9] .
La plupart part des religions actuelles [10] bornent la sexualité à la production d'enfants, le plaisir est regardé comme un à côté[11] plus ou moins honteux que l'on doit pudiquement taire.
Pourtant, l'acte sexuel n'a pas toujours été méprisé ainsi qu'en témoignent les cultes polythéistes orientaux et les diverses figurines de déesses-mères enceintes. Le sexe était alors associé à la fécondité [12] de la terre (analogie très parlante liée à la semence et à l'attente) ou à la prospérité individuelle et collective.
L'acte sexuel est plus qu'une suite de caresses plus ou moins intimes, plus que la procréation d'enfants de Dieu. Il met en branle une (ou des) énergie la plus profonde, la plus "sacrée"[13] qui existe en l'humain. Cette énergie modifie dans le sens de l'excitation puis de l'apaisement, le corps et l'esprit humain, et c'est en ce sens qu'elle est sacrée. Elle n'a pas besoin de médecin-psychologue, elle rend tout naturellement le mal-heureux en être heureux.
On peut poursuivre cette réflexion en émettant l'idée que la sexualité a part à l'eschatologie et à la métaphysique (voir note ). L'eschatologie comme chacun le sait, traite des fins dernières de l'homme ; or l'homme veut invariablement son bonheur. Jusqu'à il y a une vingtaine d'années, hormis les maladies sexuellement transmissibles, si l'amour était fait selon les règles de l'art (c'est-à-dire en tenant compte du plaisir du partenaire) il donnait toujours satisfaction, y compris dans sa déviante sadomasochiste. Mais le sida a introduit la mort dans l'amour, c'est-à-dire qu'il a contribué à ressacraliser l'acte sexuel en le rendant dangereux à un moment où il était dramatiquement banalisé (surtout dans la jeunesse) et je ne suis pas sûr que cette banalisation a réellement cessé si l'on tient compte des habitudes vestimentaires (minijupes, shorts) et comportementales (filles se trémoussant sur les genoux des garçons, et inversement ; loi sur le pacs qui dispense de l'engagement solennel vers la fidélité, même s'il peut y avoir quelques manquements[14] ).
L'eschatologie est naturellement métaphysique, c'est-à-dire qu'elle est hors du monde physique traditionnel[15] et les japonais ont cette expression pour désigner l'acte sexuel de "petite mort[16] ", ce qui accentue l'aspect métaphysique de cet acte.
Cette expression a évidement un rapport avec l'orgasme (de quelque façon qu'on l'obtienne). Celui-ci se caractérise par une force et une brièveté extrême (à peine cinquante secondes) mais qui ébranle fondamentalement l'esprit (au sens psychologique) et le corps. Il brise toutes les tensions physiques, laisse comme écartelés les membres presque inertes pendant quelques minutes. Psychologiquement, l'orgasme est comparable à un "big-bang", l'humain (l'homme en tout cas, je ne sais pas pour la femme) est ébloui par un éclair blanc qui dure une ou deux secondes. Il est possible, mais je ne saurais l'affirmer, que cet éclair ait quelque chose à voir avec la lumière vue par ceux qui reviennent des "expériences près de la mort" (NDH[17] ). On voit donc que l'amour et la mort ont d'étroites relations.
Et Dieu dans tout cela? En tant que créateur de tout ce qui existe, Dieu est le point central entre les contradictions dont nous sommes les témoins. Il ne faut pas prendre la maxime de Saint-Jean (dans l'apocalypse) "je suis l'alpha et l'oméga[18] " sur un plan linéaire, mais plutôt sur un plan circulaire. En ce sens la vie et la mort loin d'être distantes seraient voisines. De même, l'orgasme aurait une triple fonction : 1) procréer 2) nous habituer à la transition entre une modalité d'être (terrestre) à une autre (céleste) 3) nous faire aspirer à une fusion[19] amoureuse (avec la ou le partenaire ici-bas, avec Dieu là-haut).
S'il faut en croire divers récits (dont le mythe des androgynes de Platon[20] , ou la création de l'homme dans la "genèse" biblique[21] ), l'humain que nous connaissons de nos jours n'aurait rien à voir avec celui de l'origine qui était sexuellement autosuffisant. J'insiste sur cette dernière notion,[22] car c'est une définition propre à Dieu d'être caractérisé ainsi; et Maître Eckart d'enfoncer le clou en expliquant dans ses sermons que "l'amour de Dieu" ne s'applique nullement aux hommes, mais uniquement à lui, Dieu. Donc si nous prenons au sérieux le récit platonicien et biblique, il faut en conclure qu'aux premiers temps de l'humanité l'homme avait l’autosuffisance sexuelle (donc qu'il était physiquement bisexuel et connaissait expérimentalement l'état fusionné du féminin et du masculin[23] ); il était littéralement "à l'image de Dieu".
Il est en outre intéressant de constater que dans les religions juives et chrétiennes (Orthodoxe et catholique) Dieu, pourrait-on dire, est bisexuel. Ainsi, l'ésotérisme juif développa la notion de "schékhina" (présence de Dieu) et va jusqu'à la faire tenir devant lui[24] (ce qui ferait de tout autre un schizophrène). La traduction de la bible de Chouraqui emploie de nombreuses expressions qui se rapportent à Dieu et dont la base est le mot "matrice", or un des attributs de la femme est d'être la matrice d'un nouvel être. Rozensweig écrit[25] : "l'essence divine repose dans le silence du pur être-là de l'état de fait. L'arbitraire semble pouvoir se ruer sur l'essence mais il est paralysé par un charme indolent. Les manifestations de puissance seraient annulées par le "c'est ainsi" ». Comment ne pas être frappé par l'origine sexuelle des mots ici employés : le terme: "repose", "silence", "l'état-de-fait", "charme indolent" évoque plutôt la jouissance, l'acceptation, voire la résignation féminine[26] plutôt que le mâle combat.
Nous retrouvons ce besoin de douceur, de compassion infinie, voire de "lâcher-prise" dans la religion chrétienne de tendance catholique sous la figure caressante et bienveillante de la Vierge Marie. Celle-ci est souvent peinte tenant le Christ dans ses bras, contre ses seins avec un air d'infinie tendresse (ou à sa descente de croix, et l'air de tendresse se mêle à la douleur, au chagrin et à la pitié ).
Théologiquement Marie représente l’église, et plus particulièrement l'église pécheresse qui a besoin de tout son amour, sa tendresse, sa compassion pour éviter ou raccourcir le passage au purgatoire. Marie est dépouillée de la colère.
(Jésus s'est mis en colère contre les marchands du Temple). Marie n'a aucune fonction judiciaire ou guerrière (Jésus est juge et guerrier dans l'apocalypse). Bref Marie est le prototype même de l'amour patient, qui ne condamne personne et avec lequel tout être a un jour ou l'autre le désir de fusionner[27] .
Le besoin de fusion (de s'abolir en l'autre, à condition que l'autre soit moralement et spirituellement supérieur et qu'il nous élève à un degré de conscience plus haut et plus vaste) s'illustre sur le plan théologique d'une part lorsque Ruth refuse de se séparer de Noémie en lui disant "ton peuple sera mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu[28] ..." . Naturellement cette fusion reste sur le plan politique et religieux, mais elle se haussera[29] sur le plan sexuel lorsque Booz prendra Ruth pour épouse et qu'elle sera définitivement assimilée à Israël, c'est-à-dire qu'elle était parvenue au terme d'un processus de dépossession de tout ce qui faisait d'elle une Moabite, pour être reconfigurée sur le modèle d’Israël (ce qui est « une nouvelle naissance bien plus longue, laborieuse et durante que le baptême des églises »).
Cependant je crois que la volonté de fusion avec "ce qui est mieux" s'exprime beaucoup plus nettement (bien qu'inconsciemment) dans le christianisme par deux dogmes : le premier est que Jésus de Nazareth est parfaitement homme et parfaitement Dieu dans un seul et unique corps[30] . Selon l'orthodoxie chrétienne, il y a eu au moment de son incarnation deux volontés: l'une humaine, l'autre divine, l'humaine étant soumise à la divine, ce qui pratiquement ne fait qu'une seule et même volonté. Les théologiens s'efforcent de maintenir vivant ce dogme dans la conscience des croyants malgré son irrationalité apparente. Cependant il y a fort à parier que pour le chrétien moyen, le dogme de l'homme-Dieu se réduit à un monophysisme[31] qui s'ignore. Le second dogme qui met encore plus radicalement l'accent sur la fusion de deux réalités hétérogènes est celui de la transsubstantiation des espèces. En effet, la théologie catholique (mais non protestante) dit qu'après que le prêtre a prononcé la bénédiction sur l'hostie et le vin, ceux-ci, bien qu'ils gardent leurs apparences premières, deviennent essentiellement et substantiellement le corps et le sang du Christ, cependant que chez les luthériens la divinité coexiste avec la matière naturelle de la communion.
La théologie musulmane mystique sous sa modalité soufique (par opposition à la modalité chiite[32] ) n'échappe pas non plus au rêve nostalgique et prophétique fusionné.
L'islam soufique, plus que tout autre ésotérisme monothéiste, exprime la nostalgie du temps de la "pré création" où l'homme et Dieu n'étaient qu'une seule et même existence, puisqu'il est écrit que l'homme est un exilé parce qu'il est séparé de Dieu du fait de sa chute[33] et que de ce fait le centre de la conscience reflue vers Dieu[34] pour réaliser à la mort le "fana'" qui est l'extinction du créé dans l'incréé[35] . Cependant certains êtres tel Mahomet peuvent devenir dès ici-bas « rasùl », "Messager"de Dieu, et ainsi faire passer de l'implicite à l'explicite leur nature céleste [36]. Mais cette religion va plus loin que ses devancières puisqu'elle déclare que le but du Coran et du maître (soufi) est de réaliser "l'homme universel" tel qu'il est sorti du paradis.
Dieu a créé l'ange et le démon, mais dans l'homme il a mis les deux possibilités. Si l'homme réussit, il devient divin et est investi de pouvoirs extraordinaires, il représente Dieu sur terre[37] . Ainsi donc l'Islam reprend à son compte, mais dans un contexte radicalement différent, la promesse satanique, "Vous serez comme Dieu" du troisième chapitre de la "genèse", mais en fait le but d'un acte d'amour de l'humain vers l'humain ainsi que vers Dieu.
Il y aurait donc deux étapes eschatologiques: l'une commune aux deux autres religions (bien qu'elles ne mentionnent ni les pouvoirs extraordinaires, ni la qualité de "représentant Dieu sur terre") qui est celle d'une ère messianique, et la seconde étape serait une abolition des personnalités en Dieu.
Nous pouvons tirer comme conclusions de cette comparaison que les trois grandes religions monothéistes[38] expriment à un degré divers et par des moyens différents, une nostalgie de l'unité ontologique (où si l'on préfère une nostalgie de la plénitude de l'être dans son absolu tout-puissant et transcendant) et que ces religions, contrairement au paganisme romain qui combla le fossé Dieu/homme seulement au profit des "imperators" en les divinisant, ne voulurent pas résoudre ce problème en bradant la notion de divinité et en la séparant des notions de moralité et de bonté (ainsi que l'ont fait les romains en divinisant l’empereur).
Pourtant dans la plupart des relations amoureuses[39] il n'y a pas cette assomption d'un conjoint par et en l'autre, dans le royaume de l'amour intégral[40] . Cependant dans toutes les relations il y a cette illusion qui pare l'autre de toute la beauté, bonté et vertu du monde. Cette illusion ne dure malheureusement pas dans la majorité des cas, parce qu'au delà de ce que les conjoints prennent au sérieux pour approfondir cet état d'esprit et pour en faire la condition indispensable et indépassable de l'explicitation du royaume d'amour dans le couple, ils se laissent distraire par l'extériorité[41] , ce qui naturellement déplace le centre de gravité (gravité dans les deux sens du terme : physique : force de gravité, et morale : une action ou situation grave) du couple qu'est le royaume d'amour dans un premier temps, pour ensuite détruire le centre du couple[42] .
Une dernière question théorique se pose avant d'aborder la topologie des pratiques sexuelles : comment se fait-il que tous les humains n'aient pas conscience de cette aspiration à la fusion amoureuse (érotique au sens du "banquet" de Platon) universellement exprimée par la conscience religieuse, et à son plus haut degré d'expression mystique ? Pendant que dans l'occident judéo-chrétien, modifié par ce qu'il est convenu d'appeler le "siècle des lumière"[43] , le désir collectivement exprimé est d'accroître encore et toujours l'individualisme, y compris au détriment du bien-être personnel et familial.
La question a bien sûr un présupposé implicite, qui est qu'en réalité chacun, y compris le plus individualiste, aspire sans le savoir à la fusion avec l'être aimé dans un premier temps, et avec Dieu dans un second et ultime temps. [44] Cette présupposition s'appuie sur un sentiment universellement partagé (y compris par les pires criminels et dictateurs), ce sentiment est la tendresse[45] .
L'analyse de ce sentiment est complexe parce qu'au contraire de l'amour et de la haine, il n'est pas homogène. Je crois qu'on peut dire que ce sentiment est composé à des degrés variables selon le sujet auquel il s'applique, d'amour, d'amitié, de sympathie, de compassion et de pitié. La tendresse, même si elle est en dose infinitésimale chez un individu, ne peut être ni retenue, ni orientée, elle s’épanche instinctivement, pourrait-on dire, et à l'insu de la volonté. Elle n'est pas réservée aux membres de l'humanité mais peut être étendue aux animaux, plantes et même paysages, objets ayant une valeur sentimentale (la tasse dont on se servait enfant).
Le propre de la tendresse est de créer un lien extrêmement fort entre toutes ces choses et l'émetteur dont elle émane ; à l'inverse de l'amour, la tendresse est pure intentionnalité, elle n'exige ni accomplissement dans la durée ni fidélité, ce qui signifie que personne ne reprochera à quelqu'un qui déborde de tendresse de la distribuer à toutes ses rencontres. Elle est enfin, et ce n'est pas un petit paradoxe, amorale en ce sens qu'il suffit qu'un malfaiteur soit pieds et poings liés, sans défense aucune, pour qu'une personne n'ayant aucun lien avec l'homme, puisse devant cette situation d'impuissance radicale avoir un sentiment ou mouvement de tendresse. La tendresse a ceci de particulier par rapport à l'amour qu'elle n'a pas de déviations (sadomasochiste, narcissique, oedipien) bien qu'on puisse la juger moralement mal placée (mais celui qui porte un tel jugement manque de tendresse à donner et ce manque le disqualifie ipso facto et fait de lui et de son incompréhension un objet de tendresse, dans ses formes de pitié et compassion, de la part d'êtres plus évolués).
La tendresse est donc une force sympathique (au sens de ce qui met en sympathie) trans-personnelle[46] (et même entre espèces comme nous l'avons vu) dont l'objet est parfois de compatir (donc de vouloir dans une certaine mesure se mettre à la place de l'autre pour le soulager, ce qui est le sens donné par les chrétiens au sacrifice de Jésus-Christ) et qui veut toujours et gratuitement le bien d'autrui. Qui à part Dieu est réputé avoir en permanence ces objectifs et a les moyens de les réaliser ? L'homme, qui ignore qu'il est Dieu (métaphore de l'eau dans la bouteille) désire invariablement son propre bien et celui de ceux qu'il aime, en ce sens on peut définir l'homme comme pure intentionnalité vers l'autre[47] . Lorsque celle-ci est dominée par le sentiment nobles (amour, tendresse, compassion etc.) il y a presque toujours une aspiration à se mettre à la place de l'autre pour mieux le connaître, le comprendre, l'aider.
Il est certain que si l'autre est dans une situation de douleur physique ou psychologique, l'aspiration à être à sa place ne sera que temporaire ; par contre si l'autre est pleinement heureux, non pas superficiellement (avoir deux voitures une chaîne stéréo etc.) mais s'il a développé pleinement ses qualités physiques, intellectuelles et affectives, ne voudrions-nous pas être à sa place, quitte à perdre notre personnalité [48]?
Or ce sont ces sentiment de sympathie, d'amour, de tendresse, dont nous ne sommes en aucune façon maîtres (mais dont nous pouvons prendre conscience, et développer) qui dans un premier temps nous familiarisent avec l'idée de la divinisation[49] (il est en effet plus "normal" de souhaiter être à la place de Dieu qu'à la place d'un esclave), et qui dans un second temps entretiennent en nous la nostalgie plus ou moins consciente de l'unité primordiale ainsi que l'assurance de la réintégration universelle en Dieu.
[1] "Masculin/féminin, la pensée de la différence" chapitre II "Logique du social, systématique de parenté et représentations symboliques" de Héritier édition: Odile Jacob-Date d'édition: 1996
[2] Le plaisir, qu’il soit charnel ou intellectuel, est absolument indispensable à l'humain parce qu’il a soit un rôle d’excitateur, soit de consolateur ou les deux en même temps.
Je ne pense pas qu’il faille confondre le plaisir et le bonheur : le plaisir, surtout sensuel, n’est qu’un élément constitutif (indispensable) du bonheur ; nous pouvons prendre plaisir à une tarte en étant triste.
Naturellement polymorphe du point de vue sexuel, il peut s’investir dans des zones qui ne sont pas à priori érogènes et , qui par une répétition infinie le deviennent.
Le désir est en tout point comparable à la définition que donne Platon de l'amour dans le banquet : (le désir)« en a reçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre, et loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile, sans avoir jamais d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues ; il tient de sa mère, et l'indigence est son éternelle compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon ; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel, ni mortel ; mais dans la même journée, tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance; tantôt il meurt, puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence, ni dans l'opulence. »
Ce qu’on peut retenir de ce texte sur ce qui n’est après tout qu’une modalité du désir, c’est l'extrême tension qui l'habite.
Riche au début de sa convoitise, il s’exténue et s’appauvrit dans la jouissance.
[3] Idem
[4] Végétal, animal et humain.
Quant à la "surnature" des théologiens chrétiens je n'en discourirai pas n'ayant aucun élément pour le faire.
Cependant la tradition théologique chrétienne (saint Augustin, saint-Thomas d’Aquin entre autre) pense que s'il n'y avait pas eu le péché originel, l'homme n'aurait pas eu de rapports sexuels pour enfanter.
Un sondage paru dans « l’Express » dans la semaine du 9 au 16 juin 2001 montre que pour 80% des français la sexualité es vitale
[5] Les autres étant la nourriture et la boisson
[6] Au point d'être dangereux comme le montre Reed :" Il n'y a aucun sentiment d'amour accompagnant l'acte sexuel, celui-ci s'apparente au combat où les partenaires se blessent. Lions et tigres tuent et dévorent leurs partenaires."
"Féminisme et anthropologie" Edition Denoel/Gonthier, chapitre 2 - Le tabou du cannibalisme.
Même si cette description ne concerne que les animaux, les humains n'eurent pas moins d'attrait pour la sexualité, au point que notre ethnologue écrive au premier chapitre: "Le tabou sexuel primitif était-il un tabou de l'inceste?" Dans les sociétés sauvages, étaient "mères" et "soeurs" les femmes du même clan, l'inceste était donc plus étendu. Certains pensèrent que l’aversion pour l'inceste était innée, mais ce n'est ni le cas pour l'humanité ni dans l'animalité.
Les psychologues pensent que l'inceste est naturel et que c'est pour lutter contre que le tabou fut institué. Pour Freud et d'autres la modalité fils/mère était la plus forte (complexe d’Oedipe). Freud et ses disciples généralisèrent ce phénomène du XIX° dans le temps et l'espace.
Qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, je ne plaide pas pour l'inceste, et surtout pas parents/enfants.
[7] La réputation a deux faces : l'une est positive : elle flatte, honore et loue, l’autre est négative : elle déshonore, se nourrit de calomnies. Ces deux aspects peuvent être basés sur des semis vérités .
[8] Pourtant ainsi que le note Reed dans "Féminisme et anthropologie", Edition: Denoel/Gonthier, chapitre 7 "La famille matrilinéaire" , la procréation d'enfants n'était pas liée dans l'esprit des primitifs aux rapports sexuels.
Cependant pour des raisons que je n'ai pas à analyser ici, les primitifs avaient déjà des tabous sexuels, mais seulement envers les femmes du clan (ou de la tribu).
[9] On peut pourtant douter que le sentiment d'amour soit toujours concomitant avec l'acte sexuel (libre ou dans le cadre du mariage).
"Féminisme et anthropologie", Edition: Denoel/Gonthier, chapitre 6 "La commune matriarcale":
Les rapports sexuels étaient libres, ce qui avait pour conséquence l'absence de jalousie.
Par exemple de nos jours, chez les Peuls entre 10 et 12 ans il y a une liberté sexuelle totale, mais dès 13 ans ils se marient et doivent être pudiques. chapitre XVIII "Sexualité et émancipation" "Les Africaines" de Coquery-Vidrovitch Edition Desjonquières.
Même dans un cadre monogamique cette concomitance n'est pas assurée: en premier lieu il faut remarquer qu'en langue luganda, Afrique centrale, il n'y a aucun mot pour "mariage", le mot est "engrosser", ce qui est un acte purement sexuel et utilitaire, aucun sentiment n'entre en ligne de compte dans le mariage (du moins à ses débuts).
D'autant plus que dans certaines régions d'Afrique l'homme doit prouver sa virilité en dramatisant la soumission de sa femme lors des premiers rapports; elle est d'autant plus évidente qu'ils sont naturellement douloureux.
Chapitre XVIII "Sexualité et émancipation" "Les Africaines" Auteur: Coquery-Vidrovitch Edition Desjonquières
Mais de toute façon je soutiens que les sentiments n’ont strictement rien à voir avec le côté agréable des actes sexuels.
L'accident moralisateur a réussi à joindre (nous le verrons plus tard) ce qui au départ ne l'était pas : sentiments et plaisir sexuel.
[10] Sauf le tantrisme qui la considère comme une énergie devant être maîtrisée pour atteindre une certaine illumination.
[11] Voici ce que déclare le rabbin Liché dans « Actualité des religions » du 23 janvier 2001 page 44.
« Elle (la dimension sacrée du mariage) ne réside ni dans l'amour ni dans la sexualité mais dans la procréation. Nous devons engendrer un maximum d’enfants. Pourtant l'histoire de Rachel, préférée à Léa et celle d’Elqana et Anne montrent que l'amour existe même dans un mariage stérile. L'amour n’est nullement exclu : « ils ne formeront qu’une seule chair ». Mais par rapport à la procréation il est secondaire. Le premier commandement de la genèse est : « croissez et multipliez-vous ».
Il n’y a rien à dire, ou plutôt trop, comme l'on voudra.
[12] "L'Artémis des Ephésiens ... ornée d'un corselet aux multiples mamelles, symboles de fécondité..."
"Baal-Gad: divinité tantôt masculine tantôt féminine, est l'équivalant dans le panthéon sémitique de la Tukhé des grecs: "la fortune" divinisée"
"Dictionnaire de la bible" Gérard Edition Laffont Coll "Bouquin"
[13]Selon Jacques André, il y a d'un coté un montage biologique (femme enceinte, fantasme d'autoconservation) ... « Le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud » Laplanche Edition – Synthélabo Coll. « Les empêcheurs de tourner en rond » - Conférence du 14 janvier 1992.
On peut déduire de ceci qu'il y a, même chez un athée ou un violeur, quelque chose de sacré voire de quasi mystique dans la sexualité, qui a à voir avec le rêve d'immortalité, qu'elle soit personnelle à travers ses enfants, ou collective ( le maria lévithique).
[14] On peut penser que l'aisance avec laquelle les tribunaux prononcent les divorces, et que l'aspect purement contractuel du pacs où tout caractère sacré (devant Dieu, le Peuple ou la Loi) est mis de côté, accentuent les antagonismes et atténuent la volonté de se pardonner mutuellement ou de faire des compromis nécessaires à la continuation de la vie commune.
[15] Que nous croyons à l'immortalité de l'âme ou que nous attendions la résurrection dans un monde transfiguré, chaque croyant de n'importe quelle religion récuse le monde tel qu'il existe, et donc se place dans une situation d'attente m&e