2) Considérations psychologiques

Publié le par michel baran

L'expérience sexuelle, sous une forme ou une autre, est l'expérience constitutive la plus fondamentale de l'humanité qui soit. En premier lieu si nous sommes vivants, c'est grâce à la rencontre et à la concrétisation des fantasmes sexuels de nos parents. Il va de soi qu'à ce stade-là, nous ne percevons ni ne ressentons strictement rien.

Dès que le foetus est doté d'une conscience, il perçoit à travers le corps de sa mère le monde extérieur, il entend la musique et reconnaît la voix de son père, il prend donc conscience (même si ce n'est qu'intuitivement) qu'il y a une différence fondamentale entre la mère où il est logé et le père extérieur à la mère et différenciable d'elle par la sonorité de sa voix.

Nous savons que le foetus est influencé physiquement et émotionnelle ment par l'alcool, le tabac et la drogue comme par la colère, les disputes ou la tendresse; aussi, n'est-il pas déraisonnable de penser que l'absence, la pratique, la façon dont ils sont faits et la fréquence des rapports sexuels ont une influence plus ou moins déterminante sur le psychisme de l'être à venir.

Le premier "rapport sexuel" totalement incontestable, inévitable est absolument unique en son genre est la naissance du bébé. Qu’il se passe bien ou mal, c'est un " événement traumatique[1] auquel l'enfant n'a pas pu réagir adéquatement (qui) est resté dans le psychisme..."[2] . Bien que cette citation ne soit pas dans le contexte de l'accouchement, je crois qu'elle pourrait y être. En effet, même si l'accouchement se passe dans les meilleures conditions possibles[3] , personne (ni la mère ni l'enfant) ne contrôle quoi que ce soit : la mère ne contrôle ni 1e moment d'accoucher, ni le nombre de contractions ou le nombre d'heures qu'elle passe au travail. De même, le bébé ne peut ni refuser de sortir, ni accélérer sa sortie ; il a un parcours du combattant à travers le sexe de sa mère dont le trajet et la durée lui sont imposés par la nature et la constitution de la mère. Au bout du parcours, une fessée[4] pour le faire respirer. On le voit après cette description crue, le sexe est à la base de la première expérience du bébé.

Durant deux ou trois ans (le temps du sevrage et d'être propre) les zones qui deviendront érogènes[5] sont intensivement prises en charge par des mains majoritairement féminines (mère, puéricultrices, jardinières d'enfants). La bouche, par le sein ou le biberon est largement sollicitée (par la suite viendra la succion du pouce pour compenser un sevrage[6] trop rapide). Mais plus encore que le sevrage, la toilette et le changement des couches, doivent, je le pense, contribuer au développement ultérieur plus ou moins harmonieux et normal  de la sensibilité et des fantasmes sexuels des futurs adultes[7] . Si ce travail est fait avec dégoût, il y a fort à parier que l'adulte aura une sexualité refoulée, s'il est fait normalement, sans répulsion ni insistance verbale à propos de ces parties, l'adulte aura plus de chance d'avoir une sexualité saine[8] .

Ce qui n'empêche pas le bébé d'avoir une jouissance pré-sexuelle comme le montre Freud : en effet, selon lui, la vie sexuelle infantile "apparaît en étayage sur une des fonctions corporelles importantes pour la vie, elle ne  connaît pas encore d'objet sexuel, elle est auto-érotique, son but sexuel est sous la domination d'une zone érogène"[9]  . Cependant Federn[10] pense qu'il y a peut-être des fantaisies inconscientes entre 0 et 2 ans; quant à Isaacs[11] , il  situe l'origine du fantasme comme inconscient au début de l'existence.

Il faut concevoir le processus pulsionnel comme étant à deux faces : purement physiologique, et psychiquement inconscient. L'étayage, écrivit Freud[12] , est une tentative d'énoncer l'articulation entre deux types de fonctionnements sexuels et deux modes de satisfactions. Entre un fonctionnement qui anticipe une fonction biologique sexuelle et un fonctionnement autoconservatif beaucoup plus fonctionnel mais partiellement déficient chez l’enfant. " Les pulsions sexuelles trouvent leurs premiers objets en étayage sur les valeurs reconnues par les pulsions du moi, tout comme les premières satisfactions sexuelles sont éprouvées en étayage sur les fonctions corporelles nécessaires à la conservation de la  vie "  . Et pour en finir avec la vie "sexuelle" du nourrisson, je citerai Piaget[13] pour qui les valeurs (centres d'intérêts) dépendent d'un autre système régulateur qui  commande les énergies intérieures sans en dépendre directement, et qui tend à assurer ou rétablir l'équilibre du moi en complétant sans cesse l'activité par l'incorporation de nouvelles forces et éléments extérieurs (qui se manifestent pour les mots, le dessin, images, rythmes, certains exercices physiques etc...).

Freud ayant évolué au cours de sa carrière (comme ses confrères) vers la reconnaissance d'une certaine sexualité[14] infantile, je peux penser que celle-ci occupe la majeure partie du temps éveillé du nourrisson.

J'aimerais revenir quelque instant sur la notion piagienne d'incorporation de nouvelles forces et éléments extérieurs (qui se manifestent par les mots, le dessin, images, rythmes, certains exercices physiques etc...). Le terme est très fort et suggère que l'univers entier entre dans l'enfant. Ce n'est évidemment ni tout à fait faux ni tout à fait exact. L'humain (du moins son âme) en s'incarnant a perdu tout ce qu'elle savait [15] et pouvait ; elle doit tout se réapproprier à travers des grilles de compréhension factices parce que déformantes qui réduisent [16] l'information sensitive, intellectuelle et émotionnelle au strict nécessaire. Le plus souvent cette réappropriation du monde se fait plus ou moins dans la douleur (école, punition etc.), alors qu'il serait possible de tout apprendre par des moyens plaisants ( tout l'homme est fait pour jouir, la souffrance n'étant qu'une inversion [17] de la jouissance agréable en jouissance désagréable). Piaget confirme implicitement cette opinion par les termes qu'il emploie : le dessin, les images, les rythmes. Ces mots ont tous une connotation fortement ludique.

Il me semble que le processus d’incorporation du monde dans le bébé a comme pendant ce que j'appelle la réintégration en Dieu, qui est l'exact contraire du processus d'individuation : au lieu d'acquérir le moi, on s'en défait, au lieu de  voir le monde de manière unilatérale on le voit dans sa pluralité, au lieu de devenir, on est.

 

J'examinerai maintenant la sexualité infantile jusqu'au stade de l'adolescence (qui est une notion occidentale et dont on ne trouve pas trace dans les communautés traditionnelles).

Entre deux et sept ans l'enfant acquiert l'affection consciente[18] .

Il y a un étroit parallélisme entre développement affectif et intellectuel, ce sont deux aspects indissociables de chaque action[19] . A ce stade de l'évolution, il semblerait donc qu’il y ait une étroite subordination des facultés intellectuelles aux facultés sentimentales. Rien n’est encore rationnalisable : on aime ou on déteste sur un mode que l'on pourrait presque qualifier d’intuitif (il n’y qu’à voir les brusques changement d’attitudes des enfants basés sur des « presque rien » mais qui pour eux ont une force considérable).

Les mobiles, le dynamisme relèvent de l'affectivité, mais les techniques et l'ajustement des moyens relèvent de l'aspect cognitif. Les deux sont étroitement imbriqués en chaque action[20] . Le moteur de la vie humaine est donc l'affectif (que ce soit l'amour  ou la haine) non que la raison n’y ait rien à voir, mais elle n’est qu’en potentialité. Plus même, elle n’est qu’instrumentale [21] et ne fait qu’obéir au sentiment pour atteindre l'objectif qu’il lui fixe[22] . Aussi peut-on comparer l'âge pré-rationnel au règne animal dans le sens où l'animal n’est qu’instinct (donc innocence).

A la différence de l'animal, la structure de la conscience humaine s’étoffe : il y a développement des sentiments individuels liés à la socialisation ; des actions apparaissent, des sentiments moraux intuitifs grâce aux rapports entretenus avec les adultes et les régulation d'intérêts et de valeur liées à la pensée intuitive[23] . Ceci nous apprend que contrairement à ce qu’écrivait Kant, la morale n’est pas (avant tout) une loi, mais qu’elle naît du sentiment envers autrui et de la capacité que chacun a de se mettre à la place [24] de celui qui souffre. S'il n’en  était pas ainsi, l'enfant ne serait pas un sujet moral, et l'on ne pourrait attendre de lui aucun comportement moral ou immoral ; il faudrait attendre qu’il soit en pleine possession de la  raison[25] pour exiger de lui une conduite adaptée à la vie sociale. Le sentiment, implanté naturellement en lui, donne  prise aux parents et éducateurs de toutes sortes pour obtenir de lui une conduite morale (ainsi que pour l'augmenter).

Tout comme dans le règne animal, le mimétisme joue un rôle important dans l'éducation, autrement dit il ne suffit pas d’avoir des sentiments positifs, encore faut-il les appliquer correctement. Ceci s’apprend par imitation des parents aux circonstances de l'enfance (ainsi si l'enfant voit son père donner une pièce à un mendiant ou à une quête, il partagera plus naturellement ses bonbons, et inversement).

Faut-il préciser que dans la grande majorité des cas le sentiment que reçoivent les bébés (dés le ventre maternel) est l'amour ? Le fait que l'amour physique et moral soient concomitants dés les premières semaines de la vie dit combien cet état corporel et moral est dans l'ordre naturel des choses, et combien tout manquement à cet ordre est une véritable hérésie religieuse ( au sens où la religion est ce qui lie les êtres ) .

 

A SUIVRE



[1] C’est ce que pense Rank pour qui « l’origine des névroses n’est pas d’ordre sexuel, mais qu’elle est à rechercher dans l’expérience traumatique de la naissance. »

Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 2003. © 1993-2002 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

[2] "La psychanalyse" de Chemama édition Larousse coll "textes essentiels" p 30 

[3]S'il y excès de souffrance, je pense qu'il y aura soit un excès d'amour de la mère et qu'elle deviendra surproductrice, voire tyrannique, avec à la clef le chantage affectif ("tu me fais ça à moi, moi qui ai tout fait pour toi... moi qui ai tant souffert... etc.) soit un rejet de l'enfant se traduisant par un minimum d'attention et aucun geste de tendresse.

[4] La fessée n'est certes pas punitive, mais il se peut que dans certaines populations elle pourraient l'être. Les cathares par exemple déploraient (et même pleuraient) l'incarnation d'une âme dans la matière (intrinsèquement mauvaise). Il se peut qu'il y ait des religions ou sectes héritières de la haine du monde pour qui la fessée libératrice est aussi (et peut-être surtout) punitive.

[5]"Les zones érogènes sont donc l'objet de soins inhibés de fantasmes majeurs de l'adultes."  et les soins que donne la mère (ou sa remplaçante) cernent les zones érogènes qui sont aussi celles de l'adulte.  "le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud"- Laplanche Edition "les empêcheurs de penser en rond" Année de parution: 1993-P 77

Il est à  noter que chez les populations « primitives », les soins corporels sont donnés et consentis avec plus de naturel que dans les sociétés policées.

Ainsi on allaite en société, ainsi laisse-t-on l'enfant s’amuser avec les seins de sa mère. Dans certaines sociétés, pour combattre la constipation, la mère introduit avec sa bouche de l'eau dans les fesses du bébé ; la pudeur n’interdit pas de faire la toilette de l'enfant devant tout le village ni d’embrasser le bas-ventre du bébé. (« les bébés du monde » montage de reportages diffusé sur Canal+ le 24/12/2000 de  14h 5 à 14h 59)

Ces femmes primitives nous montrent à l'évidence qu’être mère est un travail à plein temps.

Je crois aussi que ces sociétés, par les faits décrits , ne connaissent pas les graves délits sexuels que connaissent  nos sociétés, qui sous des aspects soi-disant libérés sont encore extrêmement pudiques et répressives.

On peut donc penser (en mettant plusieurs guillemets pour ne pas légitimer l'inceste ou la pédophilie) que « l’inceste » est inévitablement commis par la mère lors des soins (il est hétérosexuel lorsque la mère a un garçon et homosexuel lorsqu'elle a une fille) et dans le même ordre d'idée la pédophilie est naturellement commise par sa remplaçante.

Il va de soi que ces deux actes sont non seulement commis en toute innocence par la mère, mais encore qu'elle ne peut ni ne doit s'y soustraire sans nuire gravement à l'hygiène de l'enfant.

[6] Je pense que le sevrage au sein devrait être la norme pour au moins deux raisons: la première est que c'est une méthode naturelle et qu'il n'y a pas de problèmes de stérilisation, la seconde est que je pense que la succion de sein pendant un temps suffisant (variable selon les cas) peut contribué à désamorcer, ou du moins à réduire l'intensité de quelques fantasmes sexuels.

Selon Reed les femmes de la préhistoire ont pratiqué le sevrage pendant un temps assez long qui  pouvait durer jusqu'à neuf ans "Féminisme et anthropologie", Edition: Denoel/Gonthier, chapitre 6 La commune matriarcale

[7] Bien que Freud ne le dise pas en ces termes dans « Trois essais sur la théorie sexuelle » $88/89,  la rétention de la masse fécale (ou urinaire) peut aussi, outre l’excitation proprement sexuelle, avoir pour but de repasser plus promptement entre les mains d’adultes peu après avoir subi le change normal, en ayant eu soin de n’y pas avoir  tout laissé. Instinct pur ? Mi  instinctif, mi calculateur ? Qui peut savoir ? 

[8] Certaines situations particulières peuvent amener les mères ou des professionnelles à faire la toilette des organes sexuels à de grands enfants (enfants handicapés, enfants accidentés de la route ayant les bras immobilisés).Je crois qu'il faut traiter ces parties comme le reste du corps, ne pas s'amuser avec la raideur du sexe, ni y faire allusion (même sans qu'il y ait d'intentions incestueuses ou pédophiles) par contre si l'enfant pose une question précise il faut lui donner une réponse précise, véridique et adaptée à son âge.

[9] "le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud" Laplanche Edition "les empêcheurs de penser en rond" Année de parution: 1993 in GW V P 83

[10] Idem

[11] "développement de la psychanalyse" "nature et fonction  du fantasme"- Isaacs - PUF 1966

[12] "la vie psychologique de la vie sexuelle"  édition PUF P 80 cité dans le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud" Laplanche Edition "les empêcheurs de penser en rond" Année de parution: 1993

[13] Six études de psychologie de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964

[14] Je peux inférer de ceci que le bébé (et l'humain en général) est naturellement hédoniste et que le sens du sacrifice est acquis par une éducation platonisante s’efforçant d'atteindre ou de réaliser une idée.

Je crois que la philosophie la plus propice à l'hédonisme est sans conteste l'épicurienne (entre les deux extrêmes je place la stoïcienne). Ce classement est intéressant dans la perspective d'une politique éducative pacifiste.

En effet celui qui met au-dessus de tout la valeur de plaisir (sensuelle comme intellectuelle) rechignerait beaucoup plus à partir à la guerre (ou simplement à en subir les conséquences). C'est pour cela qu'on peut placer tous les idéologues (quelles que soient leurs doctrines) dans la catégorie des platoniciens (même si l'idée à laquelle ils adhèrent est nuisible).

Le stoïcisme, bien qu'entre les extrêmes, est plutôt vers le platonisme en ce sens qu'il prêche le contentement de ce que l'on a, or la limite entre le contentement de ce que l'on a et la résignation  de ce que l'on subit (esclavage d'Epictète, conscrit etc.) est très ténue.

[15] Selon une tradition juive le bébé qui est dans le sein maternel connaît toute la torah (loi) et avant qu'il ne naisse un ange la lui fait oublier.

Une tradition particulière peut et doit s'universaliser, comme je le fais dans le corps du texte.

[16] Si dans sa globalité le corps humain est mieux adapté à l'expression des pensées divines sous toutes leurs formes, nous savons que pris un par un les organes de notre corps n'ont pas été poussés au maximum de ce qu'on trouve chez les animaux. Notre odorat est beaucoup moins développé que celui du chien; et il va de soi que cette différence transforme considérablement l'objectivité du monde tel qu'il nous apparaît.

Mais prise en elle-même cette différence n'est porteuse d'aucune vérité car nous ne savons ni comment Dieu a voulu faire le monde, ni comment il le ressent.

[17] Sur le plan gustatif, on peut par exemple mettre en place sur le binôme plaisir/souffrance : sucré/amer; sur celui de l'acoustique harmonie/dysharmonie (bien qu'ici ce soit plus subjectif) etc.   

[18] J‘oppose l'affection consciente (mais non raisonnée) à l'affection inconsciente naturelle du bébé qui sourit à sa mère sans avoir conscience de sa vertu morale ou de son indignité.

L'affection inconsciente est donnée à tous les bébés, elle est la base indispensable à un amour moral qui se construit par la fréquentation du monde et par l'éducation au sein d’une famille non seulement aimante mais aussi psychologiquement équilibrée, sachant doser récompenses et punitions.

 

[19] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964

[20]  «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964 

[21] Par la raison, tout et son contraire peut être plaidable. Elle donne une appétence de cohésion au monde parce que son champs d’action s’étend à tous les domaines de monde. Avec elle le monde est chaotique parce que ses arguments sont souvent aussi faibles que ceux de la sophistique (il n’est qu’à voir les reconstitutions des procès dans les dramatiques).

Cependant sans la raison argumentative, le monde serait encore plus incohérent ; il  ne faut donc pas moins de raison mais plus de raison, tout en essayant de l’accompagner  par l'éducation  du sens intuitif sous-jacent en chaque humain..

[22] Si par exemple un garçon veut rejoindre une fille et qu’il en est empêché par un obstacle, sa raison lui proposera spontanément les moyens de franchir l'obstacle mais elle ne remettra pas en cause la légitimité du désir de voir la fille. 

[23] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964 

Peut-être est-ce cette douloureuse mais inévitable mutation de la conscience (sauf pour ceux qu’on qualifie « d’innocents ») que la « Genèse » illustre par l'expulsion du paradis.

[24] Lévinas écrit : « Dès lors l'interpersonnel n'est pas la relation en soi  indifférente et réciproque de deux termes interchangeables. Autrui, en tant qu'autrui, n'est pas seulement un alter ego. Il est ce que moi je ne  suis pas : il est le faible alors que moi je suis le fort ; il est le pauvre, il est  « la veuve et l'orphelin ». De l'existence à l'existant, Paris, Vrin, 1986, pp. 161-163.

[25] La raison n’a en définitive pour fonction que celle de moduler l'altruisme ou l'égoïsme par des artifices rationnels dans le but soit de s’exciter dans l'une ou l'autre de ces dispositions, soit de se justifier devant un public ; mais la raison n’a presque jamais de rôle décisionnel au sens où elle déciderait souverainement, libre de tout sentimentalisme ou pression.

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