2) Considérations psychologiques

Publié le par michel baran

Continuons à suivre le cheminement et les métamorphoses de l'amour psychologique. A 7 ans apparaissent de nouvelles formes d’organisation qui achèvent ce qui était esquissé. Il est intéressant de noter que pour les petits, la justice se confond avec la soumission et qu’ils sont enclins à la sévérité et à ne  pas admettre de circonstances atténuantes[1] . Ce  me semble important parce que dans la plupart des familles l'enfant est aimé ; la soumission (s’il y  lieu de donner ce nom) est une soumission d’amour. L'enfant qui n’est plus tout à fait un bébé est encore largement materné et a pleinement conscience (même si cette conscience n’est encore qu’intuitive). L'enfant ne sait pas encore faire la différence entre le bien et le mal, mais il sait ce à quoi la mère consent ou ce qu’elle interdit ; ce savoir a une valeur absolue et n’a aucune ambiguïté. Aussi lorsqu’une désobéissance est punie, et que cette punition est explicitement rattachée à sa cause, l'enfant la trouve justifiée. Je crois pouvoir faire l’hypothèse suivant laquelle lorsqu’à cet âge l'enfant est trop souvent (ou trop régulièrement) puni, il confond affection et punition[2] , ce qui fait que se développent en lui des tendances masochistes qui se manifesteront pleinement lors des activités sexuelles.

On ne peut pas dire que lorsque les enfants se mettent à plusieurs sur un travail scolaire qu’ils collaborent vraiment : ils se parlent mais ne s’écoutent pas.  Après 7 ans l'enfant peut coopérer parce qu’il ne confond plus son point de vue avec celui des autres ;  les justifications et raisonnements apparaissent. Le langage égocentrique disparaît presque complètement [3]. Je crois que cette constatation psychologique donne un nouveau lustre aux courants philosophiques connus sous les noms de rousseauïsme et d’anarchisme qui ont le point commun de mettre l'individu au-dessus de la société[4]  ;  en effet cette attitude égocentrique enfantine peut être perçue comme développée de manière rationnelle mais inconsciente par Rousseau et Bakounine. On objectera peut-être que l'enfant reste soumis à la justice de la mère (nous l'avons vu plus haut). On peut cependant comparer cette soumission enfantine à la révérence dont faisait preuve Bakounine envers les lois scientifiques.

L’anarchisme, bien que violemment caricaturé par les bien-pensants (il faut dire que la pratique anarchiste se donnait des verges pour se faire battre), ressemble à ces enfants qui se parlent mais ne s’écoutent pas, avec le concept de fédération d’autonomies, qui sur le papier peut apparaître comme séduisant mais dans la réalité l'un des concepts prendra nécessairement le pas sur l'autre, et il me semble que l'instinct grégaire est plus puissant que celui qui consiste à s’ouvrir aux autres. L'enfance d’avant 7 ans semble être une illustration spontanée et naïve de ce phénomène universel.

Après 7 ans, les enfants peuvent respecter les règles et jurisprudence d’un jeu, ils connaissent la signification du terme « gagner ». A partir de 7 ou 8 ans l'enfant devient capable de réflexion (avant l'action était simultanée au désir). C’est le début de la construction de la logique . La morale de coopération se substitue à une morale intuitive et d’hétéronomie[5] . De la morale fusionnelle, l'humanité passe à la prise de conscience individuelle de soi ; tout comme l'enfant se détache progressivement des jupes de sa mère, l'on constate un détachement progressif (dans certaines régions du monde seulement) des personnes d’avec leur patrie et cultures[6] .

Le point positif de cette évolution est naturellement la possibilité de coopérer et d’anticiper qu’ont les enfants ;[7] ce qui exige le développement de la faculté d’abstraction. Celle-ci a naturellement de nombreux points positifs mais je crois que cette faculté contribue à tuer les sentiments (bons ou mauvais) qui sont en l'homme. En effet le fait de dépouiller l'homme de ses spécificités (souvent au profit d’une seule) presque toujours imaginaire : le juif riche, l'arabe fainéant etc. - favorise la haine envers une catégorie raciale, sociale ou sexuelle.

La capacité de réflexion n’est pas faite d’une seule pièce, elle arrive dans l'âme enfantine par « morceaux » ainsi  que le montrent certaines expériences psychologiques. Si l'on découpe une matière : avant 7 ans l'enfant croit à une différence quantitative et qualitative, mais la permanence des longueurs et surfaces est assimilée (parce qu’on a rien ajouté ni ôté).  Vers  7/8 ans il n’admet que la permanence de la  matière, vers 9 ans  la permanence du volume est acquise, vers 11/12 celle du volume [8].  Je crois qu’une conclusion s’impose de ces trois expériences : la psychologie humaine est ainsi faite qu’elle s’arrête spontanément aux apparences ; il va de soi que la plupart des personnes intègrent naturellement ces trois étapes de formation de la rationalité, cependant je crois que certaines personnes n’arrivent pas à intégrer une ou plusieurs de ces étapes ; ce qui donne plusieurs modalités de haine : haine de soi (autodénigrement) haine d’autrui, (xénophobie, racisme, sexisme). Les enfants n’ont ni le sens du temps commun, ni celui de la simultanéité,  ni celui de la succession[9] . Il me semble que les personnes qui souffrent de racisme et autres troubles susmentionnés présentent ces symptômes parce qu’aucun fait objectif ne vient conforter les délires ségrégationnistes. Or c’est précisément ce à quoi aboutit le fait de ne pas avoir le sentiment de partager le sens du temps commun, la simultanéité, la succession, parce que cela isole plus solidement qu’aucun mur l'homme qui souffre de ces sentiments.

Entre 7 et 12 ans le respect naît entre les enfants dans la mesure où ils s’accordent réciproquement la même valeur (et qu’ils ne valorisent plus seulement des actions). Le respect d’autrui peut aussi naître du respect  de soi dans la mesure où l‘on se sent supérieur sous certains aspects et reconnaît sous d’autres aspects chez autrui une supériorité[10] . Il y a donc une sorte d’objectivation de la valeur humaine en tant que telle, cependant c’est un faux progrès puisque d’une part les religions monothéistes insistent plus que nécessaire sur la nature pécheresse  de l'humain et d’autre part, quoi qu’on en dise, l'homme se juge toujours à l'aune de ses actions ; en effet la valeur humaine aux yeux d’un quidam n’est pas la même s’il s’agit de Barbie ou de Mère Thérésa (et c’est inévitable). Aussi faut-il trouver une garantie objective à la dignité[11] humaine. Ce problème du respect ne concerne pas seulement autrui mais aussi soi-même parce qu’on ne peut attribuer une dignité qui n’est pas objectivée socialement si on ne la ressent pas soi-même.

Le respect mutuel entraîne la contractualisation des règles qui deviennent vraies par accord général (par contre pour les moins de 7 ans, la vraie règle est toujours celle d’avant, même si la nouvelle règle est universellement adoptée [12]. L'humanité serait donc naturellement autoritaire et n’aurait le sens de la démocratie qu’en vieillissant (la démocratie serait une « seconde nature ») mais en plaquant cette loi enfantine sur la psychologie humaine on n’explique rien et on simplifie à outrance.

Si l'enfant est spontanément partisan de l'autorité, cela peut relever de trois explications (dont les deux dernières sont contradictoires). La première  est que l'enfant aime les détenteurs de l'autorité (parents, institutrices etc.) la seconde est que le monde lui paraît simple et que l'ordre reçu semble évident (il n’y a pas d’autres solutions), la troisième est que le monde est trop complexe pour décider quoi que ce soit et que c’est aux « grands » de décider (d’où le refus de reconnaître la valeur contractuelle des règles).

A toutes ces raisons s’ajoutent évidemment le développement progressif de la faculté de raisonner,0 et avec elle l'amour de la discussion, confrontation d’idées, spéculation.

Cependant cette loi, bien que globalement vraie, ne l'est pas universellement car si cela était le cas, plus les personnes vieilliraient plus elles seraient attachées à la discussion, au consensus, toutes ces valeurs qui politiquement se retrouvent sous le concept de démocratie. Or on doit bien constater que la plupart des personnes qui au vingtième siècle sont arrivées au pouvoir par des coups d’Etats, les ont fait en pleine maturité ; aussi peut-on faire l'hypothèse que tous les dictateurs ont gardé une ou plusieurs séquelles de leur psychologie enfantine (ego surdimensionné,  difficulté à s’exprimer autrement que dans le cadre primaire des ordres donnés, incapacité de nuancer un point de vue ou une situation).

On ne peut pas simplement faire un décalque sur l'humanité de la psychologie enfantine. Trop d’exceptions contreviennent au processus décrit : ainsi l'Egypte, la plus ancienne nation constituée n’a-t-elle atteint une forme de démocratie que durant la seconde moitié du vingtième siècle tandis qu’une partie de la Grèce, sous l'influence d’Athènes l'a connu dés le cinquième siècle avant le Christ. D’autre nations se sont constituées autour de l'idée même de démocratie (Suisse, Etats-Unis), d’autres après s’être constituées d’emblée en démocratie ont fait une régression autoritaire (Yougoslavie, Tchécoslovaquie). 

Le respect mutuel conduit à une autonomie de la morale ; mais il                          engendre aussi l'idée et le sentiment de justice (y compris distributive) alors que pour les petits la justice se confond avec la soumission[13] .  Dans la mesure où l'être se juge comme bien, comme étant un être moral, faisant des choses dignes d’être exaltées, il est logique qu’il veuille se considérer comme exécuteur (et même) source [14] de justice parce qu’il projette toute action nuisible contre lui (ou contre un tiers) comme une négation, une diminution de la valeur humaine (alors qu’il faudrait la considérer comme un accident de la vie, comme un mauvais réglage psychologique).

Si pour les petits la justice se confond avec la soumission, c’est qu’ils ressentent avec plus d’acuité la puissance physique et morale dont ils sont l'objet (en général pour leur bien-être) et que cette justice revêt plus souvent l'aspect distributif et celui d’actions faites avec justesse. Cette confusion est originaire et très profondément ancrée dans une religiosité concrète qui passe par le lien enfant/mère que les religions ont calqué sur le couple Dieu/homme (lien éminemment sexuel et jouissif comme je l'ai prouvé plus haut) et plus particulièrement les monothéismes. Ce lien n’aurait jamais dû être rompu (afin que l'autorité soit toujours considérée comme pourvoyeuse de jouissances, donc qu’elle soit   perçue comme bénéfique) mais il était inévitable qu’il le fut par les conflits d’intérêts, aussi peut-on penser que l'enfant est le témoin nostalgique de cette unité perdue.

Il semble à première vue que l'amour ne soit qu’intuitif mais ce n’est exact que dans la petite enfance, avec l'organisation des sentiments et avec l'apparition de la volonté il devient réflexif[15] . L'homme peut-il vraiment organiser rationnellement la totalité de ses sentiments (aimer, ne plus aimer, détester, ne plus détester etc.) Je crois que la réponse est plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord.

Je pars du principe (que j’ai démontré plus haut) que l'homme est naturellement fait pour aimer (et que tous sentiments de haine est une hérésie, déviation etc.) Si l'on admet cet axiome on peut admettre qu’il est plus facile d’aimer spontanément un inconnu que de le haïr spontanément (spontanément signifiant sans raisons). Si aimer (au sens de sympathiser[16] ) un inconnu est plus normal, on peut tirer la conclusion qu’avec un peu de volonté on peut s’obliger à sympathiser et même à aimer d’amour un parfait inconnu puisque nous sommes déjà sur la pente de l'empathie à priori. Dés lors je ne considère pas que les mariages arrangés soient un scandale absolu (sous réserve qu’on ne marie pas des gens trop dissemblables psychologiquement).

La volonté d’haïr existe aussi, cependant le processus est différent. Haïr une personne parce qu’elle  vient d‘un conditionnement social préalable (que ce soit le racisme nazi, la haine de classe d’un marxisme mal compris, ou la haine ancestrale de deux familles comme dans « « Juliette et Roméo » de Shakespeare). De toute façon cette haine n’a pas de racines profondes malgré les apparences, parce qu’elle n’est qu’émotive et non rationnelle[17] (l'exemple de la haine entre blancs et noirs en Afrique du Sud durant la ségrégation raciale en est un exemple frappant puisqu’elle disparaît avec le régime).

Le devoir de tout honnête homme est de combattre toutes formes de haine. Mais pas de n’importe façon ; il faut mettre le phobique  en présence d’un représentant sympathique du groupe racial ou social haï pour qu’ils puissent discuter et qu’ainsi soient brisés les préjugés. Si l’on craint des réactions violentes on commencera par les objets culturels[18] . Mais il va de soi que l'instrument le plus puissant contre le racisme est l'acte sexuel (pas le viol, l'acte normal) parce que lorsqu’on  touche le corps aux endroits les plus sacrés qui sont bien souvent les plus érogènes et lorsqu’on prend du plaisir avec un corps[19] « radicalement impur » tôt ou tard la haine raciste part[20] .

Il y a enfin le cas de figure où la haine succède à l'amour ; en général cela se produit après une grave déception d’un  protagoniste par rapport à l'autre (ou des deux simultanément).

La haine est alors nourrie de souvenirs de moments regrettés et souvent idéalisés ; elle est une pente naturelle qui a une apparence trompeuse ; l'on croit haïr alors qu’inconsciemment on aime encore, et qu’il faudrait bien peu pour que tout recommence comme avant[21] (juste une demande de pardon)


[1]  «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations - Année d'édition: 1964 

[2] Si l'hypothèse est bonne, cela expliquerait pourquoi la plupart des enfants martyres ne dénoncent pas leurs parents bourreaux et pourquoi nombre de parents bourreaux sont d’anciens enfants martyres. Il est en effet possible qu’inconsciemment ces parents continuent à identifier ces mauvais traitements à des marques d’attention et même d’amour.

[3]  «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964 

[4] Je fais allusion à Rousseau décrivant les origines de l'humanité - l'homme seul et content de l'être du « discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes » - et non au Rousseau théoricien de la volonté générale du « contrat social » .

[5]  «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964 

[6] C’est surtout vrai pour l'Europe, les Etats-Unis (qui n’ont presque pas de culture autonome dans la mesure où cette nation n’a pas beaucoup plus de deux siècles d’existence).

D’un point de vue sociologique, la classe aisée se détache plus volontiers de la mère-patrie par conformisme moral et par esprit capitaliste.

Quand aux humbles, ils sont matraqués culturellement par des divertissements américains qui prônent le « chacun pour soi », la mobilité régionale, etc... Politiquement la loi électorale marginalise les mouvements qui prônent un nationalisme respectable (non racistes : MDC RPF MPF) ce qui leur interdit un accès normal aux moyens radiotélévisés pour diffuser leurs visions alternatives de la société.

Il serait pourtant bon de favoriser un certain relativisme culturel dans les « zones d’éducation prioritaires » afin de combattre les intégrismes (il faut néanmoins se garder de dévaloriser sa propre culture ou de survaloriser celles des autres parce que nous atteindrions l’effet inverse).

[7] Donc les nations à plus grande échelle.

[8] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964 

[9] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964 Idem

[10]  Idem

[11] Cette dignité ne peut être fondée sur la loi (ni par conséquent sur les traités internationaux) parce qu’elle vient des hommes et que leur subjectivité change en fonction  des systèmes sociaux (dictature du prolétariat), racistes (nazisme, polpotisme), sexistes religieux (islamiste), démocratiques (avortement, eugénisme doux par sélection des embryons).

Elle ne peut non plus dépendre de droits politiques parce qu’ils sont contractuels et géographiquement limités (à la nation, à l'union des nations etc).

Elle ne peut être liée à une faculté  (raison, autonomie de  décision et d’action) parce que cela exclurait les trisomiques 21, les personnes qui ont des attaques cérébrales.

Je base la dignité de l'homme sur l'affirmation qu’il est fils de Dieu (ce qui est traduisible dans les philosophies orientales par les termes de réceptacle du divin).

Cette solution a naturellement la faiblesse de ne s’adresser qu’aux croyants.

Cependant elle a deux avantages : le premier est que cette notion remonte presque à des temps immémoriaux, le second est que cette idée est largement consensuelle puisqu’elle est traduisible dans les religions orientales et panthéistes. On connaît la phrase de Staline selon laquelle l'homme est le matériel le plus précieux. On l'a prise pour une preuve d’humanisme en se focalisant sur le terme « précieux ». Peut-être que dans l'esprit de Staline c’était réellement une phrase humaniste, cependant qu’on y songe, Staline pouvait-il vraiment se respecter, et donc respecter autrui en définissant l'homme comme du matériel (dont la particularité est d’être jetable). La même question se pose à l'égard d’Hitler : comment se voyait-il lui-même, lui qui adhérait au prototype de l'aryen grand blond et fort ; lui qui était petit, brun et faible (malgré sa  bravoure militaire) ? N’y a-t-il pas à l'évidence une haine de soi qui s’est projetée sur certaines catégories de l'humanité?

[12] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964 

[13] Idem

[14]Cette prétention à être la source de justice (au sens de ce qui est bien ou mal) n’est pas admissible parce qu’il faut un  référent extra-temporel pour veiller à ce qu’il n’y ait pas une baisse morale générale (avortement, adultère etc).

Il ne faut pas non plus mettre la barre trop haut en appelant tous les hommes à la sainteté (en leur rabâchant qu’ils sont pécheurs) parce que tous n’ont pas la vocation, et ce rabâchage provoquerait une dévalorisation de la simple morale pratique et une désertion des religions.

[15] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964 

[16] Pour que la sympathie puis l’amour naissent, il est indispensable d’avoir une saine curiosité d’autrui. Cette curiosité doit être dénuée de tout sentiment de supériorité comme d’infériorité ; elle doit s’adresser à la vision qu’autrui a du monde, des traditions qu’il pratique et de leurs significations.

[17] Du reste, il ne peut y avoir de haine (ni d’amour) rationnel ; il peut simplement y avoir des raisons plus ou moins fortes, plus ou moins cohérentes entre elles ; mais ce n’est pas cela la rationalité.

La rationalité est un raisonnement extrêmement bien structuré dont toutes les parties (à condition qu’elle ne soient pas tautologiques) concourent à la démonstration d’une thèse que l’on tient pour vraie.

[18]Livres, musique, film, peinture etc.  

[19] Le corps, en tant qu’il est dans l’immédiateté de l’être est éminemment ambigu : il peut être attractif comme repoussant, il peut donner l’image exacte de l’âme ou la trahir.

C’est pourquoi toucher le corps, faire l’amour (et prendre du plaisir) avec un(e) représentant(e) d’un groupe honni peut être un excellent élément thérapeutique.

[20] Ce n’est pas pour rien si tous les régimes ouvertement racistes ont non seulement prohibé les mariages mixtes, mais sont allés jusqu'à interdire les relations sexuelles hors mariage (loi de Nuremberg sur la pureté de la race). Ce n’était plus le racisme du planteur géorgien qui avait une ou deux maîtresses parmi ses esclaves et qui sans s'en rendre compte pouvait être habilement mené par le nez. Ce racisme-là  haineux et militant devait être entretenu par l'absence de plaisirs communs aux « races » (et à fortiori le plus agréable).

Il n’est pas sans signification par exemple qu’Oscar Schindler ait été importuné pour de simples soupçons de relations sexuelles avec des juives (même si ces anecdotes inventées je les trouve très révélatrices).

Comment aurait évolué Amon Goethe si ses pulsions sexuelles pour Anna (dans la cave de sa maison) avaient été les plus fortes ? Aurait-il été volontairement plus négligeant dans son mortel travail ? 

[21] On dit communément que le passé ne peut revivre : je n’en suis pas convaincu, d’une part le passé n’est jamais vraiment mort, il a une épaisseur insoupçonnable parce qu’il influe sur la vie des gens pour des dizaines d’années, soit par la mélancolie, ou par le regret, remords, colère etc.

D’autre part, nous avons trois instruments alchimiques pour transformer une défaite personnelle en victoire glorieuse : la mémoire, le pardon et la réconciliation ; celle-ci parachève le pardon car ce dernier peut être donné sans qu’il y ait reprise de commerce intellectuel ou sentimental.

On connaît la parabole évangélique du pharisien et du pécheur, elle est très belle mais une tradition juive encore plus belle dit que le  repentant monte de plusieurs degrés vers Dieu par rapport à la place où il était préalablement avant la faute.

Je pense qu’il peut (et devrait) en être ainsi des relations humaines ! - surtout amoureuses ou amicales entre personnes de sexes différents parce qu’elles sont les plus riches- parce que s’il y a souffrance de part et d’autre, il y a aussi plus de tolérance envers les défauts de l'autre.

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Publié dans MES OEUVRES: L

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