2) Considérations psychologiques

Publié le par michel baran

On peut tirer de ces variations sur l'amour et la  haine que la racine du sentiment d’amour est bien intuitive (au sens de non raisonnée), mais qu’on peut le faire naître lorsqu’il n’est pas immédiatement présent (rencontre avec un étranger, mariage arrangés) alors que par contre la haine n’a jamais de racines psychologique profondes. On peut même dire que la haine est un néant qu’on peut et doit faire disparaître en  l'éclairant, et qu’on peut souvent la convertir en amour pour peu qu’on s’en donne les moyens.

Encore faut-il avoir la volonté de procéder à cette conversion de la haine à l’amour, on a généralement une idée fausse de la volonté ; « avoir de la volonté » est généralement compris (ressenti) comme avoir un comportement à la limite de l’héroïsme. Or cette « pieuse image » n’est pas conforme à la définition de la psychologie.

La volonté n’est pas l'énergie déployée pour atteindre un but, elle est le réglage de cette énergie ainsi que l'arbitrage entre deux buts concurrents ou opposés. La volonté est un régulateur réversible, elle rétablit par un raisonnement l'importance  hiérarchique[1] . La première constatation qui semble s’imposer est que la volonté est une vertu de l’intelligence (on peut dire en toute logique que l’imbécile[2] n’a pas de volonté) et qu’il faut une grande précision pour la manier.

Dans l’absolu, choisir c’est vouloir. Il y a cependant une volonté instinctuelle (le bébé veut manger, boire, avoir l’affection de ses parents ; l’homme veut d’instinct l’amour de sa femme, de ses parents, amis, il veut son bien-être sans avoir besoin de délibérer). On peut aussi vouloir d’une manière relative, choisir un moindre mal (déplaisir).

C’est pour ces raisons que la définition proposée par Piaget me parait incomplète si on exclut l’énergie ; il me semble  que sans cette dernière notion la « volonté » n’est rien d’autre que le jugement (faculté de soupeser le pour et le contre).

J’ai noté plus haut que l’adolescence est un moment propre aux civilisations occidentales et à celles qui ont atteint un degré de complexité égale. Plusieurs phénomènes psychologiques ont lieu durant ce bref laps de temps.

Tout d’abord la maturation de l’instinct sexuel intervient pendant l’adolescence, ce qui provoque des déséquilibres momentanés et donne à cette période une coloration très affective[3] . L’enfant sort totalement de sa relation oedipienne en  étant consciemment chaste (et en l’étant inconsciemment beaucoup moins) envers le parent de l’autre sexe pour prendre conscience des pulsions autonomes de sa volonté qui animent son bas-ventre.

L’occident judéo-chrétien (dans ses composantes religieuses ou parareligieuses[4] ainsi que l’orient musulman ne connaissent que la répression de l’élan vital. Dans sa frange modérée l’occident organise des « cours d’éducation sexuelle » très théoriques et met dans les lycées des distributeurs de préservatifs. La frange libertaire[5] des années 68 (amour libre, en groupe etc.) a disparu aidé en cela par l’apparition du sida et d’une morale en demi teinte[6] .

 

L’adolescent est donc attiré physiquement et sentimentalement par des personnes de son âge, ce qui a pour effet d’accroître les sentiments d’égalité et de respectabilité qui sont apparus entre 7 et 12 ans.

Les premières relations sexuelles (qu’elles soient ou non accompagnées de sentiments) ont lieu dans la plupart des cas à l’insu des parents ou éducateurs. S'il y a un sentiment partagé cette  relation peut être réussie sinon elle peut être traumatisante et aller jusqu’à avoir un effet inhibiteur. 

Parallèlement les conquêtes propres à l’adolescence assurent à la pensée et à l’affectivité un équilibre supérieur à ce qu’il était avant. Les pouvoirs de ces deux attributs sont décuplés et affermis [7]. Dans nos sociétés rien n’est fait pour coordonner ces termes plus ou moins antinomiques que sont la pensée et l’affectivité; on les laisse croître anarchiquement en espérant que la bonne éducation parentale et le bon caractère de l’adolescent suffiront à faire les ajustements adéquats (il est évident que l’affectivité doit être soumise à la raison[8] ).

Contrairement à l’enfant, l’adolescent construit des systèmes et des théories (chez l’enfant ils sont inconscients ou pré-conscient, n’étant repérables que par l’observateur). L’adolescent a une grande facilité à anticiper des problèmes (mêmes chimériques) et à théoriser. Le tournant s’effectue vers 11 -12 ans d’une manière assez continue : il passe de la pensée concrète de la seconde enfance à la pensée hypothetico-déductive.[9] .  Cette aptitude à anticiper des états ou des relations inexistantes, ou à peine ébauchées, est certainement incitatrice aux rêveries sentimentales (et autres ambitions professionnelles [10]) parce que toute rêverie repose sur un système qui se compose à part égales (ou inégales) de la réalité et de l’irréalité.

L’éloignement du réel se fait par la substitution des objets concrets, par les idées de ces idées (l'idée de l'idée du wc est une silhouette, celle-ci n’a rien à voir avec les wc ni avec le soulagement qu’il peut apporter). Les conditions d’une pensée formelle sont : pouvoir penser sur des objets fictifs, pouvoir les remplacer par des propositions : « ...la pensée formelle est la représentation d’une représentation d’actions  possible ». C’est une logique des propositions par opposition à celles des classes et des relations[11] . Ces dispositions psychologiques conviennent parfaitement dans un monde où la réalité devient de plus en plus virtuelle[12] . C’est aussi la substitution de techniques érotiques à l’amour vrai et sain (photos d’actrices collées au mur, vidéos pornographiques, auto masturbation, visites aux prostituées) ; ces eux dernières pratiques étant les moins artificielles (dans le double sens où il n’y a besoin d’aucun instrument, et que cette pratique est, du moins je le suppose, aussi vieille que l’humanité) sont également les moins perverses sur le seul critère de la relation à la réalité au monde (si l’on perd cette notion de la relation à la réalité au monde, on sacrifie ce qui fait la raison même de ce pourquoi le monde existe : les relation inter humaines[13] ).

Aussi peut-on penser que si il y a un certain rapport entre la pensée formalisée qui substitue des symboles aux mots et aux actes (silhouette humaine pour signifier les toilettes), il y a tout naturellement des positions, actions et des relations à caractère sexuel (mariages, concubinages etc.) qui dévoilent une psychologie et font remarquer les tendances et troubles qu’elles indiquent en les dissimulant (comme la silhouette humaine sur la porte).

Il y a un égocentrisme intellectuel qui consiste à croire à la toute-puissance de la réflexion, à sa capacité de soumettre le monde réel aux théories. L’équilibre est atteint lorsque l’adolescent a compris que la fonction de la réflexion n’est pas de contredire la réalité, mais de l’anticiper et de l’interpréter. Parallèlement s’affirme la personnalité de l’adolescent ainsi que son insertion dans le monde adulte. [14]. La fonction intellectuelle est la seule chose qui distingue radicalement l’homme de l‘animal[15]  ; sa fonction est effectivement de faire que le monde soit soumis à la toute-puissance de la réflexion collective (syndicats, partis politiques) ou individuelle (Marx, Gandhi) car l’homme, mandataire (pour reprendre une expression coranique) et image de Dieu n’a pas à se soumettre à la réalité du monde (sauf de façon provisoire pour éviter une catastrophe) mais doit user de la raison en tout lieu (dans le cadre strict du décalogue ce qui interdit l’avortement, l’euthanasie et les diverses expériences génétiques qui viseraient à produire des clones humains à des fins thérapeutiques) pour se libérer des contraintes imposées par la matérialité afin de se donner plus pleinement aux autres et à Dieu. Dans ce cadre là je ne vois vraiment pas où, et si il y a égocentrisme.

Marx a répondu par avance à Piaget (« l’idéologie allemande ») en écrivant en substance que le philosophe avait suffisamment interprété le monde et qu’il lui fallait le changer.

Naturellement Piaget ne parle que de l’adolescent mais il me semble qu’il favorise trop l’insertion sociale au détriment d’une saine (et sainte) révolte qui se concrétiserait dans un projet social alternatif (ou une oeuvre artistique). En définitive Piaget donne l’impression de compter sur l’âge pour brider les visionnaires les plus timorés et perpétuer l’actuelle société.

Il convient de distinguer le  moi de la personnalité : le moi est le centre de l’action propre et se caractérise par un égocentrisme inconscient et conscient. La personnalité est le résultat de l’auto soumission plus ou moins grande du moi à la discipline[16] . La psychologie dit ce qu’en d’autres termes j’ai écrit dans la première partie au sujet de la différence entre l’âme et la personnalité ; j’émettrai pourtant une petite réserve. Si j’ai correctement compris Piaget, premièrement il réduit le moi à une sorte de volonté toujours en ébullition (un peu comme la lave volcanique) qui attendrait d’être mis en forme par la volonté. Deuxièmement il apparaît que inconscient et conscient ne font pas partie de la personnalité proprement dite.

Cette position serait juste si elle concernait les bébés jusqu’à ¾ ans, âge où la volonté s’exprime sans raisonnement aucun, par simple instinct ou envie ; mais par la suite (et à fortiori à l’adolescence) toute option est logiquement justifiable. Le  conscient bien qu’existant avant la personnalité s’est tout à fait intégré en elle, et il lui est réductible (excepté dans les cas d’autisme où la véritable personnalité est prisonnière de peurs phobiques).

Tel n’est pas le cas de l’inconscient ; dans la première phase je crois qu’il englobe le conscient, je pense même qu’il influe d’une façon ou d’une autre sur  les instincts, peut-être est-il même à l’origine de ces instincts (manger boire,  dormir, jouir sexuellement). Au fur et à mesure que le bébé prend conscience de la réalité objective (que la fusion mère/bébé s’estompe) l’inconscient perd du terrain, et cette perte de terrain s’accélère à mesure que l’enfant est sous l’emprise de la raison (discursive et non analogique comme chez les peuples primitifs ou les alchimistes). Pourtant le pouvoir, bénéfique comme maléfique, qu’il lui reste est considérable ; bien que ne faisant pas partie de la personnalité[17] , il y participe et l’oriente dans des proportions plus ou moins grandes selon les personnes.

La formation de la personnalité débute entre huit et douze ans. Il y a une personnalité lorsque s’élabore un « plan de vie » qui est source de discipline pour la volonté et  instrument de coopération. Tout en se voulant l’égal des adultes, l’adolescent se sent différent et veut les dépasser et étonner en transformant le monde, d’où altruisme, égocentrisme et mégalomanie. Il tend à s’attribuer un rôle messianique. L’adolescent s’insère donc dans la société par des projets de réformes ; aussi ne peut-on pas caractériser principalement l’adolescence par la découverte de l’amour (bien qu’il soit socialement sublimé). De plus le « plan de vie » des filles est plus interpersonnel. Elles ont moins de sentiments généraux. [18]  Je ne crois pas qu’on puisse avoir un « plan de vie » vers quinze ans (tout le monde n’est pas Kleist qui en a changé deux ou trois fois). A peine peut-on avoir des envies de pratiquer tel ou tel métier, d'être tel type d’épouse (concubine ou maîtresse[19] ).

Dans tous les aspects de la vie le petit garçon est éduqué selon le modèle du soldat[20]  ; il va de soi que le fait d’être soldat (à quelque niveau que ce soit)) favorise à la fois : discipline, coopération, égocentrisme et mégalomanie ; qui sont des qualités indispensables à la sociabilité (si elles ne sont pas poussées à leur paroxysme).

Durant un premier temps l’adolescent parait asocial. En réalité il médite sur la société, mais il n’a que mépris pour celle-ci, elle ne l’intéresse que s’il peut la réformer.

Les sociétés d’adolescents sont des sociétés de discussion en groupe ou à deux. Il y parfois des critiques mutuelles, des solutions proposées, mais l’accord se fait sur l’urgence  de la réforme [21]. Toute méditation sur la société (comme sur soi-même) est asociale dans la mesure où le méditatif tend à s’extraire de la complexité quotidienne afin de l’embrasser d’un regard globalisant (aucun méditatif n’a  été un réformateur[22] social : Bouddha, Jésus etc.) Ce faisant il abolit ou restructure les liens entre les différentes parties du monde entre elles, et entre le monde et lui. Il observe en priorité les défauts réels ou supposés de la société dans laquelle il vit parce jusque là, étant mineur, il n’en a pas été pleinement usager, mais aussi parce qu’il ne connaît pas les multiples passe-droits légaux (ou qui sans être vraiment légaux, ne tombent sous aucune sanction (ou si tout en tombant sous une sanction, celle-ci n’est pas assez dissuasive pour contrebalancer la violation de la règle).

L’asociabilité des adolescents n’est qu’apparente et ne concerne que le monde des adultes puisque pour les plus réfléchis d’entre eux, il y a débats d’idées et de projets. En fait les adolescents normaux (non délinquants) reproduisent ce qui a existé de tout temps, le copinage par tranche d’âge. Il est rare de voir, lorsque l’on se promène dans les jardins publics ou dans les rues, des couples ou des groupes d’amis dont la différence d’âge d’un des membres est supérieur de dix ans, ou plus, à l’autre (si cela arrive il y a neuf chances sur dix pour qu’ils aient un lien de parenté). La sélection sociale la plus rigoureuse et la moins douloureuse (contestée et contestable) se fait donc en fonction  de l’âge avant même de se faire en fonction des centres d’intérêts, du niveau culturel, de l’appartenance à une classe  sociale, une religion ou une préférence sexuelle (homosexualité, masochisme,  sadisme) parce que toutes ces caractéristiques plus ou moins discriminatoires sont évidemment moins voyantes au premier regard que l’âge réel ou supposé.



[1] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964.

[2] Par conséquent les jurés qui aux Etats-Unis condamnent à mort des criminels déficients mentaux, sont de bien plus grands criminels parce qu’ils sont doués de raison et ne savent, peuvent ou ne veulent pas faire preuve de compassion ou de générosité envers plus faibles qu’eux.

[3] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964.

[4] J’entends par « parareligieuses » toutes les sphères de la société, y compris les communistes et les athées, qui adhèrent à un titre ou à un autre aux interdictions physiques (homosexualité) ou morale (interdiction pour un professeur de tomber amoureux d’un(e élève : affaire Gabrielle Russié (début 1970).

[5] Il est possible (mais   je n’ai aucune donnée qui confirme ce que j’avance) que les « sex-shop » soient le dernier avatar perverti du courant libertaire.

Cette « institution » bien qu’utile a au moins deux perversions : la première est qu’elle n’est pas un lieu de rencontre de partenaires plus ou moins éphémères, de ce fait elle contient, cache et limite l’expression de la misère sexuelle des clients sans vraiment les soulager sauf de leur argent). La seconde perversion est le prix élevé des cassettes pornographiques, comme si le bien-être sexuel n’avait pas d’incidence sur la vie publique. Or il n’en est rien comme en témoigne l’augmentation de nombre des viols et atteintes à la pudeur.

Je crois qu’il serait bon de transformer les sex-shop en « maison du sexe » avec cassettes, prostituées, psychologues,  sexologues, conseillers conjugaux.     

[6] La teinte en partie « progressiste » consiste dans l’acceptation de tenues impudiques pour les femmes, de relations sexuelles brèves et nombreuses avant le mariage (ou à défaut le concubinage).

L’aspect réactionnaire de la morale prédominante en occident est l’attachement farouche et irraisonné au caractère monogamique de la relation amoureuse. Alors qu’aucune autre relation sociale (y compris celle ayant une connotation affective) n’a un caractère exclusif (nous avons plusieurs parents , maîtresses d’écoles, amis etc.) il nous est demandé de limiter notre amour sexuel et sentimental à un seul conjoint.

[7]  «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964.

[8] J’ai critiqué dans une note le fait qu’un rabbin mette la procréation avant la sexualité, mais du moins il y là le mérite d’une tentative de discipline, j’ai également essayé de redorer la notion de mariage arrangé, où là,  la  raison trouve pleinement sa justification en précédant et soumettant le sentiment.

[9] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964. 

[10] Cela peut donner des artistes (écrivains, philosophes, peintres, sculpteurs) des stratèges de génies (César, Napoléon) des hommes politiques visionnaires (Jean Monnet, De Gaulle) des amants suicidaires (Juliette et Roméo, Gabrielle  Russiié) des coureurs de femmes incorrigibles (Don Juan, Casanova), des martyres religieux (Jésus-Christ, Saint Paul).

Ce complexe commande tout le processus de créativité dans tous les domaines de l’existence. L’anecdote rapportée par Piaget corrobore mes propres déductions : selon une enquête d’un professeur de classe les enfants de 15 ans les plus timides et studieux font les rêves les plus fous, se voyant maréchaux ou présidents. «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964.) 

[11]  «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964. 

[12] Le temps et  la distance sont presque abolis par le téléphone et l’avion (certaines publicités pour retrouver une adresse par téléphone substituent aux noms propres leur numéro téléphonique). Les symboles indicatifs sont presque exclusivement utilisés pour indiquer un lieu ou une interdiction .

Tout ceci fait que la vie est de plus en plus rêvée comme virtuelle (avion, internet) plutôt que comme réelle (nombre de jours pour une lettre afin d’aller d’un point X à un point Y). Mais quel temps peut être pris comme référence ? Celui des diligences, des chemins de fer à vapeur, des avions ou d’internet ?)  .

[13] « A cette collectivité de camarades, nous opposons la collectivité du moi-toi qui la précède. Elle n'est pas une participation à un troisième terme - personne intermédiaire, vérité, dogme, oeuvre, profession, intérêt, habitation, repas - c'est-à-dire elle n'est pas une communion. Elle est le face à face redoutable d'une relation sans intermédiaire, sans médiation. Dès lors l'interpersonnel n'est pas la relation en soi indifférente et réciproque de deux termes interchangeables. Autrui, en  tant qu'autrui, n'est pas seulement un alter ego. Il est ce que moi je ne            suis pas : il est le faible alors que moi je suis le fort ; » De l'existenceà l'existant, Paris, Vrin, 1986, pp. 161-163.

[14] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964.

[15]   Je n’ignore pas les efforts de certains philosophes (par exemple Madame de Fontenay dans « le silence des bêtes ») pour faire admettre par le grand public que les animaux ont : une âme, une conscience, une raison (ces trois termes sont à peu près interchangeables chez les partisans de ces thèses).

Même si je souscris au but final qui est d’empêcher tous mauvais traitements aux animaux, je ne saurait admettre qu’on les hisse au niveau de l’homme car ce serait ce que Madame de Fontenay nomme « le propre de l’homme, faute d’une meilleure dénomination et que je nomme sans complexe aucun la supériorité  ontologique de l’homme (parce qu’il est à l’image de Dieu).

Que l’animal ait une âme, je l’admets, mais seulement au sens épicurien du terme. Je conviens aussi qu’il ait des sentiments primaires (amour, haine, joie, peur), mais je conteste que ces sentiments soient raisonnés, motivés. Je crois plutôt qu’ils sont produits par l’instinct (modifiables par le dressage) ; au cours des trois cent premières pages de son livre, Madame de Fontenay n’utilise qu’une seule fois le terme « instinct » et des centaines celui de « sentiment ».

Effacer la différence entre l’animal et l’homme me semble être une grave erreur du  point de vue subjectif, parce que ce serait lui enlever tout sentiment de        ++++++++lui= à qui? supériorité, et avec elle toute notion de responsabilité envers l’homme et accessoirement envers l’animal. Ce serait la victoire posthume de l’idéologie nazie qui ne voyait en l’humanité qu’une matière brute transformable sans tenir compte des personnalités reflétant la gloire de Dieu.

Je voudrais enfin attirer l’attention de ces philosophes sur le fait qu’aucun animal n’a créé de civilisation originale (à sa mesure bien entendu). Toutes les fourmilières ont les mêmes règles de fonctionnement parce qu’elle ne sont pas basées sur l’intelligence mais sur l’instinct. Même si on a observé des guenons en captivité ayant appris le langage des sourds-muets le transmettre à leur bébé, on' n'a jamais vu l’élaboration d’une civilisation simiesque sous la conduite d’individus maîtrisant ce langage.

La civilisation est un ensemble de choses qui peuvent être faites à partir de la nature, mais qui s’en distinguent du premier coup d’oeil (cabane, menhir, peinture rupestre).

[16] «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964.

[17] L’inconscient ne peut pas à strictement parler faire  partie de la personnalité parce que nous avons sur chaque trait de notre personnalité un certain pouvoir de modification (avec ou sans l’aide de personnes extérieures) mais sur l’inconscient nous n’avons aucun pouvoir (sauf à faire appel à des professionnels de la santé mentale).

[18]  «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964.

[19] Je fais une différence entre la concubine et la maîtresse : la première a refusé délibérément la légitimité que procure la reconnaissance que donne le mariage (qui donne une certaine protection à l’honnête femme, ou homme, en la protégeant de l’assiduité des autres hommes, ou femmes. Le  mariage est - devrait être - sacré. La maîtresse, (ou l’amant) aime quelqu’un qui est marié et voudrait qu’il divorce pour se marier avec il/elle, et en cela elle est immorale. Plus rarement elle (ou il) accepte de partager l’être aimé avec le conjoint légitime, encore plus rarement ² les trois protagonistes se connaissent, s’estiment et acceptent la situation (et parfois vivent ensemble) et par cette acceptation mutuelle, d’immorale la situation redevient morale, saine et équilibrée.

On voit donc que la morale dont je suis l’apôtre ne dépend pas du nombre de partenaires, mais de la qualité du lien qui les unit (autant je suis contre tout « donjuanisme » autant je suis pour la reconnaissance des mariages polygyniques et polyandriques, à condition que tous les conjoints soient sur un pied d’égalité).

C’est un parti pris religieux et idéologique de l’occident chrétien qui empêche l’adoption de ces mesures de salubrité sentimentale et sexuelle (qui éviterait bien des divorces dramatiques et des crimes passionnels).

Jamais la bible n’a interdit la polygamie, tous les patriarches l’étaient et ils ne sont nullement considérés comme d’affreux jouisseurs.Le Christ a interdit le divorce (ou du moins l’a fortement déconseillé) mais n’a jamais rien dit explicitement sur la polygamie. Mahomet l’accepte (sans l’encourager) aux mêmes conditions que j’ai retenues plus haut.

Peut-être m’objectera-t-on que cette sorte de famille est attentatoire à la dignité humaine (et plus précisément féminine) ? S'il y a un authentique sentiment d’amour et de respect envers tous, je ne vois pas en quoi le nombre de conjoints serait proportionnellement attentatoire à la dignité humaine (Léa et Rachel, femme d’Isaac) n’avaient pas l’air bafouées parce qu’elles étaient aimées du même homme ! Il me semble que le véritable attentat à la dignité humaine réside dans le divorce car cela équivaut à dire : « j’ai pris de toi tout ce qui m’intéressait, maintenant tu ne m’es plus utile, je divorce ».

[20] Résistance à la douleur (s'il se plaint ou pleure on le traite de fille, on met en doute sa virilité) ,  amour de la conquête en affaires comme dans le domaine amoureux (il est très rare qu’une inconnue adresse la parole à un homme pour le courtiser, l’inverse est fréquent) , apprentissage de l’esprit d’équipe (les femmes pratiquent peu les jeux d’équipe tel le football, le rugby ou le handball ; elles ne pratiquent le plus souvent que les sports individuels ou de couple tels que les courses, le patinage artistique ou la gymnastique).

[21]   «Six études de psychologie » de  Piaget Edition: Denoel Gonthier bibliothèque médiations Année d'édition: 1964.

[22] Je ne compte pas Moïse et Mahomet parmi les méditatifs parce que leur lien avec le monde spirituel est réputé être objectif et extérieur.  Ainsi Moïse a-t-il dialogué face à face avec Dieu, buisson ardent, décalogue etc. Mahomet a reçu le Coran de l’ange Gabriel qui était face à lui.

Avec Bouddha et Jésus au contraire l’expérience méditative est entièrement intériorisée, subjectivisée, ce qui doit demander  une dépense d’énergie mentale beaucoup plus  grande et donc laisser moins de « liberté » au mental pour la réflexion sociale.

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Publié dans MES OEUVRES: L

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