2 Analyse des typologies sexuelles

Publié le par michel baran

L’EXHIBITIONNISME : L’exhibitionniste qui opère sur la voie publique est, semble-t-il, toujours de sexe masculin. Je crois qu’il a plusieurs motivations qui ne sont pas forcément connectées les unes aux autres. La première, et la plus évidente est de choquer celle ou celui - s'il est homosexuel, à qui il dévoile brutalement sa nudité ; il s’attend (et donc la recherche) à une réaction rapide ; il est dans la situation de l’enfant qui défie l’autorité, ce peut être une nostalgie de certaines émotions, sentiments liés à l’enfance, à la transgression, à la punition ; c’est peut-être une forme douce de sadomasochisme (les deux termes étant unis dans l’exhibitionniste) en ce sens où il est sadique lorsqu’il inflige sa nudité, mais il est aussi masochiste parce qu’il craint et espère se faire interpeller pour subir son châtiment. Un autre aspect que peut avoir l’exhibitionniste est la haine : haine de soi, de l’autre, du corps en général ; il ne vise nullement l’âme ou les sentiments de celle ou celui d’en face, il vise la réaction instinctive de rejet, étant rejeté il se protège par la fuite, ce qui créée une carapace protectrice, c’est donc peut-être quelqu’un qui est tiraillé entre une timidité maladive et la volonté  d’aller vers autrui. Son salut serait de trouver quelqu’un qui lui dise en substance : « tu as voulu me choquer, tu ne l’as pas fait, maintenant tu sais que tu peux me parler, rien ne me choquera. » L’exhibitionniste n’est donc pas une pratique sexuelle.

 

 

LES MASTURBATIONS FEMININES : La femme, de par sa constitution intime, a plus de possibilités de tirer d’elle-même une jouissance sexuelle, et les états psychologiques que traduisent ces pratiques sont plus variées et peut-être plus nuancées.

La particularité physique de la masturbation féminine est qu’elle ne peut pas être discrète (un homme peut se masturber la main dans la poche ou frotter son sexe entre ses jambes l’ayant préalablement mis dans l’une des jambes de pantalon). La femme doit écarter les jambes, ce qui la met dans une situation d’extrême vulnérabilité, aussi ne se masturbera-t-elle jamais dans un lieu public, et si elle le fait chez elle devant une personne, elle aura l’intention (le plus souvent) de se donner à celle-ci. Sa pratique se fera le plus souvent au lit, sous la douche ou plus rarement assise.

La pratique et le plaisir sont double, il y a d’une part le plaisir de la complétude mais aussi le plaisir de la jouissance éjaculatoire. La  particularité de la jouissance féminine est qu’elle se situe à un double niveau :d’une part comme l’homme elle éjacule et d’autre part comme l’explique Jacques André, la sexualité féminine est une sexualité vaginale qui se conjugue à une sensibilité "cloacale" et des fantasmes de pénétrations. Il y a un montage biologique quand la femme est enceinte : le bébé est l'adulte en puissance dans le ventre.[1] . La masturbation de la femme, si elle n‘a pas de partenaire sexuel, est donc à ce qu’il semble due à un double besoin : le premier est de « réparer » la division primordiale de l’être évoqué par les mythes de la « genèse » et du « banquet » platonicien (si la femme ressent plus vivement cette blessure sans pouvoir précisément l’identifier et la nommer c’est à cause de l’ouverture sexuelle qui  est entre ses jambes, mais aussi à cause de sa plus grande faiblesse physique qui jusqu’ici l’a obligée à prêter plus d’attention au corps que ne le fait l’homme), le second est identique à celui de l’homme qui est de se détendre, d’être heureuse.

Contrairement à l’homme (qui n’a que sa main) la femme a toute une panoplie de moyens pour avoir du plaisir solitaire.

En premier lieu l’objet de son attention est la cavité sexuelle et l’instrument de son plaisir est sa main ; elle peut n’utiliser qu’un doigt, plusieurs, ou fermer le poing. Lorsque celui-ci est fermé et que la femme est alitée il lui est impossible de faire totalement rentrer son poing en elle (par contre elle peut recevoir en totalité le poing d’autrui. La femme peut aussi être assise sur un divan. Quelquefois la femme prend entre ses doigts son clitoris et le tire. Parfois également elle se frotte le sexe avec une main ou même les deux, tout en serrant fortement les jambes l’une contre l’autre.

Toutes ces pratiques révèlent différents états psychologiques que je vais essayer de déduire avant d’aborder les autres pratiques mastubatrices.

Ainsi que l’a noté André, la femme a une sensibilité "cloacale" et des fantasmes de pénétration. Aussi peut-on penser que les crises de masturbations viennent principalement après une contrariété ou une déception sentimentale. Plus celle-ci sera grande plus la femme ressentira l’ouverture sexuelle comme une grande blessure et prendra selon sa douleur sentimentale un, plusieurs doigts ou même le poing entier.

J’ai recherché les synonymes du mot « cloaque » d’où dérive l’adjectif« cloacale », inventé par André : ces synonymes sont presque tous extrêmement  dévalorisants pour la femme puisque les synonymes trouvés sont : décharge, boue, bourbier, et égout ; le seul synonyme positif trouvé est celui de « réceptacle » (mais je ne crois pas que ce soit celui-ci qui soit venu spontanément à l’esprit d’André). Tous ces mots ont le point commun d’être des lieux de transition des saletés[2] vers leur anéantissement final. Et donc le sexe féminin est vu comme une chose ordurière favorisant leur passage. Seulement cette vision (inconsciente) va à l’encontre du besoin de complétude que j’ai cru déceler et qui est étayé par le fantasme de pénétration qui n’est rien d’autre qu’un emboîtement de pièces parfaitement calibrées, prélude à une union intellectuelle et sentimentale si chacun y met du sien.

Lorsque la femme se masturbe les jambes serrées l’une contre l’autre, cela peut avoir plusieurs significations. La première est qu'elle ne peut que céder à l'intensité de ses pulsions.

La seconde peut se définir comme un retour momentané à la prime enfance où elle était lavée, talquée et langée , moment où son corps n’était pas désiré, désirable ni torturant par les pulsions, moment où le rapport avec son corps, comme avec celui d’autrui n’était que source de bien-être (pendant les soins) et de spontanéité (jeux, sexuels avec elle-même, comme asexuels avec les autres enfants, je pense à la série d’émissions réalisée à la fin des années 80 par Daniel Kerlin, sur la sexualité enfantine, diffusée sur FR3 ) . La troisième peut signifier une sorte de coquetterie excitatrice devant un futur partenaire, ou bien au cours d’un spectacle sexuel (pipeshow). Dans les deux circonstances la femme joue avec la libido de l’homme en se dévoilant insuffisamment ; elle est tout à la fois la maîtresse et l’esclave de l’homme parce qu’elle suscite le désir tout en en dépendant ; dans les deux cas son succès tient au fait qu’elle puisse toujours renouveler le désir de l’homme sans l’éteindre ni l’exaspérer (si elle l’éteint, l’homme, par manque d’érotisme ou en provoquant une éjaculation, n’a plus de raisons de la regarder, si au contraire elle l’exaspère sans qu’il jouisse, elle risque d’être violée). Le strip-tease privé, à l’usage d’un partenaire est tout à fait  moral puisqu’il est le prélude à l’acte lui-même,  par contre le strip-tease public est des plus immoral, et cette immoralité est également partagée entre la strip-teaseuse et les voyeurs parce que ce spectacle ne va pas au bout de sa logique (qui est l’acte sexuel) et qu’il met en danger la santé mentale des voyeurs en les poussant au viol (si le spectacle finissait par la représentation non simulée de l’acte sexuel, son caractère immoral disparaîtrait parce qu’il pourrait y avoir une identification entre le partenaire de la femme et les voyeurs).

La femme a encore trois autres possibilités de jouir à mains nues : elle peut introduire un ou plusieurs doigts dans l’anus, se caresser les seins et se masturber dans sa douche (ou bain).

La première possibilité est presque identifiable à la sodomie ; si la femme le pratique en même temps qu’elle se masturbe normalement, cela ne peut traduire qu’un excès de  malaise due à la solitude, nervosité, etc.

La seconde possibilité peut également indiquer que le femme retombe dans la prime enfance en ce sens que lorsqu’elle était allaitée elle touchait naturellement les seins de sa  mère, elle était sur le sein de se mère, c’est-à-dire qu’elle est à quelques centimètres de l’endroit où elle était à l’intérieur de sa mère. Or être dans le sein de la mère peut être assimilé au fait d’être au centre du monde, et de fait, le foetus est effectivement au centre physique de sa mère ainsi qu’au centre de ses préoccupations psychologiques. Masturber ses propres seins peut aussi révéler une gêne physique (manque d’argent) ou morale (manque de tendresse , de considération) les seins peuvent en effet symboliser l’abondance, (disparue ou rêvée) tant par leur volume que par le fait qu’habituellement lorsque le bébé continue d’être allaité, le liquide est toujours présent ;  ils peuvent enfin représenter l’amour animal au sens purement physique et inconditionnel  dont nous avons tous besoin quelque soit notre âge.

La masturbation dans l’eau peut évoquer le désir inconscient de régression ; il me semble que deux éléments disparates s’associent dans cette pratique fantasmatique : premièrement la régression foetale, l’eau à la bonne température symbolise en même temps le ventre maternel et le placenta, il y a là  une régression jusqu’au stade où au moment primordial le sexe est indéterminé, cette action peut donc être comprise comme la négation de la sexualité (la masturbation dans l’eau peut s’apparenter au lavage, donc à la disparition et purification de tout ce qui est lié au sexe).  Deuxièmement une autre régression peut s’y substituer ponctuellement (et inversement) qui peut être de retomber en enfance, de redevenir celle dont on s’occupait intégralement (jusque dans sa toilette intime) ce qui est une autre façon de nier sa sexualité.

          Le second moyen de jouir est de prendre des objets (godemichés de toute sortes et fouets). L’utilisation de ces instruments a, me semble-t-il, dans un premier temps vocation à essayer d'autres formes de jouissance,  la seconde utilisation est d’être introduits dans l’anus en même temps que la femme se masturbe. Je crois que plus la grosseur du godemiché est importante plus la solitude est vivement ressentie - à moins que ce ne soit qu’une question de volupté - le fait qu’il soit introduit dans l’anus pendant la masturbation vaginale indique que la solitude est franchement intolérable et révoltante. Si le godemiché est rigide cela peut signifier premièrement que la femme apprécie les pénétrations normales, deuxièmement qu’elle s’excite sur lui et qu’elle a une tendance au sadomasochisme et à la soumission, que pour elle l’activité sexuelle est paradoxale, donc en quelque sorte religieuse (voir plus bas l’article au sujet du sadomasochisme).

          La pratique de l’autoflagéllation avant ou pendant la masturbation est révélatrice d’une tendance globale ou partielle à la haine de soi. Par partielle je veux dire que l’on hait l’un des deux éléments qui forment l’humain : le corps ou l’âme. L’autoflagéllation n’est pas, je pense, à confondre avec le masochisme qui rentre dans la catégorie des perversions [3]  non répréhensibles  par la loi. Contrairement au sadomasochisme, il n’y a pas de communion possible avec le sadique, la victime est son propre tortionnaire, son seul juge de ce qu’elle s’impose, ce qui peut être très dangereux si la victime a réellement de la haine pour elle (y compris si elle est inconsciente[4] ). Il peut aussi y avoir un plaisir pur de la souffrance masochiste sans aucune connotation sexuelle ni de haine de soi tout comme le sadisme des SS était pur de toute sexualité ; mais alors il faudrait admettre [5]qu’il y ait un troisième plaisir physique aussi puissant mais moins souvent partagé que ceux que j’ai énuméré. Si une femme utilise un godemiché souple ce peut-être parce qu’elle est douillette, mais ce peut être aussi par excès de volupté. En effet, la souplesse de la matière permet d’en mettre plus ou moins dans le vagin (naturellement il se peut que sous cet apparent excès de volupté se cache une profonde détresse sentimentale ou matérielle ) ; la possibilité de doser le degré d’enfoncement de la matière à l’intérieur d’elle-même peut être un indicateur de son caractère introverti, et de l’aide qu’elle doit recevoir avant que l’énergie accumulée n’explose contre elle-même ou autrui.  L’utilisation d’un vibromasseur traduit une paresse certaine, à moins que la femme ne souffre d’un handicap l’empêchant de faire un mouvement rapide de va et vient. Si l’instrument est muni de plusieurs vitesses cela démontre une prévoyance et une volonté de jouissance progressive.



[1] "le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud" Laplanche Edition "les empêcheurs de penser en rond" Année de parution: 1993 - conférence du  14 janvier 1992

[2] je ne pense pas qu’André identifie consciemment ces lieux à l’intérieur des organes génitaux féminins, mais  peut-être le fait-il inconsciemment, ce qui est peut-être plus grave parce que certains sentiments se transmettent hors de toute communication verbale et en sont d’autant mieux implantés dans l’inconscient.

[3] Les catégories non répréhensibles par la loi sont celles où les protagonistes sont pleinement en accord avec ce qu’ils font ou subissent.

Cette condition devrait s’étendre à la polygamie et à la polyandrie, en revanche, à mon avis,  on devrait être impitoyables pour l’adultère, rendre plus difficiles les ruptures de fiançailles, mariages, pacs, rendre exceptionnels les  divorces par consentement mutuel .

[4] Ainsi ne voit-on pas dans « Journal d’un curé de campagne » de Bernanos un prêtre se rendre malade à force de se mortifier (notamment par le port du cilice et les coups de fouets).

Cette haine de soi consciente ou inconsciente a de solides fondements théologiques (spécialement catholiques et orthodoxes en ce qui concerne les mortifications).

Pourtant si on lit de près les évangiles, Jésus ne les a jamais réclamées, ni pour eux-mêmes ni pour recevoir le pardon (Zachée, la femme adultère, le fils prodigue, le publicain n’ont pas eu à se mortifier pour se voir pardonnés) .

Les apôtres Paul et Jacques portent une lourde responsabilité dans l’introduction du thème de la souffrance rédemptrice dans le christianisme.

[5]  Et je n’y suis pas prêt parce que je pense qu’il est naturellement bon de prendre du plaisir si celui-ci n’est pas dévoyé.

A supposer que Dieu ait quelque chose qui ressemble à notre sensibilité, il aime autant que nous le plaisir (même si sa dimension n’a rien de comparable avec le nôtre) et fuit aussi naturellement que nous la souffrance.

C’est donc faire injure à Dieu de l’honorer par des mortifications et de la tristesse.

Publicité

Publié dans MES OEUVRES: L

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article