COUP D’ETAT LEGAL AU CANADA
OTTAWA (AFP) — Le Premier ministre conservateur Stephen Harper a obtenu jeudi un sursis de quelques semaines dans la crise politique qui secoue le Canada, en faisant suspendre le parlement ce qui lui évite d'être renversé par l'opposition sept semaines après sa réélection.
M. Harper a annoncé que la gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean, chef d'Etat en titre du Canada, avait accepté à sa demande de "proroger le parlement".
Cela veut dire que les travaux du parlement seront suspendus et que l'opposition ne pourra renverser le gouvernement minoritaire de M. Harper jusqu'à la présentation de son budget fin janvier. M. Harper échappera ainsi à une motion de censure lundi prochain, qu'il était virtuellement certain de perdre.
"Les Canadiens veulent que le gouvernement du Canada continue de travailler sur l'ordre du jour pour lequel ils ont voté: notre plan pour renforcer l'économie", a déclaré M. Harper ajoutant que lorsque le parlement reprendrait, le 26 janvier, la priorité serait la présentation du budget fédéral.
Il a invité l'opposition à travailler avec le gouvernement à la préparation du budget. Mais celle-ci a aussitôt réaffirmé sa détermination à le renverser et à le remplacer, répétant que M. Harper a perdu la confiance de la majorité de la chambre.
"Il n'a fait que repousser l'inévitable", a déclaré Jack Layton, chef du Nouveau parti démocratique (NPD, gauche). M. Harper "s'est enfui du parlement", a renchéri Stéphane Dion, chef du parti libéral (centre), principal parti d'opposition.
"Rien n'a changé", a-t-il dit, ajoutant toutefois qu'il faudrait "des changements monumentaux" de la part de M. Harper, pour qu'il renonce à le faire tomber.
La démarche sans précédent de M. Harper est intervenue après une semaine de crise qui a secoué le Canada et divisé l'opinion publique.
M. Harper luttait pour sa survie politique, sept semaines après sa réélection à la tête d'un gouvernement minoritaire. Les trois partis d'opposition ont en effet conclu au début de la semaine un accord pour le renverser et le remplacer par un gouvernement de coalition.
L'opposition accuse le gouvernement de n'avoir pas pris les mesures de relance nécessaires pour faire face à la crise économique mondiale.
Mais la crise a aussi été déclenchée par une tentative du gouvernement conservateur de supprimer des subventions publiques aux partis politiques, qui aurait surtout handicapé l'opposition.
Le Premier ministre n'avait guère caché ses intentions en annonçant mercredi soir dans un discours à la nation qu'il utiliserait "tous les moyens légaux possibles" pour empêcher l'arrivée au pouvoir d'une coalition constituée du parti libéral et du NPD, soutenue par un parti indépendantiste, le Bloc québécois.
Les conservateurs ont concentré leurs attaques sur ce soutien du Bloc affirmant que ce serait donner à un parti séparatiste un droit de veto sur la politique du gouvernement canadien.
Mme Jean, qui était rentrée à Ottawa mercredi en écourtant une visite en Europe de l'Est, a joué un rôle crucial et délicat dans la crise actuelle. Dans le système constitutionnel canadien, c'est à elle qu'il revenait d'accepter ou de refuser la demande du Premier ministre.
Les constitutionnalistes soulignaient qu'aucun gouverneur général n'avait jusqu'à présent refusé une demande de suspension provisoire du parlement présentée par un Premier ministre. Mais ils faisaient aussi valoir qu'aucun Premier ministre n'avait jusqu'ici demandé une suspension aussi rapidement après son élection.
L'opposition avait appelé Mme Jean à refuser la suspension du parlement, affirmant que M. Harper avait "perdu le droit de gouverner".
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