PHILOSOPHIE POLITIQUE
Le prince Jean a prononcé ce discours devant les étudiants de l'Institut de Philosophie Comparée : c’est là, dit-il, qu’il a « pris le goût de la pensée philosophique, plus généralement du raisonnement bien construit, plus généralement encore du bien penser et du bien vivre. »
Il tente d’y résumer son « regard sur la France », c’est-à-dire sa façon particulière à lui, Jean d’Orléans, prince chrétien, prince de France, de voir les choses de la France.
1. La France actuelle a perdu le sens de son passé
- On la fait naître en 1789, en 1793, voire… en 1905, à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Malgré une école historique prestigieuse, elle vit dans l’amnésie de sa propre histoire.
- Ne se connaissant plus elle-même, elle n’a plus de considération pour elle-même, elle ne s’aime plus. Surtout, elle ne se conçoit plus comme un être agissant.
- Or la France « n’est pas née sous X ». Il faut rendre aux Français la conscience de leur vocation collective. C’est particulièrement vrai pour ceux qui souhaitent devenir français, à qui aujourd’hui rien n’est dit en ce sens, au contraire…
- Il faut méditer sur les conditions du salut de la France. Elle est empoisonnée de rivalités absurdes, et d’absence de force morale. Vivre, c’est lutter contre les forces de mort. Il faut mettre fin au règne des idéologies partisanes, à la guerre d’idées diviseuse et stérilisatrice.
2. La France semble ne plus avoir d’avenir
- Où est le projet national ? Où est l’espérance française ? La France est privée de tout horizon susceptible de provoquer l’enthousiasme, d’où cette morosité si souvent constatée par les observateurs.
- La « chose publique » (res publica) n’a pas de projet spécifique : elle se défausse sur l’Europe de toute ambition à long terme, en même temps qu’elle s’est pratiquement coupée des sociétés particulières qui, en principe, la constituent.
- « Je crois à la décentralisation, dit le prince Jean, encore faut-il réaliser les conditions de cette décentralisation. » Il en va de même de l’Europe de la civilisation, qui n’est pas l’Europe technocratique actuelle.
3. La fierté d’être français
- La France est fière d’être le pays des droits de l’homme. A condition qu’il ne s’agisse pas de droits idéologiques justifiant le pire des individualismes, mais de droits vivants fondés sur la dignité de l’homme, comme le rappelle Jean-Paul II dans l’encyclique Splendor Veritatis.
- La France peut aussi se rappeler avec fierté comment, à l’aube du 2e millénaire, le servage y fut premièrement et progressivement aboli avec les premiers Capétiens.
- Notre histoire est exceptionnelle. Le sens français de la laïcité ne date pas d’un siècle, mais de quinze : c’est le baptême de Clovis qui a scellé, en France, la séparation des pouvoirs spirituel et temporel.
- La fierté française, elle se trouve aussi dans la reconnaissance d’un génie français très vivant, d’un savoir-faire répandu dans la France entière, d’un sens aigu de la qualité.
- Il faut aussi être conscient de l’atout que représente l’extrême diversité sociale des Français, et aussi du maintien, contre vents et marées, d’une culture française d’une exceptionnelle richesse.
- Au premier rang de ce patrimoine, il y a la langue française, qu’il ne faut pas seulement sauvegarder, mais faire rayonner dans le monde, notamment là où on la réclame.
4. Les constats étant faits, il faut agir
- « On est son désir, et le monde est ce que l’on en fait » : il faut une volonté. Mais volonté n’est pas volontarisme, comme s’il suffisait de vouloir pour réaliser un projet. Pour définir notre projet, nous devons d’abord prendre conscience de notre vocation, de ce à quoi notre nature profonde nous appelle, ainsi que le souligne Jean-Paul II dans l’encyclique Fides et Ratio (Foi et Raison).
- Le prince Jean montre alors comment, pour lancer son action, il lui fallait commencer par quelque chose. Ce fut un voyage dans le Bordelais. Prince de France, il prenait l’initiative d’aller au-devant des Français. Ce fut le premier d’une déjà longue suite de déplacements en France et à l’étranger.
- Ces voyages ont eu un rôle majeur dans la genèse de l’association Gens de France. Les nécessités de leur organisation ont donné naissance à une première structure, dont il apparut vite qu’il fallait non seulement la consolider, mais y intégrer l’ensemble des formes d’action que le prince Jean s’était fixées.
- Ce faisant, le prince assume sa propre vocation comme son « patrimoine génétique » : « Les princes de la maison d’Orléans se sont toujours inscrits dans la société de leur temps. » Reprenant une formule de son grand-père, il se reconnaît à la fois descendant de Louis-Philippe et héritier du comte de Chambord.
De la conclusion de la conférence, on peut souligner ces deux phrases :
- « Nous sommes libres de choisir le bien. Le bien français, c’est le bonheur français.(…) Bien sûr, il y faut de la grâce, mais la grâce ne fait pas défaut quand la volonté est orientée vers le bien. »
- « Je dirai en conclusion et pour résumer toute ma pensée qu’il nous faut connaître le passé pour mieux vivre le présent et préparer l’avenir. Je regarde la France, pour ainsi dire, tous les jours. En dehors de ma vie professionnelle, c’est mon souci primordial ; mes amis peuvent en témoigner...»
Note - Dans cette présentation, seules deux références au pape Jean-Paul II ont été mentionnées, mais dans sa conférence, le prince Jean a cité de nombreux auteurs, essayistes ou journalistes. On les retrouvera dans le texte.
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